La pénurie de sel qui sévit au Cameroun depuis le mois de janvier 2026 plonge les ménages dans l’inquiétude et bouleverse le quotidien des consommateurs. Denrée de première nécessité, ingrédient incontournable de la cuisine, le sel se fait rare sur les étals des marchés, provoquant une flambée spectaculaire des prix.
Au quartier PK 10 à Douala, Suzanne, ménagère, ne cache pas son désarroi : « Je n’ai même pas un grain de sel dans ma cuisine. Je prépare sans sel et comme vous le savez, une nourriture sans sel n’a aucune saveur. La nourriture est fade. Cette affaire de pénurie de sel est vraiment sérieuse. » Depuis le début de cette année 2026, ce sujet alimente les conversations dans les chaumières, ménages et autres espèces marchands. Loin d’une prescription médicale, de nombreuses familles sont contraintes de modifier leurs habitudes alimentaires du fait de l’indisponibilité de cette denrée de grande consommation incontournable dans la cuisson et dans les industries agro-alimentaires.
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Dans les marchés de la capitale économique, le constat est alarmant. Le sac de sel de 18 kg, vendu auparavant à 3 000 FCFA, oscille désormais entre 5 000 et 6 000 FCFA lorsqu’il est disponible. « Le sel vaut de l’or aujourd’hui. Il est introuvable », lance une autre ménagère. Cette hausse vertigineuse des prix impacte directement le panier de la ménagère, déjà fragilisé par l’augmentation du coût de la vie.
A la question de savoir ce qui cause cette pénurie, certaines commerçantes interrogées pointent un doigt accusateur vers les producteurs, évoquant une baisse de la production comme cause possible de la crise. « Certaines informations feraient état de ce que la production est en baisse », confie une commerçante. Des accusations que réfutent ces derniers, estimant que cette « pénurie » est le fait des commerçants « véreux » qui créent la spéculation. « Depuis le mois de janvier, nous constatons une grosse spéculation sur le sel. Le message qu’on tente de faire passer aux consommateurs, c’est qu’il y a rupture totale et que les producteurs ne peuvent pas satisfaire la demande. Nous sommes heureux que vous soyez venus constater de visu la réalité », a déclaré Yves Duclos Youbi, attaché du Président directeur général de la Société africaine de sel, (Sasel). Selon les responsables de Sasel, le sel disponible dans les unités de production est acheminé dans les marchés. Le sel fin destiné à la consommation humaine est disponible, tout comme le sel gros grain destiné aux animaux.
« Chaque jour, nous distribuons 45 000 sacs. Le sel est acheminé sur l’ensemble du territoire national, ainsi que vers les pays voisins. Dans notre plan de distribution, nous veillons à ce que chaque ménagère, où qu’elle se trouve au Cameroun, puisse disposer de sel pour répondre aux besoins de sa famille », rassure Hermann Youaleu, directeur commercial à Sasel
Toutefois, aucune communication officielle n’a encore permis d’éclairer l’opinion sur les véritables raisons de cette situation qui touche l’ensemble des villes du pays. Dans les foyers camerounais, l’inquiétude grandit. Car au-delà de la simple hausse des prix, c’est un produit essentiel à l’alimentation quotidienne qui manque. Et pour beaucoup, cuisiner sans sel n’est pas seulement une contrainte économique, mais une véritable épreuve au quotidien.
Blanchard BIHEL






