La presse camerounaise ne décolère pas, depuis l’enlèvement et l’embastillement de journalistes, dans le cadre d’une affaire de lunettes du ministre déclarées disparues puis retrouvées dans le véhicule du ministre Ousmane Mey. Le Syndicat national des Professionnels de l’Information et de la Communication appelle les journalistes au boycott systématique de tous les évènements qui portent l’estampille du Ministère de l’Economie de la Planification et de l’Aménagement du Territoire.
Une affaire de lunettes qui vire à la controverse sur les libertés publiques. Solange Djuikam, François Essomba, Igor Guinweth Bibey et Pierre Mouchili sont désormais libres, mais leur détention continue de faire polémique. Dans une déclaration signée par son président, Thierry Eba, le Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication (SPIC) dénonce avec vigueur les conditions dans lesquelles ces quatre journalistes ont été interpellés puis maintenus en détention au Commissariat central n°1.
Le premier épisode remonte au lundi 14 septembre 2026. Solange Djuikam, journaliste présente au Palais des Congrès pour un reportage, est interpellée alors qu’elle exerce son activité professionnelle. Deux jours plus tard, le mercredi 16 septembre, trois autres journalistes venus à la couverture au Palais des Congrès connaissent le même sort : François Essomba de Chine Afrique, Igor Guinweth Bibey d’Inform Plus et Pierre Mouchili du Procès international. « Ces pères et mères de famille, en pleine mouvance de la rentrée scolaire, sortis de chez eux comme chaque matin pour vaquer à leurs occupations, ne rentreront visiblement pas chez eux. Solange Djuikam, la seule femme du groupe, n’a même pas pu joindre ses proches le lundi où elle a été mise aux arrêts sans plainte ni rappel de ses droits comme le veut le Code de procédure pénale. En plus, de ce traumatisme, les 3 téléphones en sa possession vont être confisqués d’office. La conséquence de cet abus sera la non-communication de sa détention à sa famille et ses proches. Au moment de sa disparition, kidnappée par les policiers du Commissariat central N°1, ses autres confrères toujours en reportage au Palais des Congrès ont minimisé les faits, pensant qu’elle avait certainement été renvoyée ailleurs pour travailler, comme cela est souvent de coutume », narre le SPIC dans son communiqué.
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« Ainsi, François Essomba, Igor Ginweth Bibey, et Pierre Mouchili sont interpellés le mercredi 16 septembre 2026, soit 48 heures après que les lunettes aient été retrouvées dans le véhicule du Ministre, selon les affirmations d’un responsable du Minepat », lit-on. Chose curieuse, note le syndicat, c’est « l’accusation de soupçon de vol des lunettes du Ministre que l’officier de police Paul Aimé Ahanda a maintenu pour justifier l’incarcération des journalistes dans les cellules infectes du Commissariat central N°1. Une mise en détention des journalistes autorisée par son supérieur hiérarchique mis au courant lorsque les journalistes ont été emmenés dans les locaux de l’unité. C’est effectivement le Ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire qui a déclenché cette scabreuse affaire en affirmant avoir été délesté de ses lunettes. Les policiers du commissariat central N°1 ayant exécuté sa volonté sans mandat, ni plainte en toute violation des procédures judiciaires dans le cas d’une arrestation ou mise en détention d’un suspect ».
Leur libération le lundi 21 septembre 2026 a été un ouf de soulagement, mais les quatre journalistes affirment avoir vécu l’enfer. Ils émettent des craintes pour leur santé. « Le SPIC dit non ! Une affaire aussi grave où des droits ont été bafoués ne peut pas être gérée ainsi, sans réparation. Le SPIC réclame des excuses et la réparation, tout en gardant le droit d’engager sous réserve des résultats des différents examens qui vont être fait sur ces derniers, des actions judiciaires. Le SPIC invite tous les professionnels de médias au boycott systématique de tous les évènements qui portent l’estampille du Ministère de l’Economie de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, jusqu’à nouvel ordre ».

L’exercice du journalisme est devenu hautement risqué au Cameroun, et la situation s’empire avec le temps. Le Spic s’inquiète d’ailleurs de « la recrudescence des violations qui se multiplient en direction des professionnels des médias dans l’exercice de leurs fonctions ; et condamne avec la dernière énergie ces arrestations et détentions arbitraires des professionnels de médias en plein exercice de leurs fonctions sur des éléments de suspicion. »
Pour le SPIC, l’enjeu dépasse désormais le seul cas des quatre journalistes. Il s’agit, affirme-t-il, de défendre les conditions d’exercice du métier et de prévenir de nouvelles interpellations de professionnels de la presse dans le cadre de leur travail.
Blanchard BIHEL










