La veille de la 60ème fête de la Jeunesse, le discours du Président Paul Biya a suscité de vives attentes mais aussi des interrogations. Stéphanie Daplouma, Coordonnatrice du Mouvement citoyen des Franckistes pour la paix et l’unité du Cameroun, livre une analyse sans détour. Entre espoirs, exigences de résultats et appel à une véritable place des jeunes dans la gouvernance du pays.
Madame Daplouma, le président Paul Biya s’est adressé à la jeunesse le 10 février 2026. Quel regard portez-vous sur son discours ?
Ce discours était attendu. Le Président a réitéré des engagements forts, notamment sur l’emploi avec un plan spécial et des exonérations fiscales pour les entreprises qui recrutent des jeunes diplômés. Il a aussi insisté sur l’éducation et appelé les jeunes à la responsabilité. C’est un signal positif, mais beaucoup de jeunes Camerounais le disent : ces promesses ne sont pas nouvelles. Nous attendons désormais des actes, des résultats concrets, des opportunités réelles qui changent notre quotidien.
Le thème de cette année est « Jeunesse au cœur des grandes espérances, pour un Cameroun uni, stable et prospère ». Quelles sont, selon vous, ces grandes espérances ?
Elles sont claires : un emploi décent, une éducation de qualité, une formation professionnelle adaptée, et de meilleures conditions de vie (logement, santé, transport). Mais au-delà, les jeunes aspirent à être écoutés et respectés dans leurs ambitions. Ils ne veulent plus être des figurants du développement, mais des acteurs à part entière.
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Le gouvernement met en avant plusieurs dispositifs comme le Plan spécial emploi ou les aides à l’entrepreneuriat. Les jeunes s’en saisissent-ils ?
Certains oui, et c’est tant mieux. Mais beaucoup estiment que ces dispositifs restent trop éloignés des réalités du terrain, ou alors qu’ils profitent à un cercle restreint. Il y a un sentiment de lassitude. On nous parle d’exonérations, de formations, mais dans les quartiers, dans les campagnes, les jeunes diplômés sont toujours au chômage, les initiatives manquent de financement. La question n’est pas seulement de créer des dispositifs, mais de les rendre accessibles et visibles.
Vous êtes responsable des Franckistes, un Mouvement qui porte les idées de Franck Emmanuel Biya. Quelle est votre plus grande espérance pour la jeunesse ?
Notre espérance est claire : voir Franck Emmanuel Biya participer pleinement à la prise de décision dans ce pays. Nous voulons une meilleure représentation des jeunes dans les instances politiques et administratives. Ce n’est pas une question de privilège, c’est une question de légitimité. La jeunesse camerounaise représente plus de 60 % de la population, mais elle est encore trop absente des lieux de pouvoir. Nous voulons des portes ouvertes, des responsabilités confiées, une parole écoutée.
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Comment la jeunesse peut-elle s’approprier ce thème des « grandes espérances » ?
D’abord en se mobilisant. Pas seulement le 11 février, mais toute l’année. En s’engageant dans des projets citoyens, dans l’entrepreneuriat, dans la vie associative. En se formant sans relâche, parce que la compétence est notre meilleure arme. En s’exprimant haut et fort, sans peur, sur ce qui ne va pas et ce qui doit changer. Et surtout, en se solidarisant. Les jeunes doivent arrêter d’attendre qu’on leur donne la place. Ils doivent la conquérir.
Un message pour conclure, à l’aube de cette Fête de la Jeunesse ?
La Fête de la Jeunesse, ce n’est pas seulement le jour où l’on parade. C’est le jour où l’on rappelle à la Nation que nous sommes là, que nous avons des rêves, mais aussi des exigences. Nous, jeunes Camerounais, ne voulons plus être une promesse sans lendemain. Nous voulons être une force qui construit. Et nous le ferons, avec ou sans ceux qui nous ignorent. Mais ce serait tellement plus beau si nous le faisions ensemble, unis, dans un Cameroun qui nous ressemble enfin.
Entretien avec par Ange-Gabriel OLINGA BENG






