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Marie-Jeanne Nock A Kiben : « Je ne regrette pas d’être revenue au Cameroun »

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Depuis le retour des salles de cinéma au Cameroun, le nom de Marie-Jeanne Nock A Kiben tutoie la célébrité des acteurs. Cette Mbamoise est la Directrice générale de Canal Olympia Bessengue, une salle devenue incontournable autant pour les Avant-Premières que pour les fêtes d’entreprise et rendez-vous culturels. Tout le monde ou presque connaît ce bout de femme au teint d’ébène qui aime se targuer d’être une fille de New-Bell, mais on compte du bout des doigts, ceux qui peuvent parler de son parcours avant le chapitre Canal Olympia. Le chemin a été sinueux, et lisse par moment. Il y a eu des hauts et des bas, jusqu’au jour où elle tombe sur l’homme d’affaire Français Vincent Bolloré. Dans cet entretien, Marie-Jeanne Nock A Kiben se livre à cœur ouvert, comme jamais. Cette femme de poigne qui a inscrit le sourire, l’accueil et la satisfaction du client en lettres d’or à Canal, revisite pour nous les 40 ans piges qu’elle traîne derrière ses épaules. 

 

Avant d’être la grande Directrice générale de Canal Olympia Bessengue que tout le monde connaît, qui est Marie-Jeanne Nock A Kiben ?

Je suis Marie-Jeanne Nock A Kiben, née le 31 décembre 1980 à Douala. Je suis Camerounaise originaire de la région du Centre plus précisément de Bafia. J’ai fait mes études primaires à New-Bell bassa. J’avais 10 ans quand j’ai perdu ma maman en 1990, et  peu de  temps après, j’ai été adoptée par une Française, Mme Evelyne. J’ai fait le lycée de New-Bell jusqu’en 2nd  et  la 1er  au lycée  technique. J’ai fait mon Bac  à Paris où je vivais chez ma sœur. Quelque temps après mon Bac, elle m’a foutue à la porte. J’ai fait trois moi sans domicile fixe. Je dormais dans les parcs et pendant que j’y étais, j’ai rencontré  un monsieur qui venait constamment nourrir les pigeons. Il m’a fait comprendre qu’il a un de ses amis qui a un restaurant ici à paris au 10e. Je  suis allé   travailler dans ce restaurent très immense, il était étendu sur 3 niveaux et c’était d’ailleurs mon premier travail. 3 jours après, je suis allée voir mes patrons pour leur dire que je m’étais faite agresser dans le bus quand je rentrais le soir du travail. Ce n’était pas vrai, mais c’était une astuce pour qu’on me change les horaires de travail. Je leur ai demandé  de me faire m’appeler si a jamais ils ont  un travail le matin et même pas une semaine après, ils m’ont appelé.  C’est ainsi que j’ai commencé à travailler dans cette boite. J’ai  fait 4 ans là-bas et c’est où j’ai rencontré le père de Noémie.

Noémie c’est votre première fille…

Oui. J’ai rencontré Ludovic. C’était le second de cuisine et moi je travaillais en salle en tant que commis de salle. Quand j’ai rencontré Ludovic à cette l’époque, je faisais la communication un peu de partout. Je communiquais dans le 6e avec une Marocaine et un peu après je suis allée faire la communication à Montreuil avec une Chinoise, donc quand je me suis mise en relation avec Ludovic j’ai quitté Montreuil pour  m’installer avec lui dans le 17e. Quelque temps après je suis tombée enceinte. Le 29 décembre 2021, Ludovic et moi nous sommes mariés et le 2 février 2002, Noémie est née. Je suis restée marier pendant 5 ans avant de divorcer. Quelques temps après j’ai démissionné du restaurant où je travaillais. En effet, j’ai eu une opportunité pour aller à Londres. Je l’ai expliqué à mon ancien patron, tout en le remerciant et en lui disant clairement que je vais quitter  Paris, pour une opportunité en Londres. Il m’a dit «  ah d’accord. Je suis constamment en Belgique. Prends ma carte, et quand tu arrives tu m’appelles ». Il va beaucoup m’aider dans la suite de ma carrière.

C’était le début d’une nouvelle aventure ?

