- Advertisement -spot_img
AccueilA La UnePatrice Samen : « Soit Yango part du Cameroun, soit on baisse le prix...

Patrice Samen : « Soit Yango part du Cameroun, soit on baisse le prix du carburant »

- Advertisement -spot_img

Coordonnateur de la plateforme des organisations socio-professionnelles des transporteurs et président fédéral de la Fédération nationale des Syndicats des Conducteurs professionnels du Cameroun, Patrice Samen parle dans cette interview accordée à La Voix Du Koat, du sit-in annoncé dès le 28 septembre devant le Premier Ministère, le ministère du Travail et de la Sécurité sociale, le ministère des Transports, le ministère des Travaux Publics et la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures (CSPH).

LVDK : La plateforme des organisations socio-professionnelles des transporteurs (constituée des syndicats et fédérations syndicales des transporteurs) a lancé un ‘‘mémorandum du ras-le-bol. Qui annonce un important sit-in dès le 28 septembre devant le Premier Ministère, le ministère du Travail et de la Sécurité sociale, le ministère des Transports, le ministère des Travaux Publics et la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures (CSPH). En tant que Coordonnateur de cette plateforme, expliquez-nous la raison d’un tel mouvement ?

Ce mémorandum est la réaction des organisations socio-professionnelles des chauffeurs, face aux accusations abusives à leur encontre. Après chaque accident, on pointe du doigt le chauffeur. Le gouvernement a trouvé son bouc-émissaire. Les syndicats des chauffeurs sont en colère contre le gouvernement et les employeurs. Ce sont eux les principaux responsables des accidents. Voilà pourquoi nous nous sommes levés pour demander au gouvernement d’arrêter. Nous prenons aussi la population à témoin, car elle doit comprendre maintenant l’origine des accidents sur nos routes.

LVDK : Pourquoi rejetez-vous la responsabilité sur le gouvernement ? C’est pourtant le chauffeur qui conduit ?

C’est le chauffeur qui conduit certes. Mais pour qu’il y ait un rendement, il faut que le travailleur soit dans de bonnes conditions de travail et qu’il ait un salaire décent. Le groupe de travail de l’ONU a mené des enquêtes et a sorti des recommandations pour réduire les accidents : salaire juste, emploi de qualité et routes sûres. Ça regarde les conditions de travail des chauffeurs. Est-ce que les chauffeurs ont un salaire juste au Cameroun ? Non. Un chauffeur qui conduit un bus de soixante-dix places, mais il perçoit 45.000 Fcfa à 60.000 Fcfa de salaire. Est-ce qu’il peut s’en sortir avec ce montant ? Non. C’est la torture. De plus, le chauffeur n’a pas de sécurité sociale, Il n’est même pas payé sur bulletin de paie. Le chauffeur travaille au noir. Maintenant si on attaque le volet emploi de qualité, le chauffeur est utilisé comme un esclave.

Lire aussi :Transport routier au Cameroun : les organisations socio-professionnelles annoncent une grève généralisée dès le 28 septembre   

Les chauffeurs au Cameroun travaillent comme des éléphants et mangent comme des fourmis. Un chauffeur fait un aller-retour, et gare le bus pour se reposer, mais son employeur l’oblige à repartir. Forcément il va accuser le coup de la fatigue. Les employeurs dans leur chauvinisme ne veulent pas engager beaucoup de chauffeurs pour assurer une rotation saine. Le gouvernement passe son temps à crier au travail décent, santé et sécurité au travail mais il ne descend pas sur le terrain pour contrôler. Ce sont des slogans creux. Ils s’asseyent dans les bureaux climatisés et pérorent sur le travail décent. Les chauffeurs n’ont même pas de lieux de repos sécurisés. En cours de voyage, si le chauffeur veut dormir dans une ville qui n’est pas son lieu de résidence, c’est sur le siège de son véhicule qu’il se repose. C’est dangereux. Quand il a mal dormi, le soleil affaiblit sa vue. Le chauffeur n’est pas un robot. Le gouvernement, en gendarme, doit imposer aux employeurs d’améliorer les conditions de travail et de vie des chauffeurs.

Lire aussi : Transport : les Aéroports Du Cameroun accusés de moderniser l’esclavage avec Alo Technologies  
Quand on parle de routes sûres, est-ce que vous savez que par litre de carburant qu’on consomme, on coupe 80 Fcfa pour reverser au Fonds Routier ? Le péage est reversé au Fonds Routier. Comment comprendre que le Fonds Routier soit incapable de boucher les nids d’éléphants sur nos routes ? Pourquoi payons-nous donc ? Il y a eu une agence de voyage qui faisait trop d’accidents. L’ancien ministre des Transports Mebe Ngo’o nous a appelés en concertation pour statuer sur ce cas. Nous lui avons dit que la solution réside dans l’amélioration des conditions de travail et de vie des chauffeurs. Il a alors imposé à cette agence la revalorisation salariale. Les chauffeurs là-bas touchent au minimum 150.000 Fcfa le mois, et en fin d’année les chauffeurs sont primés. On n’a plus entendu parler d’accidents dans cette agence.

