Olivier Delamarche « Il faut sortir du FCFA, et nous de l’Euro parce que c’est le même principe»

0

Economiste et conseiller financier, Olivier Delamarche était face à la journaliste Estelle Farge, à l’émission C’est Cash, sur RT France. Thème de l’édition de ce mois de mars : «Le Franc Cfa est-il encore une monnaie coloniale ?» Ci-dessous, l’analyse de l’expert sur cette monnaie qui a vu le jour le 6 décembre 1945.

Quel était l’objectif économique avec la création de la zone Franc et donc de ce Fcfa ?

L’objectif, en tout cas celui qui a été affiché, c’est l’objectif d’aider ces pays africains qui étaient les anciennes colonies françaises, à se développer, à avoir croissance, bien-être, etc. C’est ce qu’on nous avait dit aussi au moment de l’Euro, qu’il allait nous aider à avoir de la croissance, moins de chômage et vivre heureux. Donc, c’est la même chose, c’est le même principe. Il s’agit d’avoir une monnaie qui, là est gérée par la France pour 14 pays africains, avec une parité fixe. Alors parité fixe qui d’abord a été avec le Franc, et en 2000 avec l’Euro. Pour ces 14 pays africains, ils ont une parité avec l’Euro. Donc quand l’Euro monte, leur monnaie monte, quand l’Euro baisse, c’est pareil. Tout ça est géré depuis Paris.

La France ne participe pas à l’élaboration des politiques communes, elle n’est pas représentée lors des réunions ?

Ah si. Elle est représentée un peu partout dans tous les systèmes, et même dans les banques centrales.  Elle a un administrateur, avec un rôle dès qu’on peut remettre en cause l’existence ou le fonctionnement du Fcfa, des décisions qui doivent être prises à l’unanimité. La France a un droit de véto. Aujourd’hui et sur les dernières années, vous remarquerez que toute tentative de sortie de cette monnaie a échoué, avec des mesures de rétorsions françaises où même des choses un petit peu plus brutales. On nous a dit que l’Euro allait nous apporter la prospérité et on a dit la même chose aux Africains. On nous a dit au départ que la stabilité apportée par le Fcfa allait faire que les gens soient plus enclins à faire des investissements dans cette zone. C’est faux.

Lire aussi :Fanny Pigeaud : «Il y a eu un certain nombre de sanctions vis-à-vis des dirigeants qui se sont exprimés contre le franc CFA»

Ça protège quand-même ces pays du risque de change ?

Oui ça protège les entreprises françaises, notamment pour rapatrier leur argent, sans risque de change. Mais en revanche sur les investissements extérieurs, on s’aperçoit que c’est faux. On s’aperçoit que la prospérité est aussi fausse parce que vous allez trouver des pays qui sont très loin de faire par exemple une progression du Pib de 1% par tête d’habitant, ce qui n’est pas une progression forte, or, on en est très loin sur la majorité  des pays. Vous êtes dans un mythe  qui dirait que cette stabilité apportée par la monnaie faisait qu’il y avait plus de croissance alors qu’à l’épreuve des faits c’est faux. C’est bien pour garder la main sur ces pays d’Afrique que la France a gardé ce système et l’a défendu. Ça ne lui coûte pas un rond. Les 14 pays sont obligés de déposer leurs réserves auprès du trésor français, et toute opération de change se fait sur le territoire français.

Si on en croit ce qui est écrit sur le site de France Diplomatie, «il ne faut pas confondre le fait d’imprimer une monnaie et de décider de la quantité de pièces et de billets en circulation. Ce sont bien les banques centrales africaines qui en décident pour le Fcfa»…

Oui, c’est les banques centrales qui décident pour le Fcfa. La seule chose c’est que toute la gestion de la monnaie, des transactions qui se font dans d’autres devises passent par Paris. Aujourd’hui cette monnaie est soumise. Ces pays africains sont entrés dans le système européen, ce qui veut dire que vous avez des notions de déficit budgétaire maximal, d’impression monétaire parce que si Paris doit garder la parité, vous ne pouvez pas faire n’importe quoi. Il y a des objectifs d’inflation, il y a des objectifs qui ne correspondent absolument pas aux différences de croissance de ces pays là. Vous avez des pays qui font partie de cette monnaie africaine, qui sont producteurs de pétrole, et ceux qui ne le sont pas. Ce sont des pays qui ne marchent pas du tout à la même vitesse.

Il faut sortir du Fcfa ?