Mais je n’y suis pas allée. Je suis plutôt allée à New-York où j’ai travaillé dans un restaurant qu’on appelait à l’époque Cercle rouge. C’était un restaurant Français. Je n’avais pas de papier et ils m’ont dit : « Si tu nous donnes 150 $, on te fait un faux ID pour pouvoir travailler », ce que j’ai fait, et j’ai commencé à travailler. Après j’ai contacté mon ancien patron  de Paris. Je lui ai dit que je ne suis pas en Belgique mais plutôt à New-York, parce que  j’ai eu une meilleure offre. Il m’a dit, « d’accord. Dans ce cas, vas au Buddha-Bar. C’est un restaurant qui vient d’ouvrir. Vas-y et demande à voir Mr Jean Jacques de ma part ». C’est ainsi que je suis allée au Buddha-Bar et quand j’y ai mis les pieds, j’ai su intérieurement que c’est seulement là que je vais travailler. Je rencontre donc Mr Jean Jacques qui me dit : « Non ! Vous ne pouvez pas travailler ici, vous venez d’arriver à New-York, vous n’avez pas les papiers américains donc je ne peux pas vous employez ici ». Je suis rentrée chez moi. Comme je ne pouvais pas rêver  mieux  que d’aller bosser au Buddha-Bar, j’ai d’abord commencé par changer de coiffure et je suis allée prendre les papiers d’une amie Américaine, je suis retournée au restaurant et cette fois ci, au lieu d’aller vers Mr Jean Jacques, j’ai plutôt rencontré un de ses collaborateurs et je lui ai remis les papiers. Il a fait tout ce qu’il fallait, et le lendemain j’ai commencé le travail  au Buddha-Bar à New-York. Hélas je suis restée pratiquement 6 mois à New-York,  parce que j’étais partie sans Noémie. C’est sûr que si j’étais venue avec ma fille, à aucun moment je ne serai retournée sur Paris parce qu’au Buddha-Bar, tu rencontrais toutes les grandes stars Américaines et tu te faisais facilement au moins 3000$ de pourboire  par soirée. Malheureusement  je n’étais pas venue avec ma fille, et il fallait que  je parte. Je suis allée voir mes patrons pour leurs expliquer que j’avais une urgence sur Paris. Mais avant de partir, j’ai pris soin de trouver une remplaçante, une amie, afin que le service ne soit pas perturbé.  A mon retour sur Paris, je cherche du boulot donc forcément je dépose un peu mon curriculum vitae partout, dans les restaurants un peu up. Il y’a un monsieur pas loin des Champs Elysées qui m’appelle et me donne un rendez-vous. Au bout du fil, il me dit ‘’mademoiselle vous avez un accent ? Vous avez un accent.’’ Je lui réponds : ‘’Oui monsieur, j’ai un accent. Je suis Camerounaise ; une Française d’origine Camerounaise. Si mon accent vous cause un problème, dites-le moi et je verrai si le rendez-vous mérite un ticket de métro’’. Il m’a lancé par la suite : ‘‘Venez quand même’’. Je n’y suis jamais allée. Un jour, une connaissance m’envoie chez un certain Mathieu qui tient une péniche pas loin du coin. Etant recommandé par l’ami de son père, Mathieu m’embauche. J’étais si performante qu’il ne voulait plus se passer de moi. Jusqu’à ce jour, il me demande toujours quand est-ce que je reviens sur Paris. Il a déjà ouvert plus de cinq restaurants.

Comment faites-vous la rencontre qui vous conduit au Cameroun ?

