Remaniement : la machine gouvernementale est-elle grippée ? (1)

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Depuis la prestation de serment par le président proclamé élu Paul Biya, la communauté nationale est dans l’attente d’un nouveau gouvernement qui aidera à mettre en œuvre son nouveau programme. Pour essayer de lui forcer la main, des faux gouvernements circulent dans les réseaux sociaux et dans les journaux, sans ébranler l’homme qui a ses habitudes.

Si l’on attend impatiemment le gouvernement, c’est en droite ligne avec une pratique politique, qui n’obéit cependant à aucune loi que l’on pourrait opposer au président de la République, mais à laquelle il s’est souvent soumis depuis son accession à la magistrature suprême, et ce de manière évolutive. Dès sa prestation de serment le 06novembre 1982, Paul Biya procède le même jour à la nomination d’un gouvernement, et qu’il modifie 6 mois après, le 13 avril 1983. Et cette année1983, le gouvernement était reformé tous les trois mois : 13 avril, 18juin et 22 août. Sa première élection a lieu le 14 janvier 1984, et le 04février le nouveau gouvernement de ce mandat était connu, à peine 17 jours après. Jusqu’au 24 avril 1988 date de la prochaine élection, le rythme des remaniements reste assez soutenu, et on aura au total 6 gouvernements pendant les 4 ans.

Au lendemain de l’élection du 24 avril 1988,un nouveau gouvernement et formé le 16 mai, c’est-à-dire 22 jours après  la date du scrutin. Ce mandat qui dure également 4 ans à cause de l’anticipation des élections, est celui qui a connu le turnover le plus régulier de l’histoire des membres du gouvernement. Paul Biya en formera 7 au total pendant ce temps, le dernier étant formé le 4septembre 1992, un mois seulement avant la prochaine élection. Qui a lieu le 11octobre. Paul Biya ne cesse de succéder à lui-même, il prend cette fois 45jours pour faire connaitre ses nouveaux hommes, le 25 novembre exactement. A cette date il nomme d’abord le premier ministre, et le gouvernement complet est dévoilé plutôt deux jours après, le 27 novembre. Pendant ce mandat de 5 ans, le mouvement dans les ministères est moins dense que le mandat précédent, il y en aura 5 en tout, donc une moyenne d’un gouvernement par an. Le dernier intervient le 21 avril 1997, celui qui prépare les élections de cette année.

Deux retouches

Les Camerounais repartent aux urnes 12octobre, et le président Paul Biya rempile pour son premier mandat de 7 ans. Le premier gouvernement du septennat intervient le 7 décembre 1997, soit 55 jours après. Durant les 7 ans il forme 6 gouvernements, on est désormais en dessous de la moyenne d’un gouvernement par an. Le 11 octobre 2004, Paul Biya est élu pour un 6eme mandat au pouvoir, le deuxième de 7 ans. Au cours de cette période, la moyenne annuelle des gouvernements continue de baisser. Le premier est formé encore le 7 décembre de cette année, 56 jours après un peu comme lors de la prise du mandat de 1997. 4 gouvernements sont formés pendant les 7 ans,et la dernière entame même le mandat suivant.

Démission d’Ahmadou Ahidjo

En effet, après le scrutin du 9 octobre 2011,Paul Biya ne touchera par le dernier gouvernement formé plus de deux ans plus tôt, le 30 juin 2009. C’est le 9 décembre 2013 qu’il procède au remaniement ministériel, exactement 2 ans et deux mois après l’élection. Deux retouches interviennent le 02 octobre 2015 et le 02 mars 2018 respectivement, faisant au total 3 gouvernements pour les 7 ans de 2011 à 2018. En faisant une lecture comparative, on constate d’abord que le président Paul Biya est parti d’une moyenne de deux gouvernements par an en 1982 à une moyenne d’un gouvernement tous les deux ans et demi en 2018, avec le plus faible taux de mouvement lors du mandat 2001/2018.

On constate ensuite, qu’il est parti d’un délai de 17 jours après les élections pour former un gouvernement en 1984, à 2ans 2 mois en 2011. De mandat en mandat ce délai n’a d’ailleurs cessé de se rallonger : 1 jour en 1982 après qu’il ait prêté serment  suite à la démission de feu Ahmadou Ahidjo,17 jours en 1984 quand il se fait élire la première fois, 22 jours en 1988 pour le début de nouveau mandat, 45 jours après l’élection de 1992, 55 jours après celle de 1997, 56 jours après celle de 2004 et 792 jours soit deux ans deux mois  après 2011.

En restant dans cette logique, et en partant de l’observation, on pourrait conclure que le prochain remaniement devra intervenir au-delà de 792 jours après le 7 octobre 2018, c’est-à-dire autour de novembre 2020. Mais l’on ne peut se permettre une telle conclusion, pour la simple raison que la politique n’est pas une science exacte.

Paul Biya qui est présenté comme étant maître du temps, a également habitué les Camerounais à la notion du temps présidentiel, et même au silence présidentiel. Ceux qui rongent leurs freins dans l’attente du décret devraient rester en éveil, car le sphinx peut frapper à tout moment. D’ailleurs, les évènements qui ont commandés ces différents mouvements au sein du gouvernement en même temps que le rythme de rotation n’ont jamais été les mêmes. Ils ont été souvent influencés parfois par la recherche des solutions aux problèmes nationaux et  internationaux, parfois par la simple logique de récompense.

Roland TSAPI

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