À l’occasion de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples réunie à Dakar, le Réseau des institutions nationales africaines des Droits de l’Homme (RINADH), sous la direction de son président, le Professeur James Mouangue Kobila, a présenté une analyse approfondie des enjeux institutionnels, sécuritaires et normatifs qui accompagnent le quarantième anniversaire de la Charte.
Quarante ans après l’entrée en vigueur du texte fondateur régissant la protection des libertés sur le continent, la séquence commémorative de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples (CADHP), qui s’ouvre à Dakar, invite à une réflexion rigoureuse sur la trajectoire des droits fondamentaux en Afrique. Portée par la voix de son président, le Professeur James Mouangue Kobila, l’intervention du Réseau des institutions nationales africaines des Droits de l’homme (RINADH) a mis en lumière la nécessité absolue de consolider les acquis juridiques face aux mutations contemporaines. L’anniversaire de la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples constitue une étape mémorielle majeure. Le président du RINADH a salué la constance de la Commission et l’action des 47 institutions nationales membres – incluant la Commission nationale des Droits de l’homme du Sénégal, représentée par sa présidente, le Professeur Amsatou Sow Sidibé –, tout en insistant sur la responsabilité collective de préserver les standards normatifs conquis au fil des décennies.
Toutefois, le rapport d’étape souligne que les cadres institutionnels de protection font face à des pressions multiformes. La situation des acteurs de la société civile, des journalistes, des avocats et des défenseurs des droits humains dans plusieurs États met en évidence la vulnérabilité des espaces d’expression et d’action civique, particulièrement lors des cycles électoraux. Le RINADH a ainsi rappelé que la vitalité démocratique repose sur la garantie effective des libertés publiques et de la participation citoyenne, à l’abri de toute entrave arbitraire.

Défis sécuritaires, normatifs et numériques
L’analyse présentée à Dakar met en exergue la complexité du paysage sécuritaire africain, marqué par la persistance de nombreux conflits armés générant des flux importants de personnes déplacées et aggravant les vulnérabilités structurelles. Cette situation nourrit une aspiration légitime de la jeunesse à une plus grande inclusion socio-économique et à une reddition des comptes accrue. Sur le plan normatif, le projet de Charte africaine sur la protection de la famille, de la souveraineté et des valeurs religieuses et culturelles suscite l’intérêt légitime des États quant à l’appropriation de leurs repères identitaires. Le RINADH a toutefois réitéré un principe juridique fondamental : tout nouvel instrument régional doit s’articuler de manière harmonieuse avec les conventions existantes, en renforçant les standards de protection sans jamais les affaiblir.
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De surcroît, l’essor des technologies numériques, bien qu’offrant de formidables opportunités d’innovation, s’accompagne de risques inédits liés aux restrictions d’accès à l’information et aux cyberviolences. Les instances de régulation et les États sont ainsi appelés à adapter leurs politiques publiques pour encadrer ces nouveaux vecteurs de préjudices. L’allocution a également abordé des problématiques cruciales telles que la persistance des violences basées sur le genre, la protection des enfants en zones de conflit, les conditions de détention dans un contexte de surpopulation carcérale, ainsi que la préservation des droits des communautés autochtones face aux pressions climatiques et économiques.
En réaffirmant le rôle central des Institutions nationales des droits de l’homme (INDH) comme passerelles indispensables entre les réalités nationales et les mécanismes régionaux, le RINADH a rappelé que l’efficacité de ces structures dépend de leur indépendance opérationnelle et de la pérennité de leurs ressources. À l’aube de cette nouvelle décennie pour le système africain, le message de Dakar appelle à une coopération renouvelée et à l’application rigoureuse des engagements souscrits par les États membres.
Line TCHAKOUNTE





