Président du Barreau des avocats du Cameroun pendant deux mandats consécutifs, membre fondateur de l’Union panafricaine des avocats, élu trois fois successivement à la vice-président du conseil d’administration de TI pour un mandat de trois ans, élu à l’unanimité en 2008 président du Conseil économique, social et culturel de l’Union africaine (ECOSOCC)…Akere Tabeng Muna sait ce que signifie courir après le temps. Le Tgv des activités liées à la campagne électorale pour la présidentielle du 7 octobre ne l’incommode point. Il arrive toujours à recevoir les journalistes que lui recommande son équipe de communication. Vendredi 31 août courant, il y a eu des concertations avec des leaders politiques dans son Qg au quartier Bonapriso à Douala, un échange sur des heures avec des étudiants, un travelling avec la télé Vox Africa. Akere Muna a du faire attendre d’autres hommes politiques, pour répondre aux questions de La Voix Du Koat. Résolution de la crise anglophone, politique culturelle, promesse sur la multinationalité, valorisation des langues locales… le candidat Akere Tabeng Muna se livre dans cet entretien. Bonne lecture !

Dans les grandes lignes de votre projet de société, vous mettez en emphase le concept de révolution pacifique. Qu’entendez-vous par révolution pacifique ?
Je suis en train de dire qu’il faut une transformation, et c’est ça la révolution. Il faut une révolution et ça doit être clair, parce que je ne me réfère ni aux armes ni à la violence. Il faut une rupture totale. L’Etat qu’on a n’est pas un Etat dans lequel on doit vivre. Vous vous imaginez qu’on a 200.000 déplacés internes, 40.000 réfugiés, plus de 500 militaires et civils tués, 60 mille élèves qui n’ont pas été à l’école, plus de 80 villages brûlés. Il faut une rupture, avec ce pays riche, prospère, avec des gens intelligents. Il faut une rupture qui permet à ce pays d’éclore et de revivre. Il faut une véritable révolution pacifique je dis bien, parce qu’elle sera faite par les citoyens, par les urnes.
Pour regarder l’interview en entier cliquer sur cette cette vidéo:
A quoi doit ressembler la nouvelle République dont vous parlez dans votre programme ?
C’est une République qui aura le peuple au centre de ses préoccupations. Toute action qui va être menée aura le peuple en son centre. Aujourd’hui ce n’est pas le cas.
Dans le souci de résoudre la crise sociopolitique actuelle, vous vous prononcez en faveur du fédéralisme. Quelle forme de fédéralisme comptez-vous implémenter ? Fédéralisme à deux Etats, trois Etats… ?
Premièrement je dis qu’il faut un Etat où les gouvernants sont proches des gouvernés, où les diversités des uns et des autres sont respectées. La forme fédérale, jusqu’ici, est la seule forme qui permet de respecter ces divisons là. Deuxièmement, il y aura d’autres critères, économique, ethnique, même géographique. Mais d’ores et déjà, nous avons deux cultures nées de la période coloniale, qui donnent deux systèmes juridiques différents, deux systèmes éducatifs différents. Voilà ce que nous avons dans un premier temps. Mais puisque c’est un système qui consiste à rapprocher les gouvernés des gouvernants, c’est dans les assises qu’on devra décider du nombre d’Etats. Nous savons d’avance qu’il y a une première division qui va s’effectuer, à base des traditions communes.

