Huile de palme : le dilemme du financement des agro-industries

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L’étau se resserre autour des banques Néerlandaises ayant des liens financiers avec des agro-industries d’huile de palme en Afrique et en Asie.

Dans un rapport publié en Octobre 2018, le Centre de recherche SOMO examine des liens financiers entre trois banques Néerlandaiseset 81 compagnies d’huile de palme, à travers des fonds d’investissements que les dites banques proposent à leurs clients. Il s’agit des banques ABN AMRO, ING et Rabobank, toutes classées dans le top 10 des banques Européennes ayant fait des prêts bancaires aux agro-industries d’huile de palme entre 2010 et 2015.

D’après SOMO, des fonds d’investissements de la banque Néerlandaise ABN AMRO, incluant des parts des compagnies d’agro-industrie d’huile de palme représentent « 10%  du montant total des fonds d’investissement que ladite banque offre publiquement ». Sur les 81 compagnies d’huile de palme sélectionnées,SOMOajoute « qu’au moins 23 figurent dans les services d’investissement d’ABN-AMRO, parmi lesquelles des compagnies ayant des records de mauvaise conduite».La banque ING quant à elle « offre 85 fonds d’investissement qui incluent des parts des compagnies de palmier à huile objets de l’étude » De plus, « au moins 21 des 81 compagnies de palmier à huile se retrouvent dans les services d’investissement d’ING, au rang desquelles des compagnies ayant des record de mauvaise conduite », précise le rapport de SOMO. Pour ce qui est de Rabobank, elle « offre 61 fonds d’investissements ayant des parts avec des compagnies de palmier à huile. Au moins 22 des 81 compagnies de palmier à huile ont été identifiées dans des fonds offerts par Rabobank, au rang desquelles des compagnies ayant des records de mauvaise conduite ».

Nos tentatives de rencontrer des responsables de la banque ING n’ont pas eu de suite favorable. Seuls des responsables d’ABN AMRO et Rabobank ont accepté de s’exprimer sur la question.

Au sein de la banque ABN AMRO, des responsables du département « Durabilité Bancaire » ventent la politique de financement de leur banque « pas de déforestation, pas de violation de droits humains ». Ils précisent qu’ABN AMRO ne finance aucune activité dans le secteur de l’huile de palme dans le Bassin du Congo. S’agissant des fonds d’investissements qu’offre la banque, ils affirment que des abus peuvent être enregistrés sur le terrain, mais la chaîne de responsabilité serait assez complexe à tracer. « La réalité est bien sûre que soit certaines multinationales, soit leurs filiales, soit des branches de leurs filiales commettent des abus dans des plantations de palmier à huile. C’est la réalité. Dès que nous sommes informés sur ce type de situation, nous interpellons nos clients afin qu’ils prennent leurs responsabilité pour assainir leurs chaînes de valeur. La procédure peut prendre du temps, mais nous travaillons », déclare AriënBikker. 

L’avis est presque similaire du côté de Rabobank. « Rabobank ne souhaite pas être associée à des questions de déforestation et de violations des droits humains. Nous sommes très sélectifs et nous faisons des efforts pour nous rassurer que nous travaillons avec des entreprises qui remplissent nos critères de durabilité », déclare Johan Verburg, un des responsables du département Durabilité. Pour soutenir cet argument, son collègue Martin Van Vaals évoque la politique de financement durable de l’institution financière disponible en ligne. En plus, « au Cameroun, au Libéria ou au Gabon, Rabobank n’a pas de liens financiers directs avec de telles agro-industries d’huile de palme. Il nous est difficile de faire un monitoring sur le terrain pour savoir si quelque chose ne va pas», martèle Johan Verburg.

Financement à problème

Ces arguments ne réussissent pas à faire changer d’avis aux membres de la société civile. « Quel que soit le niveau d’implication dans leurs rapports avec des agro-industries d’huile de palme responsables d’abus, les banques ont une responsabilité dans cette situation », précise Myriam Vreman, chargée du suivi des politiques des agro-industries et du secteur financier à l’ONG Milieu Defensie. Lammert van Raan, parlementaire Hollandais va plus loin dans la responsabilité des banques. « Des banques sont des armes de destruction massive des forêts. Ce n’est pas qu’elles ont intentionnellement voulu l’être. Elles le sont devenues à cause de l’impact de leurs financements sur les forêts. Ce sont des faits que nous observons actuellement » explique Lammert van Raan.

