Mandat électif : la démocratie sacrifiée par la discipline du parti

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Pourquoi les populations se plaignent toujours de ne pas être satisfaites de leurs conditions de vie, sans que cela ne semble préoccuper les élus ? Pourquoi les élus du peuple, dans les mairies et à l’Assemblée nationale regardent la plupart du temps avec condescendance les populations qui sont supposés les avoir élus ? Après analyse profonde, il ressort que tout cela est dans l’ordre normal des choses, et correspond bien au résultat auquel on devrait s’attendre, au regard des textes qui régissent et les élections, et les investitures au Cameroun. Pour être par exemple maire dans une commune, le chemin parcouru pour y arriver éloigne plutôt de la population celui qui désire ce poste. Il doit être investi par un parti politique, d’après l’article 182 du Code électoral.

Le parti tout puissant dans l’investiture

Dans le Rassemblement démocratique du peuple Camerounais, l’article 23 des statuts du parti parle des missions du Comité central, et précise que cet organe accorde les investitures du parti à l’occasion des consultations populaires. La même disposition existe avec des libellés différents pour les autres partis politiques, mais disent la même chose au final. Elle suppose que tout candidat à un poste électif, quelle que soit sa popularité et son passé politique, doit être accepté et c’est l’instance dirigeante du parti qui décidera en dernier ressort s’il est candidat ou pas. Et comme l’éthique est la chose la moins partagée en politique, il arrive que des candidats vomis par la base, trainant avec eux un lourd passé de gestionnaire indélicat de la fortune publique, aient pourtant l’onction de la hiérarchie pour se retrouver sur la liste de candidature.

Même la position occupée sur la liste dépend de l’entregent du candidat, car être tête de liste est mieux que d’être seulement quelque part dans la liste. En cas de partage des voix avec d’autres parties, le candidat peut se retrouver hors du conseil, ce qu’il ne souhaite pas. Là encore c’est le parti qui a le dernier mot. Le candidat sait dès lors que les consensus à la base ne lui sont pas d’une grande utilité, il sait que son sort se jouera au siège du parti. A titre d’illustration, lors des élections municipales de 2013, les cas de conflits liés à l’investiture ont fait légion.

Dans un article repris par le site internet Journal du Cameroun.com, le quotidien Mutations informait que le 23 juillet de cette année dans la ville de Mbalmayo, le sous-préfet a été obligé d’interrompre une manifestation des militants du Rdpc. Ces derniers protestaient contre la présence sur la liste des investitures du nom du maire sortant dont le bilan était fortement critiqué. Ils déclaraient : « Il y a 11 ans que le maire actuel est en poste, jusqu’ici son bilan est nul. Nous avons constitué une liste concurrente à la sienne mais elle a été rejetée sans motif. Lorsque nous nous sommes plaints à la commission régionale, on nous a demandé d’envoyer 5 noms pour compléter la liste du maire sortant qui proclame haut et fort que son mandat dépend de la hiérarchie du parti et non de la base. »

Les maires choisis

Et la plainte de ces militants, qui n’est qu’un cas parmi tant d’autres, n’était pas dénuée de tout fondement. Elle illustrait simplement les pratiques qui ont cours dans le milieu. Une fois sûr que son nom figure dans la liste, il faut encore se battre pour occuper la position de tête de liste, qui confère presqu’automatiquement le poste de maire. D’après l’article 60 alinéa 2 de loi de 2004 fixant les règles applicables aux communes, les conseillers municipaux une fois élus désignent lors d’un vote l’exécutif communal, sans tenir compte de la position occupée dans la liste. Faut-il le rappeler, le nombre de candidats sur une liste des élections municipales est fonction du nombre de conseillers défini par la loi pour la commune concernée.

Une autre bataille attend donc le candidat au poste de maire à ce niveau. Une bataille qui, une fois encore, se livre plus au niveau de la hiérarchie du parti, que devant les conseillers qui sont les « électeurs » en de pareille circonstance. On a souvent vu des conseillers ambitieux être sommés par la hiérarchie de leurs partis de retirer leurs candidatures pour laisser passer celle de celui désigné par le parti, et plus souvent, la démocratie est sacrifiée à ce niveau sur l’autel de la discipline du parti, laquelle est invoquée pour rappeler à l’ordre tous ceux qui osent invoquer la loi pour se porter candidat.

Un cas célèbre a également été noté dans le Rdpc toujours en 2013 dans l’arrondissement de Douala Veme. Un militant du parti, membre du conseil, avait osé challenger Feu Françoise Foning au poste de maire. Le conseil de plein droit consacré à l’élection avait alors été reporté plusieurs fois, le temps de rappeler à ce fauteur de trouble que le parti avait porté son choix sur la maire sortante, et que cela devait être ainsi. Plusieurs délégations du comité central, dont l’une conduite par le Secrétaire national à la Communication du parti Jacques Fame Ndongo, furent d’ailleurs envoyées de Yaoundé pour remettre l’ordre, laquelle consistait simplement à rappeler que l’investiture vient d’en haut et non de la base.

Après un tel chemin, celui qui à la fin est installé comme maire dans une communion sait très bien qu’il doit tout à ceux qui l’on investit et soutenu. Les populations électrices n’auront finalement joué qu’un rôle secondaire, celui de rendre légal ou valider un choix fait par la hiérarchie. Voilà pourquoi les élus ne se sentent pas obligés de leur rendre compte, encore moins obligés de se soucier de leur bien-être. Et l’on se retrouve au Cameroun dans une sorte de démocratie où le peuple à la base a été subtilement délesté de sa liberté de choisir, pour devenir un simple outil de validation des mandats.

Roland TSAPI

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