Ce sera donc par référendum, ou par un vote parlementaire ?
Je pense qu’il faudrait se méfier de ce système où la minorité décide du sort de la majorité. Il y aura un mécanisme qui permettra d’y arriver, mais de façon claire, il faudra que la partie anglophone puisse facilement gérer ses institutions judiciaires et son système éducatif, parce que c’est de là que part la crise. Il faudrait déjà un système fédéré. Ces régions décideront le moment venu.
Quelles seront les propriétés d’Akere Muna s’il est élu le soir du 7 octobre?
La société, je le dis toujours. C’est quasiment biblique ou coranique si on veut. Il y a trois choses qu’on enseigne dans le Coran et dans la Bible : on enseigne, on juge et on soigne. Donc les piliers d’une société c’est la justice, la santé, l’éducation. Il faut rapidement regarder cela. Puis, l’infrastructure, l’agriculture. Il faudra créer un climat favorable à l’investissement, question d’augmenter très rapidement le taux d’emploi parce que c’est ce qui va nous aider à doubler notre Pib qui est de 4,1. Il faut déjà passer à un Pib à double chiffre, au moins 8,1. Il faut une économie qui permet à la machine de fonctionner, dans le sens de permettre à la machine de fonctionner, de développer l’emploi et d’améliorer le niveau de vie des Camerounais.
Revenons sur la crise anglophone. Elle est aussi culturelle et malheureusement, la culture est un palier moribond aujourd’hui au Cameroun. Comment comptez-vous revitaliser le landerneau culturel dans ses différentes facettes ?
La culture est vaste. Il y a le sport, le tourisme, le théâtre, la musique, le cinéma, la littérature… Tous ces secteurs sont sinistrés parce qu’ils sont gérés par des gens sans rapport avec le domaine. Pour résoudre le problème dans le sport, le sportif devrait être au cœur des préoccupations. Si c’est dans la musique, le musicien devrait être au cœur de l’affaire. Mais à cause de l’argent, on a créé un système matérialiste où chaque fois, l’objectif est tronqué. Ils ne sont là que pour voler. Lire aussi Présidentielle 2018/Candidats : Qui est Akere Tabeng Muna (ATM) ?
Au sujet justement du vol, vous luttez depuis des années, contre la corruption à l’échelle internationale, à travers différentes institutions. Comment comptez-vous lutter contre la corruption lancinante au Cameroun ?
Il faut changer les tactiques. Au Cameroun on pense que les poissons peuvent se braiser. Les personnes accusées de corruption sont les mêmes en charge d’enquêter et de punir. Il faut des structures complètement autonomes financièrement et fonctionnellement, pour lutter contre la corruption. C’est indispensable. Deuxièmement, ces structures doivent faire dans la prévention, l’enquête et des poursuites. Je ne crois pas à un tribunal spécial. Les tribunaux ordinaires peuvent faire l’affaire. C’est le processus d’amener les gens devant ces tribunaux qui est important, parce que chaque fois que vous créer l’exception, le processus devient politique, comme on voit aujourd’hui avec le tribunal militaire. 40% de nos ressources sont absorbées par la corruption. Il faut un système transparent. Il faut protéger les lanceurs d’alerte. Quand quelqu’un dénonce un acte de corruption, il ne doit pas être menacé. Il faut établir un système transparent. C’est quelque chose que je fais depuis longtemps, donc je sais exactement où aller.
Mais nous avons quand même la Conac, l’Anif, le Consupe…pour lutter contre la corruption…
Ce sont des organes inefficaces, complètement politiques, qui ne peuvent pas résoudre le problème que nous avons. Il faudrait un système totalement différent pour la prévention, la poursuite et aussi pour le recouvrement.
Quel est le projet de réforme sociale que compte réaliser Akere Muna?

Il faut la justice sociale, et ça se retrouve dans la santé, l’éducation. Le Pape François disait au Brésil qu’on juge un pays par la façon avec laquelle il juge les plus pauvres. Ici au Cameroun le jugement sera sévère, parce que les pauvres n’ont pas droit au chapitre. Ils souffrent. Ce n’est pas la justice sociale. Il faudrait un système favorable à tous les Camerounais. On n’a pas un programme pour les personnes à mobilité réduite. Il y a des choses basiques qu’on peut faire. Qu’est-ce qui dérange un Etat de décider par exemple que dans un supermarché, la moitié des caissiers doit être recruté parmi ceux qui présentent un handicap moteur ?
Le système éducatif pose également un gros problème. Il y a quelques jours, la ministre des Enseignements secondaires a signé un arrêté qui fait la part belle à des langues étrangères. L’italien, le chinois, l’allemand, le latin…seront enseignés trois heures par semaine et notés sur coefficient 3. Les langues locales quant à elle sont facultatives et classées au même niveau que le travail manuel. Quelle appréciation faites-vous de ce texte.

