Les organisations syndicales représentant les conducteurs et transporteurs opérant dans les Aéroports du Cameroun annoncent une mobilisation à compter du 12 octobre 2026. Elles contestent les nouvelles conditions d’exploitation proposées dans le cadre du partenariat entre les Aéroports du Cameroun et Alo Technologies, opérateur du dispositif TaxiGo. Les syndicats contestent les conditions d’introduction de TaxiGo, le coût des véhicules, le modèle de financement et les nouveaux tarifs annoncés.
Une forte turbulence se dessine sur le ciel des Aéroports du Cameroun (ADC). Les organisations syndicales du secteur des transports annoncent une grève dès le 12 octobre 2026. Le point de presse de ce mercredi 7 octobre 2026 à la Bourse du Travail à Messa, à Yaoundé, a réuni les syndicats, les fédérations syndicales et surtout l’Association des Chauffeurs de Taxis de l’Aéroport (ACTA), affiliée au Synctrapuircam (Syndicat national des conducteurs des transports périurbain, urbain, interurbain et rural du Cameroun). Les syndicats contestent les conditions d’introduction de TaxiGo, le coût des véhicules TaxiGo, le modèle de financement et les nouveaux tarifs annoncés par Alo technologies Sarl.
Le mouvement annoncé intervient après plusieurs échanges entre les représentants des transporteurs et les responsables du secteur. Les syndicats affirment ne pas avoir été associés aux discussions ayant conduit à l’introduction du nouveau partenaire Alo Technologies dans les aéroports. Patrice Samen, président de la Fédération nationale des Syndicats des Conducteurs Professionnels du Cameroun (FNSCPC), affirme que les transporteurs ont été informés de l’arrivée d’Alo Technologies sans avoir participé à la définition des conditions d’exploitation. « Nous ne savons pas de quel projet il s’agit. Les ADC ne nous ont point associés à une discussion. Ils nous ont juste dit qu’il y a un nouveau partenaire avec qui nous sommes obligés de travailler. Et ce partenaire, Alo Technologies vient et impose ses voitures, ses conditions, ses taux », déclare Patrice Samen. Le responsable syndical annonce un préavis de grève pour le 12 octobre. Il demande au ministère des Transports d’intervenir afin de favoriser une concertation entre les différentes parties. « Si on avait ouvert le dialogue, on n’en serait pas là. Le gouvernement est le partenaire des syndicats, il n’est pas notre patron », ponctue t-il.
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La contestation porte d’abord sur le modèle économique de TaxiGo, porté par Alo Technologies. Simon Kengue Donfack, vice-président national du Groupement des Transporteurs Terrestres du Cameroun (GTTC), précise que les organisations syndicales ne contestent pas la digitalisation du transport. Leur désaccord porte sur le mécanisme économique retenu. « Nous ne sommes pas contre la digitalisation. Le problème, c’est le business model de l’opérateur, qui est basé sur le leasing », explique-t-il. Il met en avant la place occupée par Alo Technologies Sarl dans le montage financier. Et estime que, dans un mécanisme de leasing, le partenaire financier acquiert le matériel roulant auprès du concessionnaire avant de le mettre à la disposition du transporteur. Il soulève également la question de l’apport initial de 800 000 francs CFA et du statut du véhicule à la fin de la période contractuelle :
« Alo Technologies exige 800.000Fcfa de caution à chaque chauffeur pour entrer dans leur plateforme. C’est une société écran. Nous l’avons dit parce que dans le schéma de leasing, en réalité Alo Technologies ne devrait pas y figurer car il s’agit du partenaire financier qui achète le matériel roulant auprès du concessionnaire et le met à la disposition du transporteur, et non de Alo Technologies. Cela veut dire que dans le contrat, le transporteur historique qui était là, ou un transporteur lambda devait lui-même venir signer les engagements de payer en quatre ans, comme c’est prévu dans le contrat avec un apport personnel de huit cent mille directement versé dans les caisses, non pas de Alo Technologies mais de la banque. Ce qui va se passer, c’est qu’au bout d’un certain temps, Alo Technologies peut rompre le contrat unilatéralement avec le chauffeur, sous n’importe quel prétexte. Alo Technologies veut utiliser les chauffeurs des transporteurs comme des employés, pendant que lui, la banque et les ADC se sucrent. Les véhicules actuels des chauffeurs des ADC sont neufs et confortables. Pourquoi ne pas y installer l’équipement technologique souhaité, au lieu de leur imposer un type de véhicule ?»
