Culture

Reine Clarisse Bell : «Il faut humaniser les rites de veuvage»

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Rancune, vengeance, abus… Ces sempiternelles complaintes des veuves ont poussé la Reine du canton Bell a en fait une bataille personnelle.

Dimanche 20 septembre 2020. Journée spéciale au canton Bell. Ce village de l’arrondissement de Douala 1er récompense l’excellence scolaire. L’événement organisé par la Reine Clarisse Douala Bell a mobilisé le top management des Brasseries du Cameroun, les édiles locales et autres élites du village. Sous d’autres tentes, sont assis les élèves, des femmes vêtues de kaba (robe) bleu, symbole de veuvage en pays Sawa.

Si certains détectent souvent chez Clarisse Douala Bell un brun de glossophobie,  l’épouse du Roi Jean Yves Bebey Eboumbou Douala Manga Bell a prouvé qu’elle sait s’affirmer quand un combat l’appelle. Quitte à braver les us et coutumes. «C’est pour moi l’occasion de demander au Roi, en toute humilité de faire passer un message. Je l’ai déjà fait sur l’oreiller, ça n’a pas marché. Les femmes ont tous les moyens pour faire passer un message. Aujourd’hui je m’adresse devant témoin», ponctue avec douceur l’épouse du Roi Bell. Et de préciser : «Majesté, je suis pour les rites aux veuves, je suis pour la tradition. Je vous demanderai avec humilité devant témoin de ne pas éradiquer les rites faits aux veuves, mais de les assouplir, de les humaniser. Vous pouvez charger vos notables de prendre des textes dans ce sens. En tant que Reine, je reçois les veuves tous les jours. Elles se confient à moi, partageant leurs peines. Les veuves sont des personnes vulnérables. Elles sont handicapées d’un pied, celui de leurs époux partis

Les veuves souffrent le martyr. Le malheur leur est infligé par d’autres femmes. Comme nous l’explique la veuve Missipo Lily : «Les veuves subissent un rite fait par les filles du village qui doit les accompagner pendant neuf jours. Les filles exécutent ce qui est prévu par la coutume, notamment vous prendre en soin durant cette période puisque la veuve est censée se reposer, se faire couper les cheveux. Les filles amènent la veuve sur la tombe du mari pour des cérémonies d’adieu. Après la neuvaine, il y a une autre cérémonie pour que la veuve arbore le bleu. Ce sont nos coutumes et c’est totalement normal. Le problème ce sont les abus.»

Assouplir les rites

Djemba Rose a goutté à ces abus il y a douze ans, après le décès de son époux. «Nous souffrons durant les rites de veuvage. Nos belles-sœurs nous maltraitent, réclament de grosses sommes d’argent, pourtant durant toute ta vie de couple, tu n’as jamais reçu pareil montant de ton mari. Elles peuvent demander 1 million Fcfa, 500.000 Fcfa… A côté de l’argent, il faut préparer les boissons et les repas des belles-sœurs, telles les grosses cuvettes de poissons, de viandes… A la mort de mon mari, j’étais dans la dèche totale. Elles m’ont réclamée des sommes exorbitantes, et c’est obligatoire. C’est de ces maltraitances que parle la Reine. Je ne suis pas contre nos coutumes, c’est juste que nos belles-sœurs exagèrent déjà. On dirait même qu’il y a de la rancune car si elles ne t’aiment pas, elles attendront le décès de ton mari pour te maltraiter. Notre Roi et notre Reine doivent nous aider à assouplir les rites. Je suis contente que la Reine ait soulevé ce problème

Missipo Lily est toute aussi ravie de la sollicitude de leur Reine. «La veuve subit ces abus d’autres femmes, pourtant elles aussi se retrouveront veuves un jour. C’est ce qu’elles oublient. Que la Reine en parle, nous rassure. Ça fait en sorte que la femme au niveau de la chefferie se sent protéger par le Chef supérieur et son épouse.» Clarisse Douala Bell a clos son discours en interpellant les «femmes, mes sœurs du village Njo Njo, nous avons le devoir de nous occuper de nos veuves. Chers sœurs, essayons nous-mêmes d’assouplir les rites. Aujourd’hui nous sommes épouses, demain nous pourrons être veuves

Valgadine TONGA

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