C’est un problème que je vais résoudre très rapidement. Il faudrait qu’on reparte de la copie des Allemands, c’est-à-dire que dans les régions, on aura des langues qui sont obligatoires dès la maternelle. Dans le Nord sera le Fulbé par exemple. Il y aura cinq langues, enseignées obligatoirement, et dès le secondaire, on choisira entre deux langues locales.
Si on dit qu’une presse forte c’est un Etat fort, quels projets proposez-vous pour viabiliser la presse ?
Ici au Cameroun on ne fait pas le distinguo entre le journaliste et le propriétaire de l’organe de presse. Ils ont les intérêts différents, donc il faudrait qu’on fasse la part des choses. De deux, sur le plan de la discipline, il faudrait qu’on laisse le journaliste s’auto-gérer. Et puis il faudrait qu’on trouve un moyen plus efficace et plus équitable pour les subventions. Il y a les subventions de matériels comme du papier, comme on fait au Sénégal. Il y a les voies et moyens, mais comme je le dis encore, il faudrait que les journalistes pratiquants soient au centre de toutes politiques qu’on mettra en place.
Quelle place accorderez-vous à la diaspora camerounaise, qui se sent presque rejetée ?

Je n’aime pas trop le mot diaspora. Je préfère parler des Camerounais de l’étranger. Vous avez entendu un jour parler des Français de la diaspora ? De la diaspora américaine ? Pourquoi quand c’est nous les Africains on parle de diaspora ? On en a assez de ces histoires. Quand les Français sont ici, c’est les Français de l’étranger. Quand nous sommes là bas, c’est la diaspora. Bref, c’est un autre débat. Les Camerounais de la diaspora sont pour beaucoup dans notre économie à travers les ressources qu’ils envoient. C’est une bêtise qu’on ne les intègre pas dans notre plan de développement. En ce qui me concerne, le problème de multi-nationalité sera réglé. Tous les Camerounais sont nés Camerounais et restent Camerounais. Ils arrêtent de l’être par une seule manière, en renonçant eux-mêmes à la nationalité. Le fait d’acquérir d’autres nationalités ne va rien changer. Sur le plan économique, on fait souvent appel aux consultants étrangers. Je dis que 20% à 30% de certains marchés qui demandent une certaine expertise, seront réservés aux Camerounais de l’étranger qui ont les capacités de les réaliser. C’est quand on ne trouve aucune expertise parmi eux qu’on va voir ailleurs. On va donc ramener tous les experts Camerounais à s’inscrire pour qu’au moindre appel d’offres, ils soient sollicités. Il y aura un secrétariat d’Etat chargé des Camerounais de la diaspora. Il y a des interfaces qu’on devra créer. Les ‘‘bobolos’’ sont vendus aujourd’hui par les Chinois en France. Même aux Etats-Unis, tous les mets africains, -les ignames, le macabo, le plantain, la pistache…- sont vendus par les Chinois. Il faudrait que les coopératives d’agriculteurs basés ici soient mises en contact avec les coopératives des Camerounais à l’étranger, pour qu’ils mutualisent leurs efforts. On verra comment faire pour les aider, voire subventionner au niveau du fret, pour qu’elles soient compétitives. Il y aura des voies et moyens pour promouvoir l’implication urgente des Camerounais de l’étranger dans l’économie de notre pays.
Sortons de cet entretien par cette petite question. On dit qu’en politique il n’y a pas de saint. Même si on vous appelle Monsieur Propre, dites-nous quel est votre petit péché mignon ?
Ça c’est la dictature (Rire). Je suis facilement trompé par les gens qui mettent en avant leur supposée misère. Si je suis en face de quelqu’un qui me dit que c’est la rentrée scolaire, qu’il n’a rien pour la scolarité de sa famille, je tombe facilement. Sur ce plan je suis un «mbout man». Je suis le «mougou» de tout le monde.
Entretien avec Valgadine TONGA
Lire aussi : Présidentielle 2018 : les promesses du candidat Akere Muna