Directeur régional de la Maetur, Ndoumbè Marcelin est ce que l’on pourrait qualifier de natif Malimba engagé. Amoureux de la cause et de l’identité Malimba en particulier et Sawa en général, il est très engagé dans le développement global de la femme Malimba dont, ensemble avec son épouse aujourd’hui disparue, ils créés il y a 9 ans, l’Association Malimba expression qui deviendra la Journée nautique de la femme Malimba, et qui, depuis cette année, a été baptisée Festival nautique Gisèle Ndoumbè. Dans cet entretien, il revient sur l’organisation somme toute difficile de cette édition cette année, en même temps qu’il donne les orientations pour le 10ème anniversaire l’année prochaine. Lisez plutôt.
La 9ème édition du festival nautique Giselle Ndoumbè vient de s’achever comme d’habitude, ici-même à Malimba. Quel est votre sentiment.
C’est une grande satisfaction après la grande appréhension qui a précédé l’événement. D’abord à cause de la disparition de la créatrice-promotrice du Festival sur lequel elle avait une très grande emprise et une parfaite maîtrise du déroulement ; en rapport ensuite avec d’éventuels désaffection et manque d’intérêt pour l’événement. Mais rien de tout cela ne s’est produit, au contraire nous avons observé un intérêt et une présence accrus lors de cette 9ème édition.
Cette édition a été marquée par l’absence de votre épouse, marraine et fondatrice de cet événement. Quelle a été votre charge à supporter le poids de cette célébration sans elle ?
Je l’avais toujours secondé et épaulé dans la préparation et l’organisation des huit éditions précédentes. En connaissant donc toutes les articulations, le poids de la célébration s’en est trouvé allégé. Toutefois, le jour de l’événement, je m’effaçais parce qu’elle était là, alors que cette fois c’était impossible, il a fallu se montrer davantage.
Dans votre mot de circonstance, vous avez fustigé l’attitude de certaines femmes n’ayant pas donné de l’importance au déplacement du médecin mobilisé par vos soins pour les consultations et des entretiens gratuits. Cela veut-il toujours dire que la femme Malimba veut vivre dans l’enferment malgré les possibilités qu’on lui tend ?
Notre communauté vit dans l’obscurantisme et certains membres trouvent un intérêt ou un malin plaisir à l’y maintenir, s’appuyant sur sa crédulité et sa pauvreté matérielle et morale. Certaines femmes se voient décourager par de basses réflexions du genre « en allant en consultation, si le médecin te découvre une maladie, qui te donnera les moyens pour te soigner ? ». Cette manière de jouer sur la pauvreté des populations est plutôt déplorable.
La réussite de ce festival dépend aussi de l’apport de tous les fils Malimba tant de l’intérieur du pays que de la diaspora. Combien de temps cela durera-t-il ? N’est-il pas temps de vous tourner vers des partenaires sérieux ?
Tous les fils et filles Malimba sont des partenaires sérieux. Mais sont-ils pérennes ? Peuvent-ils tenir dans la durée ? J’en doute. Je pense qu’il faut que les Malimba arrêtent de combattre cet événement qui promeut le développement en s’appuyant sur la culture et sur la femme. En neuf éditions, c’est cette dernière qui a été préparée dans un climat de relative sérénité. Toutes les précédentes ont été combattues par certaines élites soit directement, soit par administration interposée. Pour se tourner vers des « partenaires sérieux », il faut que les Malimba le soient eux-mêmes, qu’ils regardent dans la même direction.
Plusieurs ministères sont concernés par les différentes activités de la célébration. Qu’en est-il de leur soutien ? Les avez-vous contactés ?
Seul le Ministère de la promotion de la femme et de la famille à travers ses délégations régionale et départementale a quelques fois été sollicité mais sans jusqu’à présent une implication quelconque dans le déroulement de l’événement. Et je puis vous dire que si chaque année l’épée de l’interdiction est suspendue sur l’événement, vous n’avez ni courage, ni intérêt à en faire grand bruit au risque de provoquer un effet boomerang.

Vous avez donné rendez-vous à la célébration l’année prochaine de la 10ème édition. Comment comptez vous organiser cet événement afin qu’il soit plus attractif qu’il ne l’est?
Nous avons toujours utilisé la politique de nos moyens et cela nous a réussi jusqu’à présent. Un dixième anniversaire doit se célébrer comme il se doit. Des idées novatrices sont en gestation. Une première réunion préparatoire s’est tenue à Malimba au lendemain de la fête avec une quarantaine de femmes. Elles ont de nombreuses propositions très intéressantes. Si le Festival a tenu jusqu’à présent c’est parce qu’il repose avant tout sur l’adhésion des populations locales. Nous invitons tous les Malimba à soutenir cet événement qui est le seul qui nous rassemble et qui procure de la joie aux populations.
Maintenant, nous devons valoriser notre patrimoine culturel pour nous-mêmes et nos enfants d’abord afin d’inscrire le dernier samedi du mois de mars de chaque année dans l’agenda des adeptes de la culture et du tourisme. La course féminine des pirogues telle que pratiquée, concept imaginé et valorisé par Mme Ndoumbe Gisèle depuis 2010 est un événement unique en son genre au Cameroun, en Afrique et probablement dans le monde. Malimba est une terre d’histoire et d’attraction qui a trois principales caractéristiques. J’ai eu à le dire en d’autres circonstances : La région du Littoral tire son nom de Malimba car le littoral dans cette région est à Malimba entre les embouchures du Wouri et du Nyong ; le département de la Sanaga Maritime aussi tire son nom de Malimba, la Sanaga étant maritime à Malimba ; le seul accès terrestre de la région du Littoral à partir de l’Océan Atlantique est à Malimba (Suellaba, Yoyo). Cela ne mérite-t-il pas d’être connu de tous ?
Propos recueillis par Cheikh Radykhal EPANDA de retour de Malimba