C’est une évidence. Il faut sortir du Fcfa, et nous il faut sortir de l’Euro parce que c’est le même principe. Vous ne pouvez pas faire fonctionner 14 pays d’Afrique avec une démographie qui n’est pas du tout la même que les pays européens, avec une croissance qui n’est pas du tout la même, avec un modèle économique qui n’est pas du tout le même. En grande majorité, ils font l’agriculture, produisent les matières premières, mais ce ne sont pas des produits transformés. Or on essaie d’imposer une monnaie fixe à des pays qui n’ont absolument pas le même modèle. C’est délirant.

Vous êtes d’accord que le Fcfa est égal à la pauvreté et au sous-développement ?

Je suis d’accord et je dis que c’est la même chose que l’Euro vis-à-vis des pays de l’Europe du Sud. On nous promet à chaque fois que ça va nous servir à vivre heureux, et on s’aperçoit plus tard que ce n’est pas le cas. Donc, Cfa, Euro, même combat. La position d’Emmanuel Macron et des présidents successifs français est claire. Ils veulent à tout prix continuer parce que ça nous arrange, ça nous permet de bénéficier des ressources de l’Afrique pour un prix très compétitif pour nous. C’est une évidence. Il ne va pas vous dire qu’il faut arrêter ce Fcfa. La seule chose qu’il faut aussi dire c’est que récupérer sa souveraineté, sa monnaie ne fait pas tout. Après, il faut qu’elle soit correctement gérée. Si vous récupérez une monnaie pour la récupérer et qu’il n’y ait pas un projet derrière pour la gérer de façon intéressante et correcte, vous allez tomber dans le même rang que tous les autres pays qui n’ont pas l’Euro et qui sont en difficulté ou comme les autres pays qui n’ont pas le Fcfa et qui sont en difficulté. C’est bien de récupérer la monnaie parce que vous récupérer votre souveraineté, c’est un préalable à tout. Mais il faut que ce soit géré correctement après.

Retranscrite par Valgadine TONGA

Lire aussi :Décolonisation : L’Italie réclame le départ de la France en Afrique

Share.

About Author

Laisser un commentaire

Paul Biya : «La violence fait le malheur des peuples en Afrique. Nous ne voulons pas de cela au Cameroun»
"Malgré ces efforts du Gouvernement, des mouvements radicaux, principalement inspirés de l’étranger, ont récupéré et dévoyé les revendications corporatistes. Ils ont ainsi ourdi un projet sécessionniste avec pour but, la partition de notre pays. A cette fin, ils ont constitué et financé des groupes armés qui ont causé un lourd préjudice aux populations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le monde entier a été témoin des atrocités commises par ces groupes armés : mutilations, décapitations, assassinats des éléments des Forces de Défense et de Sécurité, des autorités administratives et des civils sans défense, destructions des infrastructures et édifices publics, incendie des écoles, des hôpitaux, etc..."
Loi sur la décentralisation adoptée à l’issue du Grand dialogue national, modernisation de l’agriculture, la baisse de l’importation, les prouesses de...
Read More
  • SANTE

    Sur place au Cameroun, un dispositif de surveillance a été mis sur pied par le gouvernement. Pavel Daryl Sem Kenou revenait d’un voyage à Wuhan en Chine le 19 janvier, lieu considéré comme l’épicentre du virus. Il a été admis le 28 janvier 2020 à l’hôpital en Chine. Aujourd’hui, les statistiques officielles révèlent un décès de plus de 860 Chinois. Niveau contamination, 17 300 cas
    C’est l’objectif du séminaire organisé hier jeudi 19 décembre 2019 à Yaoundé par l’association Positive-Generation. Corruption endémique, exécution des marchés fictifs, abandon des chantiers, mauvaise gestion des finances publiques. Ces maux constituent une véritable ligature à l’accès rapide aux soins et services de santé et participe à la démotivation du personnel de santé. Autant d'observations faites par l'association Positive Generation, et présentées au grand public, le jeudi 19 décembre 2019 à Yaoundé. Pour faire face
    42 districts sur les 189 que compte le Cameroun sont déjà atteints par la rubéole et la rougeole. De quoi inciter le ministère de la Santé publique à organiser une campagne nationale de vaccination contre ces épidémies, couplée à l’administration de la vitamine A et au déparasitage des enfants de 09 à 59 mois, avec le Mebendazole. L’opération aura lieu du 4 au 8 décembre 2019, sur toute l’étendue du territoire national
    La fondatrice du Centre Orchidée Home a exprimé ce vœu au cours d’une conférence de presse tenue à son siège à Douala, à l’occasion des journées portes ouvertes de cette structure qui s’occupe des enfants autistes. Une naissance sur 160 est autiste dans le monde. Plus de 100 000 enfants autistes ont été recensés au Cameroun depuis 2013. Les chiffres sont loin de la réalité, nuance l’oratrice. Qui avoue que certains enfants autistes, pour des raisons de croyance, ne sont pas amenés dans les centres hospitaliers
    Médecin, consultante en gériatrie et membre du bureau de l’Association comprendre la maladie d’Alzheimer, Docteur Ginette Youatou revient sur la conférence de presse organisée mardi 17 septembre dernier en prélude à la 26èmejournée mondiale consacrée à cette pathologie. «Les causes de cette maladie sont multiples. Les principaux sont l’hypertension artérielle et le diabète. Les personnes atteintes de ces maladies sont susceptibles de développer facilement la maladie d’Alzheimer. Il y a aussi le mode de vie malsain caractérisé par la sédentarité, l’obésité, le manque d’activités physiques et intellectuelles, le tabagisme, l’alcoolisme
  • DIPLOMATIE