LVDK : Que sollicitez-vous exactement à travers ce mémorandum du ras-le-bol ?

Nous demandons que notre gouvernement applique la déclaration de l’ONU sur les principes à mettre sur pied pour réduire les accidents de la route. Nos routes sont des mouroirs. Beaucoup de chauffeurs meurent sans sécurité sociale, sans protection, sans rien. On abandonne leurs familles à la misère totale. Le Cameroun doit respecter cette déclaration parce qu’il a ratifié la convention avec l’ONU. Nous demandons l’augmentation des salaires des chauffeurs. Pas uniquement les chauffeurs de bus, mais les chauffeurs interurbains et les chauffeurs routiers.

LVDK : Les chauffeurs perçoivent des primes tout de même ?

Les employeurs parlent du paiement des primes assez élevées en fonction du nombre de tours effectué par le chauffeur. Conséquence, le chauffeur est obligé de se livrer aux excès de vitesse, pour chasser la prime et arrondir sa fin du mois. Un chauffeur qui est menacé d’expulsion par son bailleur à cause des arriérés de loyer, sera déséquilibré, pensif sur la voie publique.

LVDK : Pourquoi avoir opté directement pour un mémorandum et pas un plaidoyer ?

Nous posons ce problème depuis plus de vingt ans. Le gouvernement convoque un dialogue de dupes. Ils nous font des promesses qu’ils ne réalisent jamais. Maintenant nous voulons aller nous asseoir devant les ministères. Venez nous tuer. Au lieu que ce soit des accidents qui nous tuent, nous préférons que ce soient les armes qui nous tuent. On va s’asseoir devant les ministères, avec nos véhicules, on va les garer là-bas pour revendiquer. Nous savons que par notre mouvement, le Chef de l’État sera au courant. Le ministère des Transports est devenu le cimetière des syndicats des chauffeurs. Il préfère travailler avec les syndicats des employeurs. Le peu de réunions qu’ils organisent, c’est sous la pression du Chef de l’État, puisque nous le saisissons parfois et il les oblige à organiser un dialogue avec nous. Le ministre des Transports et son équipe ont mis de côté tous les arrêtés, toutes les décisions que leurs prédécesseurs ont prises, et qui fonctionnaient.

LVDK : Quand vous parlez d’entretien des routes, le gouvernement accuse un problème de trésorerie…

Coordonnateur de la plateforme des organisations socio-professionnelles des transporteurs et président fédéral de la Fédération nationale des Syndicats des Conducteurs professionnels du Cameroun, Patrice Samen parle dans cette interview accordée à La Voix Du Koat, du sit-in annoncé dès le 28 septembre

Le gouvernement dit qu’il n’y a pas d’argent sur les lignes du budget. Le Chef de l’État avait tout prévu. Le Fonds Routier est un fonds indépendant. Il ne dépend pas des Travaux Publics. C’est notre argent qu’on collecte pour boucher les trous sur nos routes. J’ai tenu une fois une réunion avec le Fonds Routier au Palais des Congrès. Le Fonds Routier annonçait qu’il est en surliquidité. Vous savez combien de litres de carburant on consomme par jour ? C’est un million ou deux millions de litres par jour. 80 francs qu’on coupe par litre sur notre argent. Le problème n’est donc pas le manque d’argent. Le gros problème ce sont les fonctionnaires. Ils sont un danger pour la République. Ils ont confisqué toutes les commissions, tous les comités, ainsi que le Fonds Routier. Aucun syndicat de travailleurs n’est nulle part, uniquement les fonctionnaires. Même dans le Conseil National de la Route vous n’avez aucun syndicat des chauffeurs.

Lire aussi :Pro Meet Up 2026 : l’apport stratégique du ministère camerounais des Transports   

Lire aussi :Ex-Sitrafer : les anciens employés réclament la liquidation de leurs droits  

LVDK : Plusieurs administrations sont dans le viseur de votre sit-in. Comment ça va se passer s’il y a sit-in ?  

Nous allons programmer. Nous avons saisi chaque ministère individuellement. On va s’asseoir sur nos véhicules et bloquer le ministère du Travail. Jusqu’à ce que le ministre du Travail mette sur pied une commission qui doit descendre tous les trimestres ou tous les six mois dans les entreprises pour vérifier l’effectivité du travail décent, de la santé et sécurité au travail, des conditions de travail, du paiement des chauffeurs sur les bulletins de paie, de la sécurité sociale pour tous les chauffeurs. Et cette commission doit comprendre en son sein, les syndicats des chauffeurs. Le ministère des Transports doit revoir les cahiers de charges des entreprises. On fera également le sit-in au ministère des Transports, à la Primature car nos deux conventions collectives signées en 2008 et 2011 n’ont jamais eu le décret d’extension. Et c’était la tromperie.

LVDK : Vous exigez également du gouvernement la suspension définitive de Yango. Yango a quoi à y voir ?

