Gouvernance : le gouvernement est-il un laboratoire de vol ? (1)

0

Est-ce qu’on peut nommer quelqu’un dans le Gouvernement ou à un poste de direction au Cameroun sans qu’il ne détourne les deniers publics ? N’est-ce pas possible pour un ministre de travailler sans se salir les mains et repartir en toute quiétude ? Ainsi s’interrogent bon nombre de jeunes camerounais, étonnés de voir que les ex membres du gouvernement sont systématiquement inquiétés par la justice et finissent en prison. Les rares cas de ceux qui y échappent étant une exception qui confirme la règle. Le limogeage d’un membre du gouvernement est en effet toujours suivi de fortes rumeurs d’interdiction de sortie du territoire national prémonitoire à une arrestation, et dans 90% des cas, ces rumeurs s’avèrent fondées par la suite.

Le cas Koung a Bessike

L’ex ministre des Domaines, du cadastre et des affaires foncières Jacqueline koung a Bessike fait partie de cette catégorie de cadres de l’administration, dont les honneurs de la fonction ministérielle se sont transformés en déshonneur d’une dame soupçonnée. Entrée au gouvernement depuis décembre 2011, elle est l’une des ministres à qui l’on peut légitiment demander le bilan du mandat des grandes réalisations de Paul Biya jusqu’au 4 janvier 2019, date à laquelle elle a cédé son poste à Henri Eyebe Ayissi. Mais lequel ?

Le13 mars 2019, 67 jours après sa sortie du gouvernement, en exécution des instructions de la magistrate Ngounou Justine Aimée, procureur général près le Tribunal Criminel Spécial, le chef de la division des enquêtes dudit tribunal le commissaire divisionnaire Oko Petis, signait un message porté adressé à tous les postes frontières de la sureté nationale, leur demandant de bien vouloir prendre toutes les mesures possibles en vue de l’interdiction jusqu’à nouvel ordre de la sortie du territoire de Koung a Bessike. Le document jusque-là resté confidentiel, a fuité depuis le 28 mai 2019, et fait déjà les choux gras de la presse. On y lit que cette interdiction de sortie de l’ex ministre fait suite à une plainte contre x déposée par la Communauté urbaine de Douala.

Lire aussi :Mindcaf : comment Koung à Bessiké a perdu son titre foncier

L’ex ministre a d’ailleurs été entendue ce même jour du 28 mai, et y retournera dans 3 jours le lundi 3 juin 2019. Une semaine avant la signature de sa note d’interdiction, le journal l’Anecdote informait déjà le 4 mars 2013 que la ministre était désormais sous le coup d’une enquête et qu’elle était attendue à Kondengui, la prison centrale de la capitale politique. D’après ce journal, elle était impliquée dans une affaire de vente illicite d’un terrain appartenant à l’ex Office national de commercialisation des produits de base (Oncpb) à hauteur de 26 millions de francs cfa, aussi ridicule que puisse paraitre le montant. Le journal renseignait également que les fait d’insécurité foncière avaient connu leur croissance durant le passage de Jacqueline Nkoung a Bessike au ministère des Domaines, l’un des ministères réputés être les plus corrompu du système.

Quand l’habitude a la peau dure

Sans être exhaustif, il faut relever que l’ex ministre des domaines n’est pas seule dans ce cas. Avant elle, des interdictions de sortie du territoire ont été signées pour les ex ministres Basile Atangana Kouna et Edgard Alain Mebe Ngo’o avant leur arrestation, toujours après leur sortie du gouvernement. Le phénomène est tel qu’aujourd’hui, un remaniement ministériel qui laisse un membre du gouvernement sur le carreau, est en même temps le début de ses cauchemars, parce qu’une fois sorti du gouvernement chacun attend désormais son tour. C’est là où la question initiale prend tout son sens : l’entrée au gouvernement est-il un passage obligé vers la prison, comment en est-on arrivé au Cameroun à transformer les fonctions qui ailleurs sont le sacre d’une carrière, en lieu de fabrication des délinquants à col blanc ?

