Financement de la campagne : la méthode Cabral Libii

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Le financement de la candidature et de la campagne électorale par la collecte des fonds a porté des fruits aux Etats Unis en 2008 avec Barack Obama, lui permettant même de mener la campagne la plus chère de l’histoire de ce pays. Cette méthode est désormais expérimentée au Cameroun par l’un des candidats à l’élection présidentielle. Le succès connu aux Etats Unis peut-il être connu au Cameroun?

Depuis le 15 juillet 2018, l’un des candidats déclaré à la présidence de la République est dans la ville de Douala pour organiser les levées de fonds publics en vue du paiement de sa caution pour l’élection présidentielle. Il demande aux Camerounais de cotiser pour cela, et se dit que si 30 000 Camerounais cotisaient chacun la somme de 1000 Fcfa, le problème sera résolu.

Le financement de la candidature et de la campagne électorale par la collecte des fonds a porté des fruits aux Etats Unis en 2008 avec Barack Obama, cette méthode est désormais expérimentée au Cameroun par l’un des candidats

Dans le paysage politique du Cameroun, cette méthode du porte à porte pour solliciter les Camerounais est une grande première. De l’époque du parti unique à l’ouverture démocratique en 1990, les candidats à l’élection présidentielle ont toujours misé sur leurs fonds personnels pour le payement de leurs cautions et le financement de la campagne. Et la méthode de Cabral est déjà moquée par des adversaires. Pourtant cette méthode est porteuse de vertu à bien d’égards.

L’exemple Obama

D’abord l’humilité de l’homme. Il est reconnu que l’une des caractéristique de la grandeur d’un homme, c’est de reconnaître qu’il n’a pas, et savoir demander. ll n’y a pas de honte à demander, et aux Etats Unis Barack Obama a montré un exemple qui fera date. En 2008, il avait récolté 150 millions de dollars en un mois pour sa campagne, « du jamais-vu dans l’histoire des élections américaines », d’après les journaux occidentaux. Dépassant ainsi largement les 84 millions de dollars de son rival, mais suscitant aussi des questions sur le financement des campagnes politiques.

Au final, ce sont les donations privées de 5, 10 et 25 dollars qui ont abouti à la campagne la plus chère de l’histoire : 605 millions de dollars pour  Barack Obama depuis le début. 632 000 nouveaux donateurs au mois de septembre de cette année-là,  presque le double par rapport au mois d’août, qui était déjà un mois record. Le candidat démocrate a révolutionné la notion même de financement des campagnes. D’après le Figaro dans son édition du 21 octobre 2008, en optant pour les petits dons, illimités dans le nombre, et la plupart sur Internet, il a littéralement noyé son rival.

Il avait même renoncé au financement public, se refusant selon son équipe de campagne, de profiter du système. Depuis le début de la campagne, l’équipe de Barack Obama avait ainsi travaillé à positionner son candidat comme le candidat du changement et de l’anti-establishment à Washington. En n’acceptant aucune aide provenant de fonds publics pour financer sa campagne, Barack Obama s’offrait un avantage stratégique dans la course à la présidence. C’était en effet la première fois qu’un candidat à la présidentielle n’acceptait pas de financement public depuis l’adoption de la loi de financement des campagnes en 1971, 37 ans plus tôt.

Les Camerounais face à leur destin

Pour le cas du Cameroun, Cabral Libii Li Ngue veut expérimenter cette méthode pas seulement pour la campagne, mais déjà pour le paiement de sa caution. Il est vrai que comparaison n’est pas raison, mais il n’est pas exclu que cela se reproduise au Cameroun, pour peu que les Camerounais en comprenne les enjeux. Toujours est-il que cette méthode est aussi gage de transparence. Le candidat s’en remet ainsi entre les mains des électeurs, à qui il sollicite un engagement ferme matérialisé par une modique contribution. Nous sommes en effet dans un contexte où tout le monde veut aller au paradis mais personne ne veut mourir. Tout le monde parle du changement mais personne ne veut consentir le moindre sacrifice, personne ne veut franchir le pas en posant l’acte du changement, quel qu’il soit.

En demandant aux électeurs de contribuer, le candidat  veut aussi par-là prendre les populations à témoin, pour leur dire qu’il ne bénéficie pas d’un financement obscur, qu’il n’est pas une marionnette entre les mains d’un lobby tapis dans l’ombre, qui tente de faire main basse sur les richesses du pays par personne interposée. Une attitude rassurante dans un contexte où on voit la main de l’étranger partout. Le candidat s’oblige également par cette méthode à une transparence sans faille. Il est en effet tenu de faire le point à intervalle régulier de l’évolution des contributions, et laisser le peuple apprécier l’utilisation qui en est fait. Il est responsable devant le peuple et non devant un groupe d’individus. Cela permettrait également de ne pas franchir les limites de l’indécence, des dépenses ostentatoires et du mépris de la population, que l’on note souvent chez certains hommes politiques, qui croient ne rien devoir au peuple, même pas un simple compte rendu de la gestion des ressources publiques qui leur sont confiées.

« Je serais le candidat du peuple ou je ne serai pas candidat », a affirmé le 16 juillet à Douala Cabral Libii Li Ngue. Me voici les mains nues, semble –t-il dire, prêt à aller, mais à condition que le peuple me permette d’aller. Le Cameroun est résolument en train de vivre une nouvelle aire politique. Déjà la candidature de cet universitaire avait été suscitée par l’élection en France de Emmanuel Macron, qui s’était fait remarquer pas sa jeunesse. Au Cameroun, les jeunes qui avaient au fil des années eu l’impression qu’ils étaient écartés de la gestion des affaires publiques, se sont mis à croire.

Cette jeunesse continue de croire qu’on peut faire autrement. Le candidat se voulait optimiste il y 24 heures, il appelait les populations à avoir un sursaut d’orgueil qui lui permettrait de déposer sa candidature ce jour. Comme aux Etats Unis en 2008, les populations pourront elles contribuer de petites sommes pour soutenir un candidat ? Il reste 3 jours francs pour en avoir le cœur net, et l’action serait à saluer.

Roland TSAPI

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