Succession à la chefferie supérieure Bangou : la vérité qu’on refuse de dire…

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Par Dr Jean Mirabeau KEPSEU

C’est fait ! Le nouveau Roi Bangou Sa Majesté Ngambou Kemayou Maurice vient d’être choisi selon nos coutumes ancestrales et acclamé par le peuple Bangou tout entier. Bangou a un nouveau chef, un nouveau guide. Il est actuellement au Lahkep pour son initiation qui va durer neuf semaines. Mais au lieu de saluer et célébrer cette bonne nouvelle qui vient mettre un terme à de longues et interminables semaines d’atermoiements et d’échauffourées autour du trône de sa Majesté Kemayou, certaines personnes mal intentionnées et ignorantes des us et coutumes en vigueur dans la région Bamiléké ou pire, n’ayant aucune qualité dans le processus du choix du chef, ont pris sur eux la lourde responsabilité de se donner le droit et les attributs de faire main basse sur le responsable des 7 qui arrêtent le chef et le présente au Roi de Bazou afin que ce dernier le confirme, lui donne le bâton de commandement, et le présente au peuple et aux autorités officielles.

Toute chose qui est regrettable parce que inadmissible qu’un élu Bangou se retourne contre ceux qui l’ont élu, en s’arrogeant des responsabilités coutumières qui ne lui sont point conférés par son élection et pire est de profaner le Lahkep en y rentrant avec des policiers pour déloger un  chef choisi par le peuple Bangou selon les coutumes. Un sacrilège pour dire le moins. La durée du séjour du regretté Tayo Marcel Alias Kezebo Marcel à la chefferie Bangou ne lui confère pas les attributs de chef face aux coutumes, pour qui connait le verdict de la justice au sujet de son origine et du regrettable processus qui l’a conduit à ce poste. L’élu Bangou le sait et c’est ce qui aggrave sa compromission dans cette affaire. Pour revenir sur le processus de désignation du nouveau Roi, Ndibou Youkep est le nom du notable qui a arrêté le nouveau chef lundi dernier à Bangou. Comme un héritage qui se transmet de génération en génération, son père a posé le même acte lors de l’intronisation de Kemayou Paul Bernard comme chef et Nana Sinkam Samuel comme adjoint.

Vacance au trône                                         

Ce notable, fidèle à la logique traditionnelle, est resté ferme sur le fait qu’on doit rétablir la vérité de la lignée. Refusant de jouer le jeu de l’honorable Datouo et Cie qui ont fabriqué leur notable, un certain Chuisseu Remi qui devait désigner celui qu’ils ont choisi comme chef, au mépris des us et coutumes et de la volonté des ancêtres. Ce personnage qui n’est qu’un simple notable qu’on a introduit pour brouiller les cartes et décrédibiliser la succession avait pour père, le grand père du Roi Djomo. Et comme le veut la tradition, il est devenu « Tafeu Zosop » qui n’est rien d’autre qu’un titre honorifique. A l’ouverture du deuil lundi dernier, Ndibou Youkep a été bloqué par des gendarmes qui ont reçu pour mission de l’empêcher de se prêter au rite de désignation. N’eût été la rigueur d’un des princes que le digne fils Bangou n’aurait jamais accompli cet inestimable dessein.

Rappelons que c’est le Roi Kemayou Daniel qui est venu en 1950 coordonner le processus d’arrestation de Kemayou Paul Bernard. Et Nana Sinkam Samuel comme adjoint. Face à la pression que voulait mettre le chef Christophe Djomo sur son entourage pour s’installer sur le trône, le roi Kemayou a remis de l’ordre en refusant qu’un tel sacrilège puisse se produire. Il est judicieux de préciser que le chef Djomo ayant été installé suite à la vacance, conséquence de l’exil de Kemayou, avait été désigné par l’administration fédérale comme régent et il décède en 1979. Son fils a donc simplement continué cette régence. C’est dire que sur le plan traditionnel, la présence du chef Bazou n’était plus nécessaire à cette époque. Il revient donc en 2019 pour rétablir la lignée, conformément à la tradition ancestrale. Il est dans son rôle et aucune autre interprétation fut-elle de ceux qui veulent contre vents et marées usurper le trône, ne saurait tenir la route.

