Parti politique: le Rdpc, 34 ans après

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Il y a 34 ans, le 24 mars 1985 plus précisément, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, en abrégé Rdpc naissait sur les cendres de l’Union nationale Camerounaise à Bamenda. Les maîtres mots de cet ancien parti unique qui arborait désormais des habits neufs sans rien changer dans le fond, étaient rigueur et moralisation. Deux jours plutôt, le président Biya avait déclaré dans son discours de politique général : «Il n‘est plus nécessaire pour exprimer ses opinions, de prendre le maquis, de vivre en exil ou de quitter sa famille» fin de citation. Pareils propos prononcés dans un contexte où la loi contre la subversion avait semé la terreur dans le subconscient des Camerounais, ne pouvait être plus applaudi.

Les populations avaient un sentiment de libération, les amis et membres de la famille qui étaient devenus infréquentables de jour à cause de leurs idées politiques, pouvaient désormais être visités  sans crainte d’être dénoncés par la milice secrète. Deux ans après, en 1987,  paru le livre «Pour le libéralisme Communautaire », présenté comme  une proposition englobante d’une voie spécifiquement camerounaise du développement, dans lequel Paul Biya annonçait je cite « la transformation en profondeur des principes et institutions politiques actuels en vue d’instaurer un cadre de vie plus épanouissant pour l’homme

Parti-Etat

34 ans après qu’en est-il de ce cadre de vie plus épanouissant pour l’homme ? Sur le plan politique, le parti est resté au pouvoir, ou a su rester. Après avoir été fortement ébranlé au début des années 90 avec l’ouverture démocratique, le Rdpc a plié mais n’a pas rompu. Il s’est même redressé avec plus d’enracinement  et vigueur qu’avant, du moins en surface.

Il y a 34 ans, le 24 mars 1985 plus précisément, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, en abrégé Rdpc naissait sur les cendres de l’Union nationale Camerounaise à Bamenda. Les maîtres mots de cet ancien parti unique qui arborait désormais des habits neufs sans rien changer dans le fond, étaient rigueur et moralisation. Deux jours plutôt, le président Biya avait déclaré dans son discours de politique général

A force de durer au pouvoir il est devenu un parti-Etat. Aujourd’hui il n’est pas possible de faire la différence entre ce qui est pour l’Etat et ce qui est pour le Rdpc. Les véhicules de fonctions sont mis en service pour la campagne électorale, dans les bureaux administratifs on ne fait même plus de différence entre le papier entête de l’Etat et celui du parti. A titre d’exemple, le 23 juillet 2018 c’est le ministre de la Fonction publique Joseph Le qui conviait les forces vives de la région de l’Est à un grand meeting de mobilisation pour marquer leur soutien sans réserves à la candidature de Paul Biya. Son communiqué était fait sur le papier entête du ministère. Le 31 juillet 2018 toujours, c’est l’ambassadeur du Cameroun au Maroc, qui sur le papier entête de l’ambassade, demandaient aux membres du bureau de l’organisation des femmes du Rdpc au Maroc, d’assister à une réunion.  Des exemples peuvent être multipliés à l’infini.

Le Rdpc est aussi devenu le seul à qui tout est permis sur le terrain. Pendant que les déclarations de manifestation publiques sont systématiquement interdites aux partis de l’opposition, le tapis rouge est déroulé au parti au pouvoir, même pour dire merci après la nomination d’un fils du village à un poste ministériel ou directorial. Au niveau institutionnel, les conseils municipaux, l’Assemblée national et le Sénat sont encerclés par le parti des flammes, qui fait et défait les lois, esquivent les sujets brûlants de société, ferme les yeux sur les errements du gouvernement, bloque toute proposition de loi qui n’émane pas du pouvoir, balaie d’un revers de la main toute demande de création des commissions d’enquêtes pour élucider les vastes scandales qui meublent le quotidien des gouvernants.

Parti laboratoire des prévaricateurs

Sur le plan social et des mœurs, le Rdpc a réussi l’exploit de produire le plus grand nombre de prévaricateurs de la fortune publique, aujourd’hui en prison. On y compte tout un gouvernement, du premier ministère à la direction générale des entreprises, en passant par autant de départements ministériels que le pouvoir de Yaoundé a créé dans le temps. Etant confondu au pouvoir, l’appétit des militants de ce parti pour la fortune publique n’a pas été sans conséquences sur le développement économique et social du pays. Des grands projets de constructions sont à l’abandon çà et là, le chômage est devenu endémique, la corruption est devenue épidémique. Le transport urbain jadis assuré par les bus et autres taxis de ville, est devenue l’emploi prioritaire des jeunes diplômés accrochés sur des motos taxis, les jeunes filles ont développé les call-box, l’administration publique est devenue un haut lieu de rentes, les entrées des hôpitaux et des tribunaux sont bondées des rabatteurs qui rackettent les usagers.

Le tableau n’est pas reluisant en somme, et de quelque côté que l’on veuille regarder pour accorder un bénéfice du doute, il y a plutôt quelque chose à redire. L’eau est toujours une denrée rare dans un pays inondé où la plus part des départements portent les noms des fleuves. Les entreprises fleurons de l’économie camerounaise ont fermé les portes les unes après les autres, le marché est désormais inondé par des produits importés qui soit passent par les frontières poreuses, soit bénéficient des accords suicidaires de partenariat économiques avec l’Union européenne.

Pour tout dire, le cadre de vie plus épanouissant pour l’homme promis par le président du Rdpc en 1987 s’est avéré être, 32 ans plus tard, un cadre de vie plutôt avilissant pour le camerounais moyen qui chaque jour se bat pour survivre… et non pas pour vivre.

Roland TSAPI

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