Incendies dans les marchés : pourquoi la spirale n’est pas prête de s’arrêter

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A la tombée de la nuit le vendredi 15 mars, les démons du feu ont encore frappé sur le marché Congo à Douala, 13 jours après un autre incendie des mêmes installations. La curiosité cette fois, c’est que le feu a repris du service exactement au même endroit où il avait été stoppé la dernière fois, comme un travail entamé qu’il fallait achever. Les exclamations des populations, sont justement de se demander comment le feu peut reprendre avec un délai aussi court au même endroit, un peu comme pour demander si les commerçants n’ont pas tiré des leçons, ou plus globalement si la cause des incendies n’a pas été détectée et par conséquent éliminée.

C’est là d’ailleurs que se trouve la problématique de ces incendies à répétition. Si sur le plan administratif les enquêtes ont à chaque fois été ouvertes pour déterminer les causes, de prime abord c’est toujours les installations électriques qui sont mises en cause. Peut-être ceux qui pointent souvent du doigt ces installations le font naïvement, mais dans le fond cette thèse ne serait pas dénuée de tout fondement. En scrutant minutieusement tous les facteurs et éléments pouvant provoquer  le feu, l’entreprise en charge de la distribution de l’électricité n’est pas étrangère à ces incendies.

Exigence de conformité

Depuis le mois de juin 2012, il y a 6 ans, le ministère des Mines, de l’industrie et du développement technologiques et celui de l’Eau et de l’énergie ont signé un arrêté conjoint rendant d’application obligatoire la norme des installations électriques à basse tension NC 244 C 15 100 : 2011-08. L’article 2 de cet arrêté dit clairement que les installations visées par la norme ci-dessus sont soumises à la procédure de certification préalable avant leur mise en service, laquelle donne droit à un certificat de conformité délivré par l’Agence des Normes et de la qualité (Anor).

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L’article 3 précise que le certificat de conformité est présenté à toute réquisition des services publics compétents, notamment avant les opérations d’installation des compteurs et lors des contrôles. Cela veut tout simplement dire qu’avant qu’une installation ne soit alimentée, l’entreprise en charge de la distribution  devrait s’assurer qu’elle respecte les normes. Normes pour ce qui concerne le matériel utilisé pour cette installation, normes également en ce qui concerne le respect des règles de l’art en matière d’installation, car avoir du bon matériel ne suffit pas, il faut encore que celui qui l’installe soit qualifié et respecte les canons du métier.

A la tombée de la nuit le vendredi 15 mars, les démons du feu ont encore frappé sur le marché Congo à Douala, 13 jours après un autre incendie des mêmes installations. La curiosité cette fois, c’est que le feu a repris du service exactement au même endroit où il avait été stoppé la dernière fois, comme un travail entamé qu’il fallait achever.

Branchement électrique anarchique.

La complaisance d’Eneo

Hors tout le monde sait, et le distributeur d’électricité plus que tous, que le matériel de contrefaçon inonde le marché camerounais, situation d’ailleurs décriée par les opérateurs économiques et les institutions comme les regroupements patronaux. Tout le monde sait également que les Camerounais, frappés par la crise, ont développé une ambivalence particulière qui fait que le maçon soit en même temps l’électricien, le plombier, le technicien de téléphone, et bricole tout au passage.

D’après un observateur averti: « l’opérateur est au courant de cela, qu’il devrait être exigeant quant à la qualité des installations. Si l’on peut comprendre qu’il soit moins regardant pour les ménages privés du fait qu’ils peuvent ne pas avoir les moyens pour requérir un certificateur, on ne comprend pas comment il n’exige pas le certificat de conformité avant d’alimenter les infrastructures commerciales, industrielles ou les équipements marchands accueillant du monde. La seule explication qu’on peut y trouver c’est qu’il veut se faire le maximum d’argent avant la fin de sa concession

Le laxisme de l’administration

Si l’on revient à l’arrêté conjoint des deux ministères, on constate qu’il est stipulé à l’article 4 que les services compétents du ministère chargé de l’énergie et du ministère chargé de de l’industrie, sont chargés chacun en ce qui le concerne de l’application du présent arrêté, qui devait être communiqué et publié partout où besoin aura été. Ampliation avait par ailleurs été faite au ministère de l’habitat et du développement urbain, au ministère des marchés publics, à l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel), à l’Agence d’électrification rurale (Aer), à l’Anor.

C’est dire que tous les acteurs impliqués dans le processus sont informés, ou supposés l’être. Mais comme les correspondances pareilles servent la plus part de temps juste à gonfler les archives, personne ne se soucie de son contenu, ni ne se gêne de voir les recommandations être mises en œuvre. Si chacun avait veillé à l’application de cet arrêté, aujourd’hui on aurait dans les pièces à fournir pour une demande d’abonnement, une fiche de conformité des installations à remplir soit par le demandeur soit par l’agent qui visite généralement les installations.

Cette exigence devrait être sans complaisance pour les locaux à usage commercial, les équipements marchands et les unités industrielles, au vu des enjeux économiques et sociaux qui sont derrière. Tout cela pour permettre que les normes soient respectées. Parce que le non-respect des normes, dans le matériel comme dans la prestation du service, augmente les risques d’incendie en matière d’installation électrique. Et nous verrons comment dans la prochaine chronique.

(A suivre)

Roland TSAPI

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