Luttes nationalistes

Ce d’autant plus que les archives et les abondants écrits sur la légende que représente Paul-Bernard Kemayou suffisent à mesurer l’étendue de sa notoriété et toute la reconnaissance que lui voue aujourd’hui, le groupement Bangou secoué par la crise de succession entre ceux qui contestent à la lignée Tayo la légitimité, et de l’autre, les partisans du retour à l’ordre rompu par l’autorité coloniale en 1961. C’est en effet un doux euphémisme de dire que le village se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Et c’est une figure emblématique de la lutte contre la colonisation qui agite ainsi la mémoire de son peuple de longues années après sa disparition. Fervent militant de l’Union des populations du Cameroun (Upc), qui a régné de 1948 en 1959 et ancré dans les luttes nationalistes, il a tout donné dans cette noble cause qu’il défendait. Dès 1957, la lutte armée s’intensifie dans la région Bamiléké. «L’administration coloniale sollicite le concours des chefs traditionnels pour mettre la main sur les bandes armées… En tant qu’auxiliaires de l’administration, le chef  se doit de donner les renseignements utiles pour lutte contre la rébellion», écrit Paul Tchakounté dans son mémoire de licence en histoire soutenu en 2007-2008.

Alors que les nationalistes engagent une lutte contre les chefs « traitres », qui pactisent avec l’administration coloniale. Les palais royaux sont incendiées ; notamment celles de Baham, Bahouan, Bandjoun,….  « Plusieurs chefs se rallient au mouvement de l’Upc », écrit Paul Tchakounté. Parmi eux, Paul Bernard Kemayou. « Dans le comité de base de la chefferie, est adjointe une section de combattants. Pour camoufler le jeu, les maquisards sont ici habillés en femmes, pour ne pas attirer le moindre soupçon. C’est en ténue de combattants de l’Upc que le Roi Kemayou se présente aux cérémonies organisées par ceux-ci », rapporte l’historien. La guerre est ouverte avec l’administration coloniale. L’ardeur et la témérité du Roi Kemayou seront vaincues par Maurice Quezel, affecté le 31 décembre 1958 comme chef de poste administratif  de Bangou.

Ravitaillement des troupes coloniales

Ce spécialiste de la guérilla que la France dépêcha d’Indochine pour mater les velléités indépendantistes dans la région de Bangou mettra tout en œuvre pour réussir sa mission. Le résistant Paul Bernard Kemayou finira par céder et s’exila au Ghana et plus tard en Chine, terres plus favorables aux indépendantistes d’Afrique française. Une fois en terre chinoise où il trouve asile, Paul Bernard Kemayou se sent libéré et poursuit le combat sur une terre plus fertile pour la cause, de 1962 à 1972. Durant ses cinq dernières années, l’exilé politique a été coordonnateur et responsable des liens sino-africains pour œuvrer à l’accompagnement des luttes de libération en Afrique. Faisant ainsi tout honneur au surnom qu’il portait depuis les premières années du combat de l’Upc, à savoir « Kemayou l’Africain ».

Le fils du roi Sinkep Charles, né en 1938, a grandi avec l’âme de combattant. Porté à la défense des opprimés, le prince rencontra Ernest Ouandié à l’école primaire de Bangou carrefour, et ce sera facile pour lui de faire partie du combat que mènera le futur président de l’Upc. Son accession au trône à l’âge de 21 ans comme 12ème ne le détourna pas de sa mission de combattant nationaliste. Nommé auxiliaire de l’administration, avec pour mission le ravitaillement des troupes coloniales, l’homme profitera pour glaner des informations pour ses frères combattants. Ce qui conduira à sa destitution le 28 avril 1967, et condamnation à mort par contumace. Sept ans après qu’il a quitté son royaume, pour un exil forcé, en passant par le Cameroun anglophone. Direction le Ghana, puis la Chine.

Vive le Roi Ngambou Kemayou Maurice

Avant de terminer ses jours en Guinée où l’homme était le représentant permanent de l’Upc jusqu’à son assassinat. Il décède des suites d’un empoisonnement en 1985. « Le 11 mai 1995, le rituel d’inhumation du défunt Roi est interrompu par des éléments de l’armée camerounaise qui ordonnent à des prisonniers transportés sur le site par l’armée de prendre possession du cercueil », peut-on lire sur une page à lui dédiée sur wikipedia. Le roi n’a donc jamais eu droit aux obsèques officielles et une succession digne. Destitué, Paul Bernard Kemayou est remplacé par Christophe Djomo, frère consanguin du roi combattant. Il laissera le pouvoir à son fils adoptif Marcel Tayo II qui régnera de 1979 jusqu’à son suicide le 16 novembre dernier. Quel service rendent les usurpateurs, les fanatiques de clans et de dissidence à la recherche de la paix, de la convivialité, conditions incontournables pour un développement économique et social durable, vœux cher à Son excellence Paul Biya, président de la République, chef de l’Etat ? On se le demande. Quoiqu’il en soit, le Peuple Bangou reste et demeure solidaire derrière son nouveau Roi, S.M Majesté Ngambou Kemayou Maurice. Vive le Roi !

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