Yango est une multinationale venue fonctionner au Cameroun à base d’une escroquerie. Vous ne pouvez pas avoir une multinationale censée créer des emplois, développer notre sous-secteur d’activités, mais qui vient plutôt appauvrir le secteur d’activités. Yango nous dit qu’elle n’est rien qu’une plateforme de communication. On a besoin d’une multinationale qui peut nous apporter les véhicules pour améliorer notre parc automobile et employer les chauffeurs, bien les payer. Yango ne fait rien de tout ça. Yango est une plateforme qui n’a ni véhicule, ni chauffeur. Il vous loue seulement sa communication. Et pour ce service, il prélève jusqu’à 24% sur chaque course du chauffeur. Il ne paye aucun impôt. Le seul impôt est prélevé dans la petite part du chauffeur. Yango prend ses 24% et l’envoie à Dubaï. C’est de Dubaï qu’on envoie les commissions des sociétés de transport qui sont affiliées à Yango. Vous voyez qu’il s’agit de la fuite des capitaux.

Pis, Yango se permet de fixer les prix. Pour fixer un prix, on prend d’abord le prix d’achat, on met les charges, la marge bénéficiaire avant de fixer un prix. Yango n’a pas de voiture, Yango ne paye pas de carburant, Yango ne fait rien. Mais il fixe les prix des courses, des fois à 500 francs. Même pas le prix d’un litre de carburant. Ç’est terrible. Et le gouvernement laisse faire. C’est pour ça que nous disons que soit Yango part, soit on baisse le prix du carburant pour que nous aussi fassions des courses de 500 francs dans nos taxis. Les prix de transport sont homologués par le ministère du Commerce. Yango peut vous montrer l’autorisation que le Mincommerce lui a donnée pour ces prix ? Il n’y en a pas. Yango ne veut pas respecter les lois et règlements de notre pays. Le ministère des transports leur a servis une mise en demeure pour se conformer à la réglementation et que les taxis Yango aient toutes les pièces de transport urbain par taxi. Cette mise en demeure a expiré en juillet 2026.
J’étais en séminaire en Afrique du Sud avec la Fédération internationale des ouvriers de transport, ITF. En Afrique de l’Ouest, Uber est venu avec une centaine de véhicules. Il recrute et paie convenablement les chauffeurs, donc il fournit de l’emploi. Les citoyens, les Mozambicains, les Kényans…sont recrutés et recyclés. C’est contraire à Yango qui ne fournit aucune dépense, aucune action sociale.  Uber apporte la valeur ajoutée à l’Afrique du Sud. Mais Yango vient nous piller et il a été chassé au Togo pour cette raison. Yango veut détruire le système de taxi au Cameroun.

LVDK : Qu’est-ce qui peut pousser la plateforme à surseoir à ce sit-in ?

Ce qui peut nous pousser à surseoir, c’est l’intervention du Premier Ministère. C’est quand même le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, qui donne les instructions à tous ces ministres. Que le dialogue soit ouvert dans tous les départements ministériels, même au Premier Ministère là, transformé en cimetière des dossiers. Les Camerounais souffrent et meurent gratuitement. Les motos-taxis n’ont pas d’assurance, n’ont même pas d’offre d’assurance. Les taxis périurbains, ruraux, les taxis brousses n’ont pas d’assurance ni offre d’assurance. Tout est bloqué dans les tiroirs au Premier Ministère. C’est au Premier Ministère qu’on doit signer le décret d’extension de notre convention collective. Alors si un ministère règle sa part, il n’est plus dans le viseur du sit-in. Devant les ministères qui ne veulent pas dialoguer, on va garer les voitures et s’asseoir. La vie n’est pas seulement pour les fonctionnaires. Nous aussi avons droit à la vie.

LVDK : Vous réclamez aussi la baisse des prix des lubrifiants…

Notre deuxième plaidoyer, c’est la baisse des prix des lubrifiants, des huiles de moteur, parce que chaque marketeur fixe le prix comme bon lui semble. On quitte de 1.700Fcfa le litre d’huile à 3000 Fcfa. Nous demandons au ministre du Commerce de convoquer les marketeurs et que ce problème soit résolu. Nous demandons aussi au gouvernement d’accorder des facilités aux opérateurs qui importent les pneus. Nous ne pouvons pas payer les pneus neufs, déjà que nos routes sont très mauvaises. Nous nous débrouillons avec les pneus d’occasion. Nous demandons maintenant au gouvernement d’imposer la plaque Cemac à toutes les motos en circulation dans notre pays. Ils ne respectent pas les feux, ils se disent intouchables. J’ai été surpris à Bertoua de voir les motos respectent le feu. Comment dans la capitale les motos ne respectent pas les feux, alors qu’en région (notamment à l’Est) c’est respecté ? Et nous demandons aussi que la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures finance la formation, le recyclage des chauffeurs gratuitement. Ensemble nous devons faire quelque chose pour réduire les pertes en vies humaines.

Entretien avec Valgadine TONGA

 

- Advertisement -spot_img
- Advertisement -spot_img
Restez Connectés
16,985FansJ'aime
2,458SuiveursSuivre
61,453AbonnésS'abonner
Coup De Cœur
- Advertisement -spot_img

LAISSEZ UNE REPONSE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles Similaires
- Advertisement -spot_img