    Droit financier communautaire : la Cemac vulgarise les mécanismes
    Séminaire de vulgarisation du droit financier Communautaire et de sensibilisation sur les procédures de la Cour des Comptes de la Cemac. C’est autour de ces travaux de trois jours que les premiers responsables des institutions, organes et institutions spécialisées, et acteurs financiers de la zone Cemac (Communauté des économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale) s’affairent depuis le 3 décembre courant. Le centre des conférences de Sipopo de Malabo en Guinée Équatoriale accueille l’évènement. Il est question de former les acteurs impliqués dans la gestion des ressources mises à la disposition des institutions de la sous-région. Comme l’a expliqué dans son discours inaugural Juan Carlos Owono Ela Mangue,Les travaux de Malabo en Guinée Équatoriale ont débuté le 3 décembre 2019.

    Séminaire de vulgarisation du droit financier Communautaire...

    Read More
    Affaire Nexttel : le Vice-premier Ministre vietnamien en route pour le Cameroun
    Dans une récente parution, La Voix Du Koat informait le public de la visite officielle au Cameroun, du 1er au 3 novembre 2019, du Vice-premier Ministre vietnamien. Vuong Dinh Hue sera à la tête d’une délégation de neuf personnes. Au menu de ce voyage diplomatique, deux questions : la coopération bilatérale et les décisions liées au règlement des différends dans l'entreprise commune NexttelDans une récente parution, La Voix Du Koat informait les lecteurs de la visite officielle au Cameroun, du 1er au 3 novembre 2019, du Vice-premier Ministre vietnamien. Vuong Dinh Hue sera ...
    Read More
    Grand dialogue national : la France et la Francophonie encouragent la «libre expression»
    Elles se sont prononcées ce jeudi 12 septembre 2019 sur l’actualité majeure au Cameroun. À travers un tweet, la France laisse entendre qu’elle est attachée au « dialogue et à ...
    Read More
    Revendications anticoloniales : Martin Dibobe célébré en Allemagne
    Premier Noir conducteur de train dans les années 1900 à Berlin, ce Camerounais d’origine et militant anticolonialiste a été honoré le 22 juillet 2019 par le gouvernement du Land avec une deuxième plaque au centre administratif de Berlin. Le gouvernement du Land de Berlin et de la ville de Berlin, capitale de la République fédérale d’Allemagne, a pris la résolution de retirer des noms de rues célébrant d’anciens esclavagistes et colonisateurs pour les remplacer par des noms d’anciens défenseurs des libertés fondamentales, des activistes de l’égalité des droits et des militants ou résistants anticolonialistes. Un acte que le professeur Kum’à Ndoumbè III considère comme une victoire suite à plusieurs années de luttes et d’injustices subites par les peuples colonisés d’AfriquePremier Noir conducteur de train dans les années 1900 à Berlin, ce Camerounais  d’origine et militant anticolonialiste a été honoré le 22 juillet 2019 par le gouvernement du Land avec une ...
    Read More
    Maturation des projets en zone Cemac : le Cameroun en bon élève
    Une concertation régionale réunissant les ministres et experts financiers de la communauté se tient depuis ce vendredi 5 juillet 2019 au siège de la Beac à Douala. Pour que le Per 2 ne soit pas un flop et que les bailleurs de fonds s’engagent à financer les projets de développement retenus par le Pref-Cemac, les dossiers doivent être on ne peut plus matures. Pour la première phase du Per, les projets retenus n’étaient «pour la plupart qu’au stade d’idées de projets, sans étude de faisabilité préalables pour juger leur bancabilité, leurs impacts socioéconomiques et environnementaux», dénonce le président de la Banque de développement des Etats de l’Afrique Centrale (Bdeac), Fortunato-Ofa Mbo NchamaLes institutions financières réunies à Douala autour des ministres et experts financiers des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale félicitent la qualité des...
    Read More