La fourrière municipale, lieu de haut commerce (Suite et fin de la Série)

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Nous terminons aujourd’hui notre série sur les abus de la police municipale, en nous intéressant à ceux qui écument les rues de la ville à bord d’une voiture remorque, pour enlever les voitures mal stationnées selon eux, ou y mettre des sabots.

Nous terminons aujourd’hui notre série sur les abus de la police municipale, en nous intéressant à ceux qui écument les rues de la ville à bord d’une voiture remorque

Roland Tsapi.

Nous partirons d’un exemple concret pour que la gravité de la situation soit bien appréciée. Depuis le 9 mars 2017, Veuve Djoko, épouse d’un colonel décédé a vu son véhicule de marque Toyota 92 immatriculé OU 356AG de couleur grise, vider de tout son contenu, après avoir été remorquée par un de ces groupes  agissant au nom de la Commune d’arrondissement de Douala V. Cela fait exactement 74 jours, qu’elle n’est pas rentrée en possession de son véhicule tracté au niveau de l’entrée du marché de BP cité. A ce jour elle ne sait pas au juste ce que sa voiture est devenue. D’après elle il y avait une somme d’argent de plus d’un million de francs CFA. Depuis lors, c’est le statut quo. Même l’enquête diligentée par les agents de la brigade de gendarmerie  d’Akwa nord à Douala n’a pas résolu le problème.

Veuve Djoko n’est pas toujours rentrée en possession de son véhicule. De même, le procès-verbal adressé à monsieur le Procureur de la République de Douala Ndokoti n’a pas fait d’effet. Le maire Ebanda Gustave et Bataken cité dans l’affaire pour vol et rétention sans droit au préjudice de dame Djoko née Tuebou Jeanne restent  imperturbables.

La gestion de ces recettes des fourrières

Ce cas n’est qu’un parmi des milliers d’autres. Ils sont nombreux, les automobilistes de la ville de Douala qui ont déjà été victimes. Vous laissez votre véhicule à un endroit où vous ne gênez visiblement personne et vous entrez dans un bureau, 30 ou 40 minutes après vous ressortez et vous vous retrouver devant deux situations : soit les sabots sont posées sur les roues, soit elle a simplement disparu. Dans le premier cas, ces agents sont en embuscade et vous guettent. Dès que vous sortez, ils vous approchent non sans vous avoir bien jauger du regard pour savoir si vous êtes un bon ou un mauvais gibier. Ils se présentent alors comme des agents de la mairie, vous expliquent comment vous avez mal garé, et vous disent enfin qu’ils ont déjà appelé le chef de la police municipale pour qu’il vienne avec la remorque, mais si vous parlez bien vous pouvez partir avant qu’il n’arrive. Et la commencent les négociations. Ils s’en sortent avec au moins 25 000 Fcfa d’après les témoignages des victimes. Dans le second cas, où la voiture a disparu, pendant que vous tournez en rond en écarquillant les yeux, un complice discret et sans uniforme vous approche pour vous demander si c’est vous le propriétaire de la voiture qui était là. A la réponse affirmative, il vous dit que c’est la mairie qui a remorqué votre voiture, et vous indique où vous pouvez les trouver, car dit-il, ils ont dit qu’ils vont s’arrêter quelque part avant d’arriver à la fourrière. Il vous encourage enfin à les retrouver vite parce que s’ils arrivent à la fourrière, le cas sera grave.

Voilà ce que les populations vivent au quotidien, c’est la peur dans le ventre que chaque voiture est garée en ville là où la chaussée n’est pas matérialisée, vous ne savez jamais à quelle sauce vous serrez mangé par les célèbres agents de la police municipale. Un vol s’est aussi organisé autour de cette opération. Si votre voiture arrive à la fourrière, vous n’êtes pas sûr que vous la récupérez entière. Les fourrières municipales sont aussi les boutiques de fourniture des pièces détachées. Ces dysfonctionnements, doublés à la guéguerre entre la Communauté urbaine et les mairies d’arrondissement sur la gestion de ces recettes des fourrières, ont même amené le préfet du Wouri en juillet 2014, à suspendre momentanément ces activités. Oui, parce que quand par extraordinaire, une voiture arrive à la fourrière, les frais de fourrière qui sont fixés à la tête du client, sont encore disputés entre le Délégué du gouvernement et les maires. Comme on le voit, c’est toujours une question d’argent à la fin, que le pauvre citoyen va payer. Inutile de rappeler que ces agents de la police municipale traversent sur les carcasses des voitures sur la chaussée pour porter les véhicules fonctionnels, une fois de plus parce que personne ne viendra négocier pour la carcasse.

Roland TSAPI, Journaliste

 

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