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Spoliation foncière à Kribi : les droits de l’Homme demandent l’abrogation de l’arrêté du Mindcaf

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La Une des Droits de l’Homme et des Libertés a saisi le Premier ministre pour demander l’abrogation de l’arrêté du 10 août 2026 du ministre Eyebe Ayissi, portant annulation de 1230 titres fonciers des Camerounais dans le département de l’Océan (au profit des Chinois) ; et alerte sur les risques de tensions entre communautés.

La controverse enfle autour de l’arrêté du 10 août 2026 du ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (MINDCAF), portant sur l’annulation de 1 230 titres fonciers dans plusieurs localités du département de l’Océan, dans la région du Sud Cameroun. Dans une correspondance adressée au Premier ministre, la Une des Droits de l’Homme et des Libertés (Udhl) dénonce une décision qu’elle juge préoccupante pour les droits des populations et la sécurité foncière.

Après une mission effectuée du 23 au 26 août 2026 dans le département de l’Océan (arrondissement de Kribi2 et la Lokoundje), l’organisation affirme avoir recueilli des témoignages et échangé avec des représentants des populations ainsi qu’avec plusieurs autorités locales. Dans la correspondance signée du Commissaire régional du Sud de l’UDHL, Joseph Noel Biyoa, l’ong relève plusieurs « incohérences » dans la procédure ayant conduit à l’arrêté ministériel.

Lire aussi :Expropriation au Cameroun : le Mindcaf chasse les autochtones à Kribi sur 28.000 hectares, au profit des Chinois   

Lire aussi :Prédation foncière à Kribi : Henri Eyebe Ayissi, le retour sur terre sera brutal   

Au cœur des préoccupations, figure l’Unité forestière d’aménagement (Ufa) 009-028, créée en 2001 et présentée comme l’un des fondements de la décision d’annulation des titres fonciers. Ladite Ufa a depuis fait l’objet d’un déclassement, suite à la circulaire du ministère des Forêts et de la Faune (Minfof) du 2 avril 2026. L’UDHL s’interroge ainsi sur la coordination entre le Mindcaf et le Minfof dans la gestion de ce dossier. D’autant plus que les opérations relatives au reclassement ou au déclassement d’une Ufa relèvent de la compétence du Minfof. Le Mindcaf ne saurait donc arracher des terres prétendues Ufa, pour les revendre à des étrangers.

Autre incohérence choquante sur le texte ministériel : « Il découle de cet arrêté un grave problème de cohérence, de logique et de compétence. Car on ne saurait comprendre que Me Oumar ALI saisisse le délégué départemental du MINDCAF le 10 août 2026, que le délégué départemental à son tour écrive à son ministre le même 10 août 2026 et que, ce même 10 août 2026 le ministre ait aussitôt rassemblé ses directeurs et ses services juridiques pour signer ce même jour un arrêté aussi important qu’une décision qui vient détériorer le climat social dans l’Océan. Y avait-il donc urgence ? L’Océan était-il à feu et à sang pour des problèmes fonciers ? Ou bien s’agit-il d’une réelle volonté de spolier les terres de l’Océan ? » S’interroge l’Ong.

Conflit sous-jacent

Autre grief soulevé : l’absence de concertation avec les autorités traditionnelles des localités concernées. De ses investigations, l’Ong confie que l’annulation de 1 230 titres, représentant près de 29 000 hectares, a été décidée sans consultation préalable des chefs traditionnels ni de leurs notables. Pour l’UDHL, cette situation risque de fragiliser davantage la confiance entre les populations, les autorités administratives et les services en charge du foncier. Elle redoute surtout que le dossier ne dégrade le climat social dans une zone où les communautés vivent traditionnellement en bonne intelligence.

Lire aussi : Casses de Dikolo-Bali : le tribunal annule le décret d’expropriation  

La mission de terrain dit également avoir constaté la présence d’engins d’une entreprise chinoise à Bébambwé, alors même que, selon l’organisation, les décisions d’attribution des terres concernées n’avaient pas encore été officiellement signées. Cette affaire a « ravivé les tensions entre les peuples Batanga, Mabéa et Ekang ». L’organisation évoque une perception désormais répandue chez certains habitants selon laquelle les terres seraient progressivement retirées aux communautés autochtones au profit d’autres groupes ethniques. Au-delà du cas spécifique de Kribi 2 et la Lokoundjé, l’UDHL estime que cette affaire pose une question plus large : celle de la sécurité juridique attachée au titre foncier au Cameroun.

L’organisation s’inquiète de ce qu’elle considère comme la possibilité, pour l’administration, d’accorder puis d’annuler des titres fonciers, estimant qu’une telle pratique pourrait alimenter le doute chez les propriétaires et les investisseurs. L’UDHL, justifie cette requête par le risque de voir le contentieux foncier dégénérer en conflit communautaire et compromettre la paix sociale dans le département de l’Océan. Elle annonce par ailleurs que d’autres informations relatives à des opérations foncières similaires dans d’autres arrondissements pourraient faire l’objet de nouvelles saisines des autorités.

« Aujourd’hui, les Camerounais estiment que sous le ministre Eyébé Ayissi, le titre foncier n’a plus de valeur et ne sert plus à rien. Cela nous amène à vous suggérer de bien vouloir examiner cette situation, qui vient jeter le doute sur la sécurité de notre régime foncier. Redoutant que l’arrêté du 10 août 2026 n’engendre des troubles à l’ordre public et ne vienne compromettre la paix dans l’Océan, nous vous prions de bien vouloir faire en sorte que le MINDCAF abroge, dans l’urgence, ledit arrêté. La Une des Droits de l’Homme et des Libertés par ma voix et celles des populations de l’Océan, vous seraient très reconnaissants de bien vouloir examiner cette problématique, dans l’intérêt de la paix et de la quiétude pour tous », supplie Joseph Noel Biyoa à l’endroit du Premier Ministre Dr. Joseph Dion Ngute.

L’arrêté du 10 août 2026 du ministre Henri Eyebe Ayissi expropriant les peuples autochtones de toutes leurs terres, créé la panique et le courroux dans les arrondissements de Kribi 2 et de Lokoundjé. Cet arrêté signé sans concertation préalable, a été découvert par les populations et les autorités traditionnelles sur les réseaux sociaux. A peine l’arrêté signé, des villages et quartiers ont déjà commencé à être vendus ce même 10 août, dans le dos des populations et des opérateurs économiques établis sur la terre. Certains propriétaires de terrains menacent de sortir les machettes pour protéger leurs terres. Le Collectif des communautés autochtones a adressé une correspondance au Chef de l’Etat pour demander la correction du document du Mindcaf et sauver les populations du département de l’Océan. Enquête.
Arrêté du Mindcaf. 

Blanchard BIHEL

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