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Gare de transit d’Abong-Mbang : des transporteurs comme des vaches à lait

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Un syndicat local bénéficiant de la complaisance de la Mairie impose un prélèvement illégal de 500F par passager, sabote les véhicules sur la nationale n°10 et interdit tout chargement hors du périmètre de la gare. Exaspérés par cette escroquerie organisée, les transporteurs multiplient les griefs. Un collectif s’apprête à saisir le ministre des Transports et la Commission nationale anti-corruption pour mettre fin à ce système mafieux.

 

« 500 francs par passager, quel que soit le trajet, c’est un racket pur et simple. Que vous alliez à Ayos où à Bertoua, le syndicat vous extorque la même somme sans aucune contrepartie. Un chargement de 10 places rapporte 5000 francs Cfa au syndicat contre seulement 15.000 francs Cfa au transporteur. C’est intenable », déplore un transporteur effectuant la ligne Bertoua-Abong-Mbang. Depuis la mise en service de la gare routière de transit de cette ville, ce prélèvement est devenu systématique. Officiellement, la taxe de 500 francs Cfa est présentée comme « frais de bordereau de tout véhicule de transport public exploitant la gare de transit ». Mais aucune quittance officielle n’est délivrée.

« L’argent est collecté en espèces après chaque chargement dans un box. Nous n’avons aucune preuve de ce paiement, et bien sûr, rien n’est déclaré au fisc », dénonce un autre transporteur sous couvert d’anonymat. Selon nos sources, la mairie qui a signé une convention avec ce syndicat en 2018, perçoit une part de ces sommes. Environ 30 à 40.000 francs Cfa de « ticket de quai » par mois. Autre sujet de colère des transporteurs : le monopole de chargement imposé par le syndicat. « Dès qu’un véhicule stationne hors de la gare pour prendre des clients, le président du Syncapa accourt avec ses hommes. Ils nous interdisent de charger ailleurs, même les particuliers. Sous prétexte de lutter contre le transport clandestin, ils ont transformé toute la ville en zone interdite », explique un chauffeur effectuant la liaison Abong-Mbang-Mbama-Messamena.

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Comme conséquence : plusieurs transporteurs ont dû abandonner cette gare routière de transit. C’est le cas d’Overline, qui a préféré installer son agence de voyages du côté de Mampang, dans l’arrondissement de Doumé, à environ 500 mètres. « Nous avons été chassés d’Abong-Mbang parce que nous refusions de payer ce droit de passage illégal », a confié un chauffeur d’Overline.

Intimidations sur la nationale n°10

Elles ne se limitent pas à la gare de transit. Ceux qui osent s’arrêter sur la nationale n°10 pour prendre un passager voient leurs véhicules sabotés. « Une fois, on m’a menacé de casser mon véhicule si je continuais à charger à l’extérieur », témoigne un transporteur sous couvert d’anonymat. Plusieurs transporteurs affirment que le président dudit syndicat patrouille autour de la gare de transit, menaçant tout chauffeur qui oserait transporter un passager hors de son périmètre. « Sous prétexte de lutter contre le transport clandestin, il se permet parfois l’outrecuidance d’immobiliser les véhicules avec des sabots sur la nationale n°10, où la Mairie n’a aucune compétence. Nous avons vu des collègues bloqués pendant des heures en pleine route, juste parce qu’ils avaient un passager qui n’était pas passé par la gare », dénonce un autre transporteur effectuant la ligne.

Des tickets de voyage sans garantie

Autre grief : le syndicat impose ses propres tickets de voyage, qui n’offrent aucune garantie. « N’étant pas une agence de voyage, ce ticket décline toute responsabilité du syndicat en cas d’accident ou de problème. C’est une escroquerie pure et simple », s’indigne Me Éric M., avocat au barreau du Cameroun. Pour lui, « lorsqu’un ticket de transport est délivré par un syndicat, cela engage sa responsabilité en cas de problème. Or, à Abong-Mbang, ils encaissent juste de l’argent sans jamais répondre de rien. En cas d’accident, les passagers se retrouvent seuls face à leur sort, ce qui est préjudiciable ». Face aux nombreux abus, les transporteurs de l’axe Bertoua-Abong-Mbang ne comptent plus attendre.

Dans une pétition qu’ils comptent déposer au ministère des Transports et à la Conac, ils exigent l’annulation immédiate du prélèvement de 500 F par passager à la gare de transit ; la fin du monopole de chargement imposé par le Syncapa ; une enquête judiciaire sur la véritable destination des fonds prélevés par ce syndicat ; la résiliation de ladite convention entre la Mairie et ce syndicat qui n’est pas dans son rôle. Celui de défendre les intérêts de ses membres et de les sensibiliser à se conformer à la réglementation. « Chaque jour, c’est la même galère. On se lève à 4 heures du matin pour espérer faire deux chargements, et au final, la moitié de notre recette part dans leurs poches. Comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? », s’insurge un transporteur.

Une autre ajoute que « nous ne sommes pas contre un prélèvement raisonnable et encadré, pour l’entretien de la gare par exemple. Mais 500 francs par tête sans reçu, avec menaces et sabotages, c’est de l’extorsion. Et la Mairie est complice ». « On en a assez d’être traités comme des vaches à lait », tonne le porte-parole du collectif. « Nous allons porter plainte, et nous irons jusqu’au bout. Si personne ne bouge à Yaoundé, nous organiserons une manifestation pacifique ». Du côté du syndicat, on se retranche derrière « la lutte contre le transport clandestin et la préservation des intérêts de la Commune ».

Ange-Gabriel OLINGA BENG

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