La gestion foncière de la Socapalm à Dibombari a évolué d’une phase de contestation à un dialogue structuré, aboutissant à une restitution encadrée des terres et à un apaisement des relations entre l’État, l’entreprise et les communautés riveraines.
Les images de palmiers à huile abattus à perte de vue, de fruits abandonnés et de scènes de consommation de vin de palme au cœur d’une plantation industrielle avaient, en 2023, marqué les esprits à Bomono Ba Mbengue. Elles symbolisaient alors une gestion foncière sous tension, caractérisée par des décisions administratives abruptes, un déficit de concertation et un climat social fragilisé. Trois ans plus tard, à Dibombari, le même dossier foncier connaît une inflexion notable, portée par le dialogue et la méthode.
À l’origine, une série d’arrêtés ministériels pris en 2022 et 2023 par le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf) avait procédé à la rétrocession unilatérale de parcelles exploitées par la Socapalm au profit des populations riveraines. À Bomono Ba Mbengue, 207 hectares avaient ainsi été retirés de la concession de l’entreprise, avec l’annonce, le même jour, d’une rétrocession supplémentaire de 300 hectares. Ce désordre observé dans la gestion de la question foncière avait, avait en son temps, servi de détonateur à une guerre intercommunautaire. Ce conflit avait conduit, in fine, les différentes communautés concernées et « héritières » de ces opérations de rétrocession à se tourner vers la Socapalm, pourtant dépossédée de force de ses terres, pour solliciter un arbitrage en vue de l’apaisement. Une situation paradoxale qui interroge et suggère l’existence de manœuvres opaques visant à provoquer, contrôler et instrumentaliser le chaos.
L’impasse de la décision unilatérale
Ces décisions, motivées officiellement par la préservation du climat social, avaient été prises sans concertation préalable avec l’opérateur agro-industriel. La Socapalm avait alors dénoncé des pertes financières importantes et pointé une violation du bail emphytéotique qui la lie à l’État. Des juristes avaient, pour leur part, alerté sur les risques juridiques encourus par les pouvoirs publics, rappelant le caractère contractuel et réciproque de ce type de bail. Le foncier devenait un facteur de confrontation, alimentant soupçons, crispations sociales et incompréhensions institutionnelles.
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L’épisode de Bomono a mis en lumière les limites d’une gestion foncière fondée sur l’urgence administrative. L’abattage des palmiers, l’absence de balisage clair des limites et la brutalité de la mesure ont contribué à détériorer la confiance entre l’État, l’entreprise et les communautés. L’intervention ultérieure des services du Premier ministre, recommandant un règlement à l’amiable afin d’éviter un contentieux évalué à plusieurs milliards de francs CFA, a confirmé à posteriori le caractère problématique de la démarche initiale.
Le tournant de Dibombari
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’évolution observée à Dibombari. Contrairement aux précédents épisodes, la clarification foncière engagée sur ce site repose sur un processus initié depuis 2017 par la Socapalm, fondé sur la délimitation technique, la transparence et la concertation. Le 21 janvier 2026, une réunion tripartite s’est tenue sous la conduite du préfet du Moungo, réunissant autorités administratives, élus locaux, chefs traditionnels, élites et représentants des communautés riveraines.
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Au centre des échanges, les services cadastraux ont présenté les résultats des travaux de délimitation et de densification des bornes. Ces opérations ont permis d’identifier précisément les superficies effectivement exploitées et celles qui ne l’étaient pas.
Du conflit à la co-construction
Les chiffres issus de ces travaux traduisent l’ampleur du processus. Sur une concession initiale de 11 210 hectares, la superficie conservée par la Socapalm à Dibombari est désormais de 8 643 hectares. Une superficie exacte de 2 566 hectares a été restituée à l’État. Cette restitution, présentée comme volontaire par l’entreprise, s’inscrit dans un cadre administratif sécurisé et validé par les services compétents, rompant avec les rétrocessions précédentes jugées abruptes.
Au-delà des données chiffrées, c’est la méthode qui marque la rupture. Les échanges se sont déroulés dans un climat jugé serein par les participants. Le dialogue tripartite, complété par des discussions bipartites entre l’entreprise et certaines parties prenantes, a permis de transformer un dossier historiquement conflictuel en un processus constructif. Les communautés riveraines, associées à la démarche, ont pu exprimer leurs attentes, tandis que l’État a réaffirmé son rôle d’arbitre technique et institutionnel.
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L’expérience de Dibombari illustre une évolution dans la gestion des tensions foncières au Cameroun. En substituant la concertation à la décision unilatérale, la clarification foncière devient un levier d’apaisement social et de stabilisation locale. Présenté comme un site pilote, Dibombari pourrait servir de référence pour d’autres zones confrontées à des problématiques similaires, montrant qu’en matière foncière, le dialogue structuré peut progressivement supplanter la contestation.
Cheikh Malcolm EPANDA