J’ai travaillé dans d’autres restaurants, puis je suis arrivée au Murat, non loin de l’ambassade du Cameroun à Paris. J’étais responsable d’accueil et c’est dans ce restaurant que monsieur Vincent Bollore venait manger avec toute sa famille. Donc mon histoire avec M. Bolloré commence au restaurant Murat. Il y avait des personnalités qui y défilaient. J’y suis restée 4ans en tant que hôtesse d’accueil. Un jour, monsieur Bollore appelle pour une réservation pour sa famille. C’était le premier contact.  Au fil du temps, j’ai commencé à en avoir marre de dérouler le tapis rouge aux gens toute la journée. Je voulais retourner dans mon pays. J’avais comme un mal être. Mais je ne savais pas comment ma fille réagirait. Un beau jour, ma fille me dit qu’elle veut qu’on rentre au Cameroun, qu’on est à l’aise là-bas. J’étais si contente que j’ai vite pris les billets d’avion avant qu’elle ne change d’avis. Mais avant le voyage, alors que j’étais encore au Murat, monsieur Bollore et sa famille était à table. J’ai pris mon courage pour lui parler. « Bonjour monsieur. Je m’appelle Marie Jeanne, je suis Camerounaise. C’est juste vous dire merci et vous féliciter pour tout ce que vous faites pour la population  Camerounaise et africaine. Vous offrez de l’emploi à plusieurs de nos frères et ça vaut le mérite d’être reconnu ». À la fin de la journée il m’a trouvé à l’accueil et m’a dit : «  Merci mademoiselle pour vos propos » et il est parti. Il revient au restaurant deux mois après. Je vais le voir : «  Monsieur Bollore, excusez-moi. Je voudrais rentrer chez moi. Vous avez quelque chose à me proposer ? » Il me demande que c’est où chez moi ? Je réponds, au Cameroun. Il dit «ok. Vous allez donner votre CV à mon épouse et on verra. »  Quelque temps après, il revient et me précise qu’à « Bollore nous ne faisons pas dans la restauration au Cameroun et vous faites dans la restauration». Il m’a recommandé chez l’agence AVAS.

Marie-Jeanne Nock A Kiben : « Je ne regrette pas d’être revenue au Cameroun »

Enfin vous êtes de retour au bercail, avec une promesse d’emploi…

J’arrive au pays et je me rends chez Bollore. La direction me fait comprendre qu’on ne peut pas me payer en tant que Française, parce qu’il faut prouver qu’un Camerounais n’a pas les aptitudes d’exercer la fonction que je dois occuper. C’est ainsi qu’on me paie en tant que Camerounaise, avec un salaire de 200.000Fcfa. A l’époque, ma fille fréquentait à Libermann. Avec le loyer, la pension de l’enfant et les autres factures je ne m’en sortais pas. J’y suis restée pendant trois mois, mais ça n’allait pas. J’ai abandonné le poste et je suis retournée sur Paris. Mais je venais tout le temps en congé.  Un jour alors que je sors prendre un pot à Douala, je rencontre monsieur Nicolas, un ami, qui me demande si j’ai déjà trouvé du travail. Je réponds par la négative et lui dis que bientôt sur Paris.  Le jour de mon départ, mon vol étant prévu à 20h, il m’appelle  à 16h et insiste pour que je rencontre son associé avant de bouger.  A 18h je boucle mes valises, je range dans la voiture et je vais au restaurant la Fourchette pour rencontrer l’associé monsieur Christophe. Je fais mon entretien debout, parce que je dois prendre mon vol. Il me propose plutôt un poste de responsable d’une boite de nuit qui va bientôt ouvrir, avec un salaire de 500.000Fcfa. Je prends mon vol pour Paris où je fais juste 3 jours et je reviens pour travailler au Cameroun, dans mon pays. Là nous sommes là en fin 2015 début 2016. Je commence le travail en boite de nuit. Il m’a fallu une semaine pour me mettre dans le bain. J’ai ramené de la clientèle, beaucoup d’expatriés et tout allait bien. Après 6 à 7 mois, mon ancien employeur à AVAS vient me voir dans mon nouveau service et me dit que la boite de nuit n’est pas ma place. Il me dit alors qu’il a un projet de Canal Olympia à Yaoundé.

Enfin nous voilà dans le chapitre Canal Olympia. Mais vous êtes plutôt Directrice de Canal Olympia Douala ?

