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Chronique sociale : l’apparition de “maman bonheur” au supermarché Dovv d’Essos

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Un fait insolite a défrayé la chronique ce mercredi, 1er août 2018 au supermarché Dovv sis au quartier Essos à Yaoundé. La quarantaine entamée, cette dame y a fait irruption et a demandé aux clients de se servir à son compte. D’après des témoins rencontrés dans cet espace commercial, à peine quelques clients se sont-ils approvisionné en denrées de toutes sortes que les forces de sécurité publique sont intervenues à la demande du staff managérial de ce supermarché. Du coup, des grappes de clients ont été contraintes de libérer les lieux et la dame concernée exfiltrée par des agents de la police, puis conduite au commissariat central numéro 4 pour exploitation. Au-delà de tout, cette histoire insolite révèle la face visible de la misère morale, financière et matérielle des Camerounais.

La marée humaine qui s’est mobilisée et déportée à l’esplanade du supermarché Dovv à la suite de la diffusion de l’information liée à l’apparition spontanée d’une dame généreuse participe, au plan psychosocial, d’un phénomène de foule. Régulée par un mimétisme collectif, la foule a ceci de singulier qu’elle ne réfléchit pas tant il s’agit d’une situation spontanée, laquelle entraîne des réactions fortuites des masses de personnes à l’assaut d’une manne tombée du ciel. Le quartier populaire Essos a été justement le théâtre de l’expérimentation d’un phénomène de foule consécutif à la présence, dans l’enceinte de ce centre commercial, d’une femme généreuse que le contingent de curieux tantôt en transe, tantôt en furie a tôt fait de surnommer “Mama bonheur”. Parce qu’un fake news circulant sur les réseaux sociaux a fait état de ce que cette quarantenaire doit distribuer deux milliards de Fcfa avant 15h le premier jour du mois de la consécration mariale, près de 1500 personnes ont, en l’espace d’une trentaine de minutes, fait foule dans ce supermarché. Question de capter les espèces sonnantes et trébuchantes de la prophétesse de la magnanimité et de la “solidarité mécanique”. D’autres catégories d’acteurs sociaux s’y rendaient aussi dans l’optique de renflouer leur besace d’ingrédients hétérogènes offerts par ce centre commercial.

La matérialisation d’un fait spontané d’une telle essence corrélé au boom populaire est l’expression d’un misérabilisme moral et économique ayant atteint la côte d’alerte dans la société camerounaise contemporaine. Il y a, en effet ces dernières années, un processus d’avilissement et d’en-sauvagement des populations qui, confrontées à la paupérisation chancelante, sont exposées comme des bêtes de sommes et des moutons de Panurge dans une aventure assortie de chimère, dont le corollaire est l’option pour l’appât du gain facile. Des Camerounais ne semblent pas tirer des leçons du passé, en l’occurrence celle du cas morbide, voire mortifère de la catastrophe de Nsam. Phénomène qui était survenu le 14 février 1998, jour où la rupture des wagons du train avait entraîné l’explosion des citernes de carburant. L’or noir étant à la portée du tout venant, la démographie exubérante, mue aussi par un phénomène de foule, avait pris, spontanément, pour refuge le site de la Société camerounaise de dépôt pétrolier (Scdp). Histoire de puiser du carburant qui coulait à flot dans des bassines et des récipients divers. Au mépris des risques et périls encourus en pareille circonstance, petits et grands, hommes et femmes s’étaient massés à Nsam, quartier populaire de l’arrondissement de Yaoundé IIIème, dans le souci de bénéficier de l’or noir à tout prix. Malencontreusement, alors que des entités d’individus s’escrimaient à s’approvisionner en carburant, une étincelle avait jailli au point de créer un drame mêlé de psychodrame. Morts et blessés graves avaient alors été enregistrés de façon indénombrable au grand malheur de nombreuses familles, dont les agents ont toujours de la peine à oublier l’histoire tragique de la catastrophe de Nsam.

En faisant le déplacement du quartier Essos, où un essaim d’individus affluait au supermarché Dovv au fur et à mesure que les minutes s’égrenaient, force est de constater que la quête effrénée et perpétuelle du pécule facile est une passerelle qui sédimente l’acquisition d’une mémoire courte des pauvres et misérables concitoyens.

Serge Aimé BIKOI, journaliste et Sociologue du développement

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