Pour Simon Kengue Donfack, les contrats doivent notamment préciser les conditions de rupture, les obligations du chauffeur, la propriété du véhicule et sa valeur résiduelle. Le prix des véhicules constitue un autre point de la contestation. Vice-président national du Synctrapuircam et secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun, Joseph Noel Biyoa affirme que les véhicules proposés dans le cadre du projet sont facturés aux transporteurs à un niveau supérieur à leur prix d’acquisition annoncé. « Alo Technologies vient avec des véhicules chinois de 10 200 000 FCFA TTC le véhicule, pour l’imposer aux transporteurs à 23 500 000 FCFA. C’est excessif », affirme Joseph Noel Biyoa. Il soulève également la question de la conformité des véhicules. « Des véhicules dont la conformité n’a pas été testée au ministère des Transports. Va-t-il supporter les routes du Cameroun ? Est-ce qu’on est sûr que le véhicule va arriver à quatre ans ? », demande-t-il.
Les syndicats contestent également le système de prélèvements appliqué aux courses. Joseph Noel Biyoa précise que les Aéroports du Cameroun bénéficient de revenus liés aux activités des véhicules et que le nouveau dispositif modifie la structure des charges supportées par les chauffeurs. « Les gens ne disent pas non au projet, mais ce sont les leviers et les éléments du projet qui posent problème. Vous achetez un véhicule à 10.000.000 FCFA et vous le revendez à 23.500.000 FCFA, vingt-trois millions cinq. Les ADC veulent chasser ces transporteurs tout simplement parce qu’ils prenaient annuellement 100.000 FCFA pour les macarons à un chauffeur. Aujourd’hui, Alo Technologies lui dit qu’il peut gagner 900.000 FCFA sur la tête d’un chauffeur, et 1,6 million FCFA sur une voiture. Les ADC gagnent 500 FCFA par tour. Ils exigent un minimum de cinq tours à chaque voiture. Ça fait 2 500 FCFA/jour, soit 17.500 FCFA la semaine ; 70.000 FCFA le mois, ce qui revient à 900.000 FCFA l’an. C’est pour ces 900.000 FCFA que les ADC veulent vendre les Camerounais comme des esclaves. Alo Technologies qui vient avec le projet, gagne 1 000 FCFA par course. Il se retrouve donc par an avec 1.800.000 FCFA sur la tête d’un chauffeur », dénonce Joseph Noel Biyoa.
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La question des tarifs appliqués aux usagers figure aussi parmi les revendications. Joseph Noel Biyoa affirme que TaxiGo prévoit un découpage de Yaoundé et de Douala en quatre zones. Avec TaxiGo, les montants de la course passent de 10.000 FCFA à 18.000 FCFA, et 20.000 FCFA la nuit. « L’inflation actuelle ne permet pas déjà aux citoyens camerounais de s’en sortir. Le coût de la vie est très cher. Nos chauffeurs transportent de jour comme de nuit au même prix », explique-t-il.
Pour les transporteurs déjà présents dans les aéroports, la nouvelle organisation pose aussi la question des investissements réalisés au cours des dernières années. Beauclair Ngaakam, président national du Syndicat national des transporteurs professionnels propriétaires urbains, interurbains et routiers du Cameroun, rappelle que certains transporteurs ont contracté des dettes pour acquérir des véhicules répondant aux exigences des Aéroports du Cameroun. « Nous exerçons dans des aéroports depuis plus de cinquante ans. Nous avons été subitement surpris par les dispositions prises par les ADC, voulant nous déverser dans le décor pour imposer leur système de travail avec un nouveau partenaire, Alo Technologies », regrette-t-il. Pourtant, les transporteurs s’acquittent depuis plusieurs années des droits liés à leur activité dans les plateformes aéroportuaires. Il cite notamment les macarons, dont le coût annuel est estimé à 130 000 FCFA. De plus, les voitures actuelles des chauffeurs leur ont été imposées par les ADC, comme le souligne Beauclair Ngaakam : « Nous avons au-delà de ça pris, à coup de dettes, des véhicules à des valeurs de sept à quinze millions de francs. Parce que les ADC nous ont contraints d’avoir des véhicules modernes. Nous n’avons pas fini d’éponger les dettes que déjà les ADC nous demandent d’abandonner ces voitures ».
Les syndicats affirment avoir saisi le ministère des Transports et informé les compagnies aériennes internationales de la situation. Leur objectif reste l’ouverture d’une discussion sur le dispositif TaxiGo, les conditions d’intégration des transporteurs, le coût des véhicules, le financement, les tarifs et les prélèvements. La date du 12 octobre constitue désormais l’échéance annoncée par les syndicats. Les tracts appelant à la mobilisation seront distribués à travers les villes du pays. D’ici là, la question centrale reste celle de l’ouverture ou non d’un cadre de concertation entre les transporteurs, les Aéroports du Cameroun, Alo Technologies et les pouvoirs publics.
Valgadine TONGA






