Dans la partie septentrionale du Cameroun, la jeune fille reste le parent pauvre de la chaîne éducative. La scolarisation des garçons est la principale option des parents, tandis que les filles vont chez leurs maris avant l’âge des premières règles.
Dans la région de l’Extrême -Nord Cameroun, la sous scolarisation de la jeune fille a encore pignon sur rue malgré les efforts du gouvernement et des organisations non gouvernementales pour endiguer le phénomène. Une sous scolarisation observée dans les six départements que compte la région de l’Extrême -Nord Cameroun à savoir : le Diamarré, le Logone et Chari, le Mayo Danay, le Mayo Kani, le Mayo Tsanaga et le Mayo Sava. D’après des échanges avec les sectorielles dans l’éducation, le département du Diamarré vient en tête.
Un département avec plusieurs ethnies, parmi lesquelles les Guiziguas, les Moufous, les Mandaras, les Kanoumbous, les Kotokos etc. Dans cette partie septentrionale du Cameroun, la communauté a toujours à l’esprit que la femme est faite pour le mariage, la maison. D’ailleurs, la jeune fille ne doit pas connaître ses premières menstruations chez ses parents, mais chez son mari. Pour leurs parents, l’école ne fait pas partie de leur projet de vie pour leurs filles.
Elles sont des dizaines de filles qu’on observe dans les artères de la ville. Naïves, marchandises sur la tête, ou assises à même le sol en bordure de route, elles passent le temps en longueur de journée à la vente des beignets, de l’eau et bien d’autres marchandises.
Les efforts menés sur le terrain dans le département du Mayo Sava se basent beaucoup plus sur les canaux de sensibilisation pour que les parents envoient leurs filles à l’école. Mais le département est frappée par la crise sécuritaire imposée par les Djihadistes, avec à la clé plus de 50 000 déplacés internes, donc plus de 30 000 sont les jeunes filles en âge scolaire, mais malheureusement bloquées par manque de moyens.
« Chez nous dans le Mayo Sava la sous scolarisation de la jeunes fille provient de la pauvreté des parents. Nous sommes plongés ans l’insécurité total victime de la barbarie des Boko Haram. Nos champs sont confisqués par les djihadistes d’où il est difficile de s’occuper de l’éducation de nos enfants plus que nous n’avons pas de quoi manger. Je crois que l’état doit véritablement s’impliquer dans cette affaire en appuyant les chefs traditionnels dans ce combat. Certes ce n’est pas chose facile mais les pouvoirs publics ont le pouvoir comme son nom l’indique a nous accompagner par des stratégies et les moyens pour que au moins 60 à 70% des filles aillent à l’école c’est notre souhait en tant que chef traditionnel » indique Seïni Tipoue, premier notable du Sultanat de Wandala.
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Pesanteurs socioculturelles
L’implication des chefs traditionnels dans le combat de la scolarisation de la jeune fille n’est pas un fleuve tranquille. Les décisions des représentants de la communauté et celles des pouvoirs publics sont parfois bottées en touche par les parents.

« Chez nous les Peulhs nous accusons d’abord un grand retard. Nos arrières parents n’ont pas été à l’école y compris nos parents c’est là où se trouve d’abord l’handicap majeur. Moi par exemple, bien que je sois un homme, mes parents m’ont envoyé à l’école à l’âge de 11 ans. Combien de fois nos filles qui sont destinées pour le mariage uniquement ? Raison pour laquelle la plupart de nos filles Peulhs partent en mariage à l’âge de 12 ans ou 13 ans. Malgré le combat que nous menons en tant que chef de la communauté cela persiste toujours et les filles Peulhs leurs rêve c’est d’aller en mariage donc l’école pour eux c’est comme la prison c’est d’ailleurs pour ça que les parents radicaux ont inculqué dans la tête de leur filles et de la communauté. Je n’ai pas baissé les bras nous faisons de notre mieux » nous confie Hamadou Yaya, chef de la communauté Peulh de Zaïka, une localité située dans le chef lieu de la région de l’Extrême-Nord.
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Daouda Sadi est membre de la société civil Kousseri dans le Département du Logone et Chari : « la première stratégie pour combattre ce phénomène de la sous scolarisation de la jeune fille c’est d’abord la sensibilisation dans les lieux de cultes, les causeries éducatives dans les communautés, encourager la jeune fille avec les bourses d’études. Il faut une sensibilisation à l’endroit des garçons qui doivent comprendre que la fille n’est pas faite seulement pour le mariage ; c’est aussi son droit d’aller à l’école comme les garçons. Donc une sensibilisation globale à l’endroit aussi des chefs traditionnels, les dignitaires religieux et même pendant les cérémonies de mariage qui regroupent les parents et les enfants pour les emmener à comprendre que la place de la jeune fille est à l’école ».
Selon les organisations non gouvernementales en charge de l’éducation, on dénombre déjà plus de 600 000 filles âgées de 10 à 20 ans victimes de mariage d’enfants, grossesse précoces et à la déscolarisation dans cette partie du pays.
Anicet MAPOUT à l’Extrême-Nord du Cameroun