Les Hydrocarbures : chics, cools et prestigieux

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Quartier résidentiel et parmi les plus anciens de la ville de Douala, il continue d’exercer un attrait sur les populations, malgré les changements qu’il subit.

C’est à bord d’un taxi se rendant au Marché des Fleurs ou à l’agence de Camwater de Bonapriso que la plupart des habitants de la capitale économique découvrent le quartier dit Les Hydrocarbures. Pas suffisant pour autant pour connaître cette bourgade. Ce périmètre urbain dissimulé  entre l’ancienne polyclinique Soppo Priso, l’agence Orange et l’Avenue Général de Gaule surprend de prime abord tout visiteur  par sa quiétude. Des jardins avec du gazon tondu à l’anglaise bordent les clôtures par endroits et apportent leur côté apaisant à l’atmosphère. Les chants d’oiseaux s’échappant d’arbres  jalousement conservés dans certaines grandes concessions que beaucoup ont encore le privilège d’avoir, viennent rétablir l’équilibre entre le corps et l’esprit maltraités par le stress quotidien. C’est assez cool.

Dans quelques unes des artères désertes du quartier, les voitures de plusieurs  exploitants d’auto-écoles profitant de ce calme propice à l’apprentissage, occupent régulièrement la chaussée pour entraîner leurs élèves à la conduite. «Ici, on panique moins au volant comme c’est souvent été le cas dans certaines rues à grande circulation», avance Pierre, apprenti chauffeur.

Havre de paix

Considéré jadis comme un quartier européen du fait de sa forte concentration d’expatriés blancs à une certaine époque, ce petit havre de paix accueille les hommes d’affaires, cadres et chefs d’entreprises. Et pas des moindres. Christophe Eken, président de la Chambre de Commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun (Ccima), Protais Ayangma, président du groupe patronal E.Camet par ailleurs celui de South Média Corporation,  Jean Sylvestre Ngouchinghe, Sénateur et membre très influent du Rdpc et Pdg de Congelcam, Ngahan Isaac, homme d’affaire aux multiples casquettes… Ici, si l’on n’est pas propriétaire, il faut une aisance financière pour bénéficier d’une maison en location. Les loyers sont prohibitifs. Ils vont de 500 000 Fcfa à 5 millions de francs Fcfa le mois, selon le type de maison sollicitée.  Quelques  missions diplomatiques, notamment le consulat de Chine, de Turquie et de Tunisie y ont  trouvé refuge.

Pas d’échoppes, ni de supermarché. Quelques  calls box égarés viennent nous rappeler de temps en temps les images vues ailleurs. Une présence beaucoup plus utile pour les petits travailleurs de la zone (vigiles, domestiques, agents d’entretien…). La préférence des habitants étant plutôt tournée vers les magasins et grandes surfaces de Bonapriso et d’ailleurs pour leurs emplettes.

Quartier résidentiel et parmi les plus anciens de la ville de Douala, il continue d’exercer un attrait sur les populations, malgré les changements qu’il subit. C’est à bord d’un taxi se rendant au Marché des Fleurs ou à l’agence de Camwater de Bonapriso que la plupart des habitants de la capitale économique découvrent le quartier dit Les Hydrocarbures. Pas suffisant pour autant pour connaître cette bourgade. Ce périmètre urbain dissimulé  entre l’ancienne polyclinique Soppo Priso, l’agence Orange et l’Avenue Général de Gaule surprend de prime abord tout visiteur  par sa quiétude. Des jardins avec du gazon tondu à l’anglaise bordent les clôtures par endroits et apportent leur côté apaisant

Quartier Les Hydrocarbures à Bonapriso.

Luxe discret

Ce quartier, réputé calme, doit rompre avec sa sérénité en journée, du fait des va-et-vient des clients de la Camwater qui viennent payer leurs factures d’eau. Le  Marché des Fleurs et le  Centre Artisanal de Douala, sont aussi d’autres distractions. Qui donnent parfois lieu à des marchandages bruyants entre vendeurs et clients.

Les Hydrocarbures, c’est aussi beaucoup de constructions à l’architecture ancienne, élégantes, non extravagantes  et d’un luxe discret. Une discrétion à l’image de ses habitants impénétrables qu’on aperçoit très peu et qui laissent difficilement échapper leur secret d’alcôve.  «Les gens ici ne se connaissent pas mais ils ne se détestent pas non plus», nous rassure une habitante.

Un visage travesti

Cependant, ces dernières années, cette bourgade de référence de la ville qui alignait de beaux petits duplex et passait pour un exemple en matière d’aménagement, est en train de rompre avec  son harmonie d’antan pour épouser le désordre que connaissent la plupart de nos quartiers de Douala. La construction d’immeubles imposants dont les hôtels dans cet espace réservé alors aux maisons à un niveau. Le quartier affiche aujourd’hui un visage complètement travesti. Certains habitants confessent ressentir une violation de leur intimité lorsque ces constructions en hauteur jouxtent leurs maisons. De quoi faire dire à Martin Mbapeck, un ancien habitant des lieux : «Les Hydrocarbures n’ont plus d’âme. Aucun vestige pour retracer l’histoire, ni reproduire le vécu des gens qui ont grandi à cet endroit». Un avis pas partagé par des ouvriers sur les chantiers : «Le quartier est en train de subir les changements liés au temps. Certains bâtiments étaient déjà assez vétustes et ne répondaient plus aux normes nouvelles. Il faut leur donner un coup de neuf ou complètement les reconstruire, comme c’est en train de se faire, avec des plans actuels et des matériaux de l’heure», argumentent-ils. Ils évoquent également la crise du logement dans la ville de Douala. Ils pensent que c’est une contribution et une réponse au besoin de logement.

Un point de vue qui laisse perplexe, quand on y voit les villas abandonnés, ceux défraichies par le poids de l’âge et des terrains non bâtis laissés à l’abandon et à la merci de la broussaille. On pourrait se demander également si le quartier Les Hydrocarbures n’est pas victime du non respect du plan d’occupation et d’aménagement du sol issu du plan Directeur de la ville de Douala.

Félix EPEE

Un bout d’histoire…

De son nom originel Kondo, traduit de duala par Sud, Les Hydrocarbures, était un pâté de maisons comprises entre le quartier Bonanjo et Bonapriso où logeaient les fonctionnaires noirs camerounais pour les rapprocher de leur lieu de travail, en occurrence Bonanjo. Ces logements appelés par le passé « Maisons pour tous » sont restées dans l’histoire comme les habitations des personnes d’un certain niveau. Délogés plus tard pour laisser place à la construction d’un camp Sic, ce terrain de l’Etat sera plutôt vendu à des particuliers par des transactions de sous main. Cet espace urbain est né d’un arrêté de 1929 de l’administration coloniale française pour régler le différend foncier  engendré par l’expropriation des Bell du plateau  Joss en 1912.  Le nom « Hydrocarbures »  vient, selon une version, des déchets pétroliers déversés à cet endroit. Une autre thèse parle plutôt d’un dépôt pétrolier qui y était installé à ce lieu. D’après les défenseurs de cette dernière version, ce dépôt aurait été transféré  plus tard à Bassa (l’actuel SCDP). Bien que transporté de ce côté-là, les populations nostalgiques ont gardé par accoutumance l’appellation « Hydrocarbures » pour désigner le quartier Kondo.

Source :Douala. Typonymes, histoire et cultures.

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