‘‘Si l’injure était une religion, Douala serait un sanctuaire’’

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Les injures sont devenues banales dans notre société, presqu’un mode de vie. A l’école, dans les ménages, au marché, dans les bureaux, dans les stades, dans la rue, les injures foisonnent. Pour un rien vous êtes copieusement injurié parfois par des gens qui ne vous connaissent pas. Dans la rue, ce sont souvent les transporteurs, à savoir les taximen  qui en étaient maitres, mais les motos taxi leur ont depuis ravi la vedette. Ces derniers  fonctionnent comme s’ils étaient des machines de productions automatiques d’injures. Nous nous interdisons ici, par respect pour les lecteurs, de répéter les mots qu’ils utilisent, mais il faut simplement remarquer que ce sont souvent d’une insanité insupportable. Leur lexique dans le domaine est étendu à l’infini, ils le déploient spontanément comme si la situation était préparée à l’avance. Pour le faire, les paroles seules ne suffisent plus. La  gestuelle est plus souvent utilisée, à travers les doigts, la langue, les yeux ou l’expression faciale. Dans la ville de Douala, le phénomène a pris tellement de l’ampleur qu’il se dit désormais que si l’injure est une religion, Douala serait un sanctuaire.

La population «use d’un langage ordurier adopté à plus de 80% dans la ville de Douala. En majorité jeune, cette population exerçant des activités informelles

Roland Tsapi.

Une injure est une parole offensante adressée délibérément à une personne dans le but de la blesser moralement, en cherchant à l’atteindre dans son estime de soi, son honneur ou sa dignité. Une insulte, quasi synonyme d’injure, est cependant considérée comme une injure moins grave. Une injure grave est un outrage. À Certaines époques et dans certaines régions du monde où les pouvoirs politiques et religieux sont entremêlés, l’injure et le blasphème étaient ou sont encore plus ou moins confusément liés. Le caractère privé ou public de l’injure a aussi une importance dans la gravité associée à l’acte d’injurier. La fonction de la personne injuriée ou outragée a une importance juridique et symbolique, dans le cas par exemple de l’outrage à magistrat, outrage au chef de l’État. Ces notions ont des racines anciennes remontant au moins au droit grec et romain.

Un langage ordurier adopté à plus de 80% à Douala

Sur le plan de la morale, d’après Sylvestre Ndoumou du journal catholique  l’Effort Camerounais, l’injure est une expression qui relève du bas langage. C’est  un  langage ordurier à jeter dans la poubelle la plus proche. On peut croire que ce genre de langage est le propre de certaines personnes dont l’éducation chrétienne et intellectuelle est douteuse et  approximative, et qui, sur la voie publique viennent extérioriser  les récriminations qu’ils ont contre la société. Mais, à y regarder de près, on découvre malheureusement que « Monsieur tout le monde », c’est –à-dire des hommes apparemment au-dessus de la  mêlée, et  affichant extérieurement  un certain confort intellectuel et moral, s’y adonnent aussi, peut-être par exaspération. Jeune comme adulte. Homme comme femme. Lettré comme illettré. Tous sont rentrés dans la danse. La voie publique est ainsi devenue un défouloir  où des personnes nerveuses ou qui ont la tête surchargée de problèmes conjugaux, familiaux et professionnels, viennent déverser leur colère sur les autres, en faisant preuve d’une  incroyable intolérance qui donne l’impression qu’ils ont tous les droits, et   qu’ils ont la priorité sur les autres.

Sur le plan sociologique, François Guebou Tadjuidje, enseignant de sociologie à l’Université de Maroua, expliquait en 2012 à un confrère ce phénomène  comme étant le seul moyen de lutter contre les frustrations sociales et conjugales accumulées à longueur de journées. Selon lui, la population « use d’un langage ordurier adopté à plus de 80% dans la ville de Douala. En majorité jeune, cette population exerçant des activités informelles, expriment aussi leur insolence dans la manière de se vêtir, de dépenser son argent pour pouvoir juguler les frustrations sociales souvent observées».

Sur le plan pénal,  l’injure peut constituer un délit ou une contravention selon les conditions dans lesquelles elle est proférée, et peut être passible de peine de prison ou d’amende. En particulier, la gravité des sanctions varie selon qu’elle est publique ou non, qu’elle est ou non précédée de provocations de la part de la personne injuriée, et selon la qualité de la personne à laquelle elle s’adresse selon qu’il s’agit d’un particulier, d’un fonctionnaire ou d’une institution, par exemple. L’injure crée automatiquement un préjudice à l’encontre de la personne injuriée, cependant son montant est souvent difficile à évaluer. Selon le code pénal camerounais,  l’injure est constituée par toute expression outrageante ou terme de mépris qui dévalorise la personne insultée. L’article No 307 du code pénal  précise d’ailleurs les éléments constitutifs particuliers du délit d’injure. Il s’agit de l’emploi d’une expression outrageante, d’un geste, d’un terme de mépris ou d’une invective, elle  doit viser un corps ou une personne déterminée, elle doit être faite de mauvaise foi ; elle doit être publique. Pour que nul n’en ignore, lorsque tous ces éléments sont réunis,  le juge s’en réfère à l’article 307 du Code pénal qui   condamne   le contrevenant à cinq jours ou à trois mois de prison, et d’une amende allant de 5000 FCfa à  1 million de Fcfa  ou de l’une de ces deux peines  seulement. Voilà donc ce qui attend ceux qui pensent que la société est une jungle où l’on peut proférer  impunément n’importe quelle insanité sans être inquiété.

Roland TSAPI, Journaliste

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