Martin Belinga Eboutou : l’homme qui chuchotait à l’oreille du président

0

Ancien directeur du cabinet civil de la présidence de la République, homme influent et personnage craint du sérail, le diplomate s’est éteint hier mercredi 8 mai à Genève, en Suisse, vaincu par une longue maladie. Il avait 79 ans.

27 petits mots couchés sur un papier format blanc ont suffit pour annoncer le décès d’un aussi immense personnage de la taille de Martin Belinga Eboutou. Le communiqué laconique portant les sceaux de la présidence de la République et signé du Directeur du Cabinet civil, par ailleurs successeur au poste de l’illustre défunt, témoigne à suffire de la vanité de la vie. De son vivant, certains ministres et des collaborateurs l’avaient même presque canonisé, en raison de la longévité de l’ancien ambassadeur du Cameroun auprès des Nations Unies à New-York aux côtés du Chef de l’Etat Paul Biya à qui d’aucuns osaient même l’identifié. D’où le prétentieux surnom de « vice-dieu ». La nouvelle de son décès hier en fin d’après-midi, a d’abord été assimilée à un fake comme beaucoup d’autres vraies-fausses nouvelles le concernant. Lesquels ont inondé la toile ces dernières semaines. Entre méfiance, réserve, soupçon de cabale médiatique et forte odeur de bataille de réseaux, chacun a pris l’info avec des pincettes.

Le visage du palais présidentiel

C’est finalement le communiqué authentifié du Dcc qui est venu confirmer ce qui n’était alors qu’une simple rumeur. Martin Belinga Eboutou n’est plus. L’homme qui aura été longtemps le visage du palais présidentiel est décédé à Genève, des suites d’une longue maladie. Nos confrères du quotidien Le Messager, dans la livraison du mercredi 08 mai 2019, annonçait déjà en exclusivité que le natif de Nkilzok dans la région du Sud était hospitalisé depuis plus d’un an dans la ville suisse, qu’il connaissait particulièrement bien pour y avoir passé de longs séjours aux côtés du chef de l’État camerounais. Usé par les soucis récurrents de santé, l’homme manifestait des signes de fatigue et un bilan clinique plus qu’inquiétant. Malgré toutes les prouesses des éminents médecins suisses, il n’avait toujours pas repris du poil de la bête.

Ces problèmes de santé, rapportaient nos sources, ont finit par se compliquer au point de lui causer récemment de graves dommages physiques. Du coup, son long séjour en terre helvétique s’apparentait désormais à un chemin de croix. Toute chose qui a poussé sa famille et ses proches à élever des prières afin que le Très-Haut intercède pour la guérison du digne fils de l’arrondissement de Zoétélé. Hélas ! Les prières n’ont pas suffit. Celui qui était tout-puissant au palais présidentiel a finalement cassé sa pipe.  Ancien séminariste, formé dans l’ex-Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo) et à Paris, il était titulaire d’une licence en droit canon, d’un doctorat en droit et diplômé de la section diplomatique de l’Ena, à Paris. Diplomate de carrière, il avait fréquenté les ambassades du Cameroun à Brazzaville et à Paris avant de rentrer à Yaoundé, où il était devenu le directeur du protocole d’État en 1989.

Affaire d’Etat

Particulièrement proche de Paul Biya, dont il partageait la ferveur religieuse, il avait ensuite été nommé – une première fois – directeur du cabinet civil en 1996, avant de prendre la direction de la représentation du Cameroun auprès de l’Organisation des Nations unies, à New York, en 1997. Il avait retrouvé le cabinet civil en 2010, comme pour se rapprocher, une nouvelle fois, de son éternel patron. Le malheur a voulu qu’il pousse son dernier soupir au mois de mai qui rappelle étrangement le décès dans des circonstances troubles de Mgr Jean-Marie Benoît Bala, évêque de Bafia. Y a t-il une coïncidence ? Difficile de se prononcer. Ce qu’on sait, c’est que le nom de cet onctueux ancien diplomate, spécialiste du droit canon dont plusieurs personnes soutiennent qu’il n’était plus en odeur de sainteté avec l’Église catholique, était revenu plusieurs fois dans ce dossier devenu « affaire d’Etat ».

Lire aussi :Mort de Mgr Bala : Les évêques maintiennent la thèse de l’assassinat

Daniel NDING

Share.

About Author

Leave A Reply