Remaniement ministériel : la machine gouvernementale est-elle grippée ? (2)

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Comme nous le relevions dans la précédente édition, le président Paul Biya a déjà eu recours à 35 gouvernements en 36 ans de règne, avec une moyenne de rotation qui est allée de deux gouvernements par ans en 1982 à un gouvernement pour plus de deux ans depuis 2011. Cette évolution n’est pas anodine, elle détermine plutôt les éléments propres à un contexte, caractéristiques et de la société camerounaise, du paysage politique et des hommes qui l’ont animé au fils des années.

Le rythme soutenu des premières années s’explique par l’enthousiasme du début, et surtout la volonté de faire autrement. Paul Biya qui arrive nouvellement au pouvoir est adoubé par la population, qui après 22 ans de règne de son prédécesseur a soif d’autre chose. Plein de nouvelles idées à l’exemple de rigueur et moralisation, il veut les implémenter et est à la recherche des hommes pour le faire. En même temps il doit faire avec la volonté de feu Ahmadou Ahidjo qui tient à avoir un contrôle à distance sur le gouvernement et lui impose des hommes. Mais ses premiers gouvernements révèlent aussi ses premières erreurs. Il fait appel  aux membres de sa galaxie, comme le fait remarquer un analyste. Et là il oublie que ces anciens amis ne lui sont pas toujours favorables, d’aucuns étant dubitatifs quant à sa capacité à diriger le pays, d’autres vouant encore beaucoup de respect pour l’ancien patron.

La suspicion s’installe

Deux jours après la démission du premier président de la République du Cameroun Ahmadou Ahidjo, c’était au tour de son Premier ministre, successeur constitutionnel de prendre le pouvoir

Biya et Ahidjo.

Entre ceux qui lui sont fidèles et ceux qui restent fidèles à Ahidjo, la suspicion s’installe rapidement. Il se rend compte que le gouvernement n’est pas sous son contrôle total et essaie de nouvelles formules en permanence. C’est ainsi qu’en 1983 il remanie tous les deux mois. En avril 1984, la tentative du coup d’Etat du 6 finit de le convaincre qu’il faut faire un ménage complet et purger le gouvernement. A partir de ce moment, il cherche une nouvelle cuvée d’hommes et femmes. Désormais replié sur lui-même, il se retrouve quelques peu lâché et commence à chercher dans l’inconnu. Ceux qu’il trouve sont davantage des technocrates, essaient de mettre leur savoir-faire au service du gouvernement, en proposant de nouvelles idées pour moderniser la gestion et s’arrimer aux exigences internationales. Nous sommes dans la période d’avant 1990, avec la crise économique et les ajustements structurels.

Le vent d’Est oblige également le président à revoir son équipe en permanence, il faut gérer la pression de la rue et l’ouverture au multipartisme. Paul Biya a plus que jamais besoin d’une équipe fidèle. Une troisième génération d’hommes qu’il trouve, sera celle de ceux qui ont compris qu’il faut faire allégeance, le caresser dans le sens du poil, le vénérer à la limite pour  consolider sa position. De cette façon ils pourront se servir tranquillement.  C’est la période où la corruption est instaurée comme mode de gestion.

Et puis vint l’Epervier…

Paul Biya qui ne croit pas que cela pouvait arriver, demande des preuves à ceux qui tentent vainement d’attirer son attention. Mais progressivement il se rend compte que rien de ce qu’il avait promis de faire n’est fait. Il tourne en rond, et c’est là où il commence à faire les discours de journalistes et d’opposants, il critique lui-même son gouvernement, dénonce l’inertie, promet que des coupables vont rendre gorge,  promet de sévir, mais après il ne fait rien. Il essaie de se rattraper en appelant au secours l’oiseau appelé Epervier. Qui l’aide à faire le ménage, mais la corruption qu’il veut combattre se comporte comme une pieuvre, cette espèce de sangsue dont les tentacules poussent au fur et à mesure qu’on tente de les couper. Le fléau est insaisissable. Lire aussi :Remaniement : la machine gouvernementale est-elle grippée ? (1)

Paul Biya est désormais envahi par la lassitude. Il ne sait plus vers qui se tourner. C’est vers cette période que les analystes situent le moment où il se confie à Marafa Hamidou Yaya en disant qu’il ne reste que quelques ministres, le reste ce sont des fonctionnaires à qui il a donné des titres. Aujourd’hui plus que jamais, il semble être à cours de personnel. Depuis 2009 il a formé les gouvernements trois fois seulement, malgré les échéances électorales qui ont ponctuée cette période. D’aucuns disent qu’il a épuisé ses ainés, ses compagnons, ses cadets sociaux, sa famille…que lui reste-t-il ?

Le statut quo

L’équation semble difficile, dans la perspective du changement, et le prochain gouvernement risque de perpétuer simplement le statut quo. S’il prend dans le cercle fermé qui forme son entourage, ceux qui sont déjà aux affaires c’est sera la stagnation.

Juste derrière la porte, il y a les pro-Biya qui entendent leur tour pour faire la même chose que ceux qui sont déjà là. Ceux-là n’ont aucune perception du patriotisme, ils veulent simplement les miettes de la patrie alimentaire. Si le président est parmi eux ils ne feront que perpétuer les choses. Le 06 novembre dernier, dans son discours de prestation de serment il avait déclaré : « M’adressant maintenant à mes jeunes compatriotes, je voudrais vous dire de ne pas perdre espoir. J’ai compris votre aspiration profonde à des changements qui vous ouvrent les portes de l’avenir et permettent votre plein épanouissement. J’ai tout aussi compris votre désir de mieux participer à la prise des décisions qui engagent l’avenir de notre pays. J’en tiendrai compte en ayant à l’esprit que le Cameroun de demain se fera avec vous ».

Va-t-il enfin prendre en compte le fer de lance de la nation ? Wait and see !

Roland TSAPI

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