Certains observateurs de la scène politique camerounaise expliquent cela par la facilité avec laquelle on accède au gouvernement au Cameroun. D’après la Constitution, le chef de l’Etat nomme les membres du gouvernement sur proposition du premier ministre, en principe chef du gouvernement. Et cette nomination dépend comme le défendent les politologues, de la discrétion du seul chef de l’Etat. Et ce dernier ne s’appuie pas toujours sur les compétences, parce qu’explique-t-on encore, un poste de ministre ou de Directeur général de société d’Etat est une fonction politique.

Nomination-récompense

Du coup, ceux qui sont nommés ont souvent un cursus scolaire et un profil de carrière complètement étranger au champ d’action de l’institution, ils le sont par récompense politique. Il suffit qu’une personnalité aille dans son fief utiliser des méthodes pas toujours catholiques pour assurer la victoire du parti à une élection, et il est désormais éligible à un poste de nomination. S’il réussit à obtenir le décret, le service public n’est forcément pas sa priorité. Il doit d’abord songer à rentrer au village remercier les populations, ce qui nécessite de l’argent. Il doit aussi honorer ses engagements financiers contractés pour faire la campagne, tout cela demande de l’argent, qu’il faut prendre quelque part. Et la caisse la plus proche de lui, celle contenant le budget de l’Etat qu’on lui a confié est le plus accessible. Malgré les gardes fous institutionnels pour contrôler la gestion, il fait preuve d’ingéniosité et utilise le titre qui lui est accordé par le décret pour les contourner à travers les marchés fictifs, les rétrocommissions, les délits d’initiés, les conflits d’intérêts et autres.

L’ex ministre des domaines est entré au gouvernement en 2011 quand beaucoup d’anciens membres du gouvernement étaient déjà écroués à la prison pour indélicatesse avec les deniers publics. Mais elle est rentrée comme beaucoup d’autres dans le même piège. Doit-on prendre ce mode de fonctionnement comme une fatalité ? N’y a-t-il aucun moyen de sortir de ce piège ? Pourquoi l’arrestation des uns ne semble pas servir de leçons aux autres ? La machine gouvernementale n’est-elle faite que pour produire des contre modèles ?

A suivre !

Roland TSAPI

Share.

About Author

Laisser un commentaire

  • SANTE

    Près d’une vingtaine d’instituts hospitaliers publics ont déjà bénéficié de dons d’entreprises françaises basées sur le territoire camerounais. Président des Ccef, Pascal Louchelart souligne : «Cette action est annonciatrice d’une série d’autres qui seront menées par le réseau des Conseillers du Commerce Extérieur de la France au Cameroun. Nous travaillons pour doter davantage le personnel de santé d’équipements...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)
    Sortez couverts ! Portez un masque ; protégeons-nous et protégeons les autres ! Ces messages de sensibilisation ont plus que jamais tout leur sens en ces jours où la menace du Coronavirus fait frémir au Cameroun. Les statistiques donnent froid au dos et sonnent comme une course vers un record en termes de contamination. Les derniers chiffres font état de 112 cas, 14 guéris et 3 décès enregistrés hier, vendredi 22 mai 2020...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)
    Il s’est fait connaître, vers les années 1995, à l’échelle nationale et internationale avec ses remèdes notamment contre le Vih Sida, à base de plantes. Le Camerounais Dr Richard Fru présente aujourd’hui une gamme de produits pour barrer la voie au covid-19.
    Malgré l’indifférence du gouvernement camerounais, l’expert de la médecine orthomoléculaire soigne depuis des mois, les malades du Covid-19. Aujourd’hui, il présente une solution buvable à base de plantes naturelles, pour prévenir et soigner les patients du Covid-19. «Ces deux nouveaux produits destinés au grand public permettent de créer une immunité collective acquise et rompre définitivement la chaîne de transmission du Covid-19»...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)
    L'Unicef répond à l'appel du premier magistrat de la ville de Douala, Roger Mbassa Ndine, qui a mis sur pied une stratégie de riposte. La cérémonie de remise de ce don par l'Unicef s'est tenue  le 24 avril dernier à Bonaberi à l'esplanade de la sous-préfecture. Constitué de 70 cubitainers de  1000 litres chacun, des chasubles pour les équipes qui descendront sur le terrain
  • DIPLOMATIE