Il me propose au début de m’occuper de la salle VIP de Canal Olympia Yaoundé, parce qu’il y a un très grand évènement à l’horizon et il y aura des personnalités comme Monsieur Bollore, les ministres. Il fallait une semaine pour préparer l’évènement. J’ai pris une pause en boite de nuit et je suis allée sur Yaoundé. Je suis là à proposer du thé mais personne n’en veut. C’est le ministre Issa Tchiroma qui me souffle à l’oreille que « ma fille c’est le ramandant ». Je m’excuse auprès de lui et continue mon service ailleurs. Lors du cocktail dans la cours, je suis en train de proposer des friandises, quand je tombe sur monsieur Bollore. Je suis la première à lui tendre la main.  ‘‘Bonjour monsieur Bollore. C’est Marie-Jeanne du restaurant le Murat’’. Là, il m’arrête devant tout le monde, et tout souriant, il dit à tous que « c’est grâce à moi qu’elle est rentrée au Cameroun ». Après on est sorti du cadre du travail et on n’a commencé à parler de sa famille et il m’a remis sa carte de visite et m’a chuchoté son numéro personnel  à l’oreille. Après nous avons échangé par téléphone, et il m’a demandé ce que fais. Je lui ai dit que je suis en boite de nuit. Il s’est exclamé : « Tu fais quoi là-bas ? Mais non. On a un projet de Canal Olympia à Douala Bessengue ». Du coup, pour lui, je passais de temps en temps jeter un coup d’œil sur les travaux, je prenais des photos et les lui envoyais pour qu’il apprécie l’avancement du chantier. Pendant l’inauguration de Canal, j’ai déposé ma candidature pour la gestion, mais mon ancien employeur est venu me signifier que c’est peine perdue, parce que la personne qui sera nommée responsable de la salle est déjà en formation en France.  Quelque temps après elle se rend à la direction de Bollore pour se renseigner sur l’avancement des dossiers. C’est là qu’on lui fait comprendre que M. Bollore a déjà décidé que le poste reviendrait à une dame qui a fait dans la restauration et a travaillé à Paris. Comme mon ancien patron avait vu mon CV, elle a compris qu’il s’agit de moi. J’étais toute aussi surprise.

Quelles ont été les dures réalités du début de Canal Olympia ?

Canal Olympia a ouvert le 18 janvier 2017. Je  ne pourrai pas dire que je n’ai  pas connu des difficultés, mais aujourd’hui je suis assise et les clients viennent nombreux notamment pour les événements, ce qui n’était pas le cas à l’époque. Au début, je faisais du porte à porte pour  chercher les clients. Et rappelons le, Canal Olympia ouvre ses portes dans un contexte compliqué, parce que le Cameroun a fermé toutes les salles de cinéma depuis des années. Conséquence, les Camerounais ont perdu la culture d’aller regarder un film en salle ; il y a même des générations, les 20 ans et moins, qui n’ont pas connu le cinéma en salle. Canal arrive et le défi qui est lancé est énorme, car il faut inculquer la culture du cinéma à cette jeune génération, et raviver l’amour du cinéma chez ceux qui ont perdu l’habitude. Ce n’était pas évident. J’ai fait pendant un bon bout du porte à porte pour sensibiliser, informer et chercher les clients. Maintenant je fais du porte à porte si je veux. Il faut reconnaître que c’est parce qu’on a dû travailler de façon à ce qu’aujourd’hui, même si Canal Olympia n’est pas connu de tout le monde, il y’ait quand même un grand nombre de personnes qui sont au parfum de ce que nous faisons. Il faut dire que le film qui nous a vraiment poussé au-devant de la scène, c’est Black Panther. On avait eu un public fou.

Vous avez eu une promotion pour Canal Olympia Yaoundé. Comment ça se passe ?

J’ai été Directrice Générale de Canal Olympia Yaoundé pendant un an et demi, avant d’arrêter parce que je voulais harmoniser les choses. Je voulais vraiment qu’on ne fasse pas de différence peu importe où  on se trouve, que ce soit à Yaoundé où à Douala. Je voulais que tout soit pareil. Mais bon, j’ai fait une partie et l’autre partie, on va dire que c’était un peu compliqué, étant donné que je venais d’avoir une petite fille. C’était compliqué tout le temps de faire le déplacement avec toute la famille pour Yaoundé. C’est pour cette raison que j’ai arrêté avec la salle de Yaoundé.

Quels sont vos défis à l’horizon pour Canal Olympia ?

Les défis à l’horizon que je me fixe, disons que c’est de ramener encore plus d’événements sur Canal,  me diversifier  sur ce que je fais déjà aujourd’hui, mais vraiment ramener beaucoup de films et d’événements au Canal Olympia.

Est-ce que vous entrevoyez souvent une autre vie après Canal ? 

Oui bien-sûr, je vois une autre vie après Canal, surtout que dans la vie, il faut toujours rebondir quelque part et  franchement, je ne regrette pas d’être revenue au Cameroun parce que c’est d’abord mon pays d’origine et le Cameroun offre vraiment beaucoup d’opportunités. Je ne  pense pas  que si j’étais restée de l’autre côté, ça aurait été pareil. Sincèrement je suis très contente d’être revenue au Cameroun.

Entretien avec Valgadine TONGA

 

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