Le responsable Durabilité d’ABN AMRO reste convaincue que les banques peuvent apporter leur contribution pour assainir le secteur des agro-industries d’huile de palme.« Si nous souhaitons apporter une contribution, nous devons faire face au dilemme. C’est vrai que ce n’est pas facile. Mais si tu restes en dehors, tu perds ton influence », affirme AriënBikker. Stopper l’investissement dans le palmier à huile est une hypothèse difficile à envisager pour certains hommes politiques Néerlandais. C’est le cas de Paul Tang pour qui il faut opérer une transition progressive. « Il ne s’agit pas d’un arrêt total des investissements dans les agro-industries d’huile de palme. Nous devons aller vers la fiance durable qui mettrait les hommes et la planète au cœur des investissements financiers », suggère Paul Tang.

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D’après le parlementaire Lammert van Raan, ces banques font des promesses mais ne les respectent pas. En plus, elles ne sont pas inquiétées suite au non-respect de leurs engagements. Des promesses non tenues, Emmanuel Elong, fils des forêts du Bassin du Congo, en sait quelque chose et attend aujourd’hui des résolutions plus fermes de la part des banques. En tant que Président de la plateforme Synaparcam regroupant des populations riveraines aux plantations de palmier à huile de Socapalm au Cameroun, Emmanuel a fait plusieurs voyages à l’étranger pour revendiquer les droits de ses frères et sœurs. « Les communautés riveraines des agro-industries souhaitent que les banques qui soutiennent les activités de ces entreprises exigent de celles-ci une collaboration directe avec les organisations qui représentent les communautés », déclare Emmanuel.

Dans le Bassin du Congo, la société civile plaide pour un plus grand soutien des communautés. « Ces banques doivent veiller à la régularité de l’acquisition des concessions agroindustrielles. Elles doivent cesser de financer les agro-industries qui causent de nouvelles déforestations en imposant aux entreprises de s’inscrire dans les démarches zéro déforestation.  Elles doivent imposer aux entreprises de s’engager dans une politique d’appui aux petits producteurs locaux », exige Ghislain Fomou, expert Gouvernance Forestière dans le Bassin du Congo. Au-delà des engagements, la régulation du secteur financier s’impose.

Régulation et transparence

Après des années de plaidoyer, des leaders de la société civile Européenne pensent que ces banques ont montré leur incapacité à apporter des solutions à ces problèmes de l’agro-industrie de l’huile de palme. « Nous ne pouvons plus faire confiance aux banques. Pour le moment, les actions du gouvernement sont encore très faibles en matière de régulation du financement de ce secteur. Le gouvernement doit réguler le secteur et interdire tout investissement qui cause la déforestation, des abus sur les droits humains ou des impacts négatifs sur le climat », propose KeesKodde, chargé de campagne Climat et énergie à Greenpeace – Amsterdam

Florence Kroff a longtemps travaillé avec des communautés victimes des abus des agro-industries d’huile de palme. Chargée de recherche et de plaidoyer au sein de l’ONG FIAN Belgique, elle plaide aussi pour la régulation du secteur financier des agro-industries d’huile de palme, mais surtout pour plus de transparence. « Nous réclamons une régulation du secteur financier. Que ce genre d’investissement soit interdit et qu’il y ait beaucoup plus de transparence surtout quant à l’information qu’on peut obtenir là-dessus pour pouvoir y mettre un terme et réguler comme il se doit ce secteur ».Bas Eickhout, Membre du Parlement Européen(MEP) et Vice-Présidents du groupe « Les Verts », milite aussi pour une plus grande transparence des banques Européennes. « Nous avons besoin de plus de transparence, car les banques mettent beaucoup de clauses de confidentialités dans les contrats avec leurs clients. Cette transparence peut nous permettre d’obtenir plus d’informations sur les financements ou les fonds d’investissements qu’offrent les banques et ouvrir un débat franc sur la question », argue le parlementaire.

Dans un article publié par World Resources Institute, Micheal Wolosin et Nancy affirment que « les forêts sont capables de fournir 23% des solutions efficaces pour l’atténuation du changement climatique avant 2030 », d’où la nécessité de les préserver. Le secteur bancaire est interpellé d’autant plus que « les principaux moteurs indirects de la déforestation se trouvent sur les marchés mondiaux des produits de base et des marchés financiers », soulignent World Resources Institute et ClimateAdvisers. Ces organisations préconisent la transparence sur toute la chaine de valeur des investissements comme levier d’actions pour réduire la déforestation. La transparence, la redevabilité et la  lutte contre le Changement climatique font d’ailleurs partie des Principes des Nations Unies pour une Banque Responsable dont ABN AMRO, ING et Rabobank sont signataires. A travers ces Principes, les 132 banques signataires s’engagent à mettre en œuvre des stratégies qui contribuent aux droits humains, aux Objectifs du Développement Durable (ODD) et à l’Accord de Paris sur la Changement Climatique

Madeleine NGEUNGA

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