    Sommet Afrique-France 2020 : Stéphanie Rivoal séjourne au Cameroun
    La Secrétaire générale Stéphanie Rivoal veut notamment se rassurer de la participation conséquente des entrepreneurs camerounais au Sommet Afrique-France 2020 qui se tiendra à Bordeaux. Stéphanie Rivoal a rencontré ce lundi 2 mars 2020, le ministre de l'Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, pour s'enquérir du contenu technique de la participation...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)

    La Secrétaire générale Stéphanie Rivoal veut notamment se rassurer de la participation conséquente des entrepreneurs camerounais au Sommet Afrique-Fran...

    Read More
    Droit financier communautaire : la Cemac vulgarise les mécanismes
    Séminaire de vulgarisation du droit financier Communautaire et de sensibilisation sur les procédures de la Cour des Comptes de la Cemac. C’est autour de ces travaux de trois jours que les premiers responsables des institutions, organes et institutions spécialisées, et acteurs financiers de la zone Cemac (Communauté des économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale) s’affairent depuis le 3 décembre courant. Le centre des conférences de Sipopo de Malabo en Guinée Équatoriale accueille l’évènement. Il est question de former les acteurs impliqués dans la gestion des ressources mises à la disposition des institutions de la sous-région. Comme l’a expliqué dans son discours inaugural Juan Carlos Owono Ela Mangue,Les travaux de Malabo en Guinée Équatoriale ont débuté le 3 décembre 2019.

    Séminaire de vulgarisation du droit financier Communautaire...

    Read More
    Affaire Nexttel : le Vice-premier Ministre vietnamien en route pour le Cameroun
    Dans une récente parution, La Voix Du Koat informait le public de la visite officielle au Cameroun, du 1er au 3 novembre 2019, du Vice-premier Ministre vietnamien. Vuong Dinh Hue sera à la tête d’une délégation de neuf personnes. Au menu de ce voyage diplomatique, deux questions : la coopération bilatérale et les décisions liées au règlement des différends dans l'entreprise commune NexttelDans une récente parution, La Voix Du Koat informait les lecteurs de la visite officielle au Cameroun, du 1er au 3 novembre 2019, du Vice-premier Ministre vietnamien. Vuong Dinh Hue sera ...
    Read More
    Grand dialogue national : la France et la Francophonie encouragent la «libre expression»
    Elles se sont prononcées ce jeudi 12 septembre 2019 sur l’actualité majeure au Cameroun. À travers un tweet, la France laisse entendre qu’elle est attachée au « dialogue et à ...
    Read More
    Revendications anticoloniales : Martin Dibobe célébré en Allemagne
    Premier Noir conducteur de train dans les années 1900 à Berlin, ce Camerounais d’origine et militant anticolonialiste a été honoré le 22 juillet 2019 par le gouvernement du Land avec une deuxième plaque au centre administratif de Berlin. Le gouvernement du Land de Berlin et de la ville de Berlin, capitale de la République fédérale d’Allemagne, a pris la résolution de retirer des noms de rues célébrant d’anciens esclavagistes et colonisateurs pour les remplacer par des noms d’anciens défenseurs des libertés fondamentales, des activistes de l’égalité des droits et des militants ou résistants anticolonialistes. Un acte que le professeur Kum’à Ndoumbè III considère comme une victoire suite à plusieurs années de luttes et d’injustices subites par les peuples colonisés d’AfriquePremier Noir conducteur de train dans les années 1900 à Berlin, ce Camerounais  d’origine et militant anticolonialiste a été honoré le 22 juillet 2019 par le gouvernement du Land avec une ...
    Read More