Le samedi, 31 janvier dernier, les berges de la Sanaga Maritime ont été le théâtre d’un acte fondateur. La sixième édition du Ngand’a Béhona a transcendé le simple festival pour incarner la liturgie vivante du peuple Malimba, une célébration où chaque rite répondait à une grammaire ancestrale d’une identité préservée.
C’est dans un décor naturel, matrice liquide et mémoire active que le peuple Malimba a tenu, pour la sixième fois, l’édition 2026 de son Ngand’a Béhona, sur les rives larges et silencieuses de la Sanaga Maritime. Plus qu’un rendez-vous festif, l’édition 2026 s’est affirmée comme une célébration identitaire pleine, rigoureusement ordonnée, où chaque séquence répondait à une grammaire ancestrale précise.
le peuple Malimba n’a pas donné à voir un festival, mais a tenu un acte. La sixième édition du Ngand’a Béhona s’est imposée comme une liturgie identitaire, rigoureusement ordonnée, où chaque séquence relevait d’un savoir ancien. Ici, la tradition ne se montre pas : elle s’exerce. Le Ngand’a Béhona est alors apparu, non pas comme un rendez-vous mondain, mais une affirmation de souveraineté culturelle
Tradition respectée
Dès l’ouverture officielle, la cérémonie a assumé son double ancrage. L’exécution de l’hymne national et la présence de l’autorité administrative ont inscrit le Ngand’a Béhona dans l’espace républicain, sans jamais en altérer la primauté coutumière. Le Président du Comité d’Organisation, Sa Majesté le Chef Supérieur du Canton Malimba Océan, puis le représentant du Sous-préfet ont pris la parole selon un ordre qui disait l’équilibre entre État et tradition.
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Représentant le Sous-préfet de Mouanko, Suntou Mvondo Mamifa a salué « les commodités mises sur pied pour la belle organisation de cette cérémonie culturelle », rappelant que le Ngand’a Béhona constitue « un vecteur de cohésion sociale indispensable » pour la communauté Malimba et pour l’arrondissement. Une reconnaissance institutionnelle claire d’un rite demeuré vivant.
La messe de l’eau
Puis, le temps s’est suspendu. Pendant plus de vingt-cinq minutes, la foule est restée immobile, tenue par le cœur battant de la célébration : Ihang’a Mbindè. Cette messe de l’eau, moment de communication directe avec les divinités aquatiques et les ancêtres, a constitué le point d’orgue du Ngand’a Béhona 2026.
Autour de la Sanaga devenue autel, la parole humaine s’est effacée. Le rite a parlé. L’annonce du message des ancêtres est claire, tant ke message est précis : « L’union du peuple avec lui-même. L’union entre les chefs, l’union entre les fils pour une meilleure conservation de l’héritage pour une véritable affirmation de l’identité Malimba », confie sa Majesté Nanga Symphorien à sa communauté.
Le rituel de la pêche de la palourde sacrée a également constitué l’acte tangible de ce pacte. Une curiosité pour les nombreux aficionados venus d’ailleurs. Plus qu’une démonstration, ce fut une collecte de la preuve. Tant la présence du mollusque dans les eaux ancestrales valide la vitalité du lien avec les divinités fluviales. Ce geste transforme un élément naturel en symbole vivant de l’identité, matérialisant la mémoire et l’autorité spirituelle que l’eau incarne.
Veille, devoir et défense
Autre temps fort, l’exhibition de la pirogue Illimbe Illimbe ayant récemment pris part au Ngondo a confirmé la centralité absolue de l’élément aquatique. « Quand l’eau parle, le village doit se taire pour écouter », nous a chuchoté celui qu’on surnomme « Axe Lourd », le Chef du village MOULONGO. La Sanaga apparaît donc, non comme un simple décor ni ressource, mais mémoire, autorité et médiation spirituelle.
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À l’issue du rituel, le Président du Comité d’Organisation a livré une parole dense, structurée, dénuée d’emphase. Rappelant que le Ngand’a Béhona est « un pacte entre les vivants et les ancêtres. » Une parole qui résume les six années de célébration, et l’esprit du moment. « Six ans de renaissance, d’unité, d’héritage vivant », rappelle Michel Etia, qui, insistant sur Etembu O mulatako, la défense dans l’union, qui fut le thème de l’événement, a énoncé l’essentiel : « Défendre nos eaux, nos terres, nos rites, notre langage, nos richesses, nos palourdes ». Le Béhona, mollusque endémique des eaux Malimba, s’est imposé comme symbole matériel d’une identité à protéger.
L’appel à l’unité
Saluant la présence de communautés étrangères, notamment nigérianes, Sa Majesté NANGA Symphorien, Chef Supérieur du Canton Malimba Océan, s’est déclaré « très satisfait car mon objectif a été atteint. » Lui qui a reconnu que « le Ngand’a Béhona prend une dimension universelle », tout en recentrant le propos sur l’exigence fondamentale : « Nous sommes appelés à vivre dans l’unité, l’union, combattre ensemble », appelant les élites à s’engager concrètement pour les villages.
Autour du sacré, la force collective s’est exprimée. En lutte traditionnelle, Ndjayick Valentin s’est imposé chez les poids lourds, tandis que Dikongue l’a emporté chez les légers. Moulongo a dominé Mulimb’e Mbenjè au tir à la corde, et en natation, Kwedi Cena a devancé Mutimbè et Jordan Essembè. Des épreuves sobres, révélatrices d’une communauté en mouvement.
Ainsi, entre concours MISS NGAND’A BÉHONA 2026, récits généalogiques et musiques contemporaines, à l’instar de Annie Aurélie ITONDO la voix stridente et montante de la musique Malimba et du patriarche Junior Decca dont les performances, dès les premières notes, ont transformé la scène en un foyer d’énergie, où les corps se sont levés avant même que les esprits n’y consentent.
Exit l’acte 6. Le Ngand’a Béhona 2026 s’est affirmé comme une pédagogie vivante de l’appartenance. Sur les rives de la Sanaga, une certitude s’est imposée. Place maintenant aux préparatifs de la 7ème édition.
Cheikh Malcolm EPANDA






