Devoir de mémoire : Hommage à Ruben Um Nyobe (…Suite)

0

L’Union des populations du Cameroun, qui est déchiquetée aujourd’hui était au début une âme, l’âme du Cameroun d’après ses fondateurs. Qui s’étaient réunis un soir du 10 avril 1948 dans un café bar à Douala pour en poser les jalons, à l’initiative de Ruben Um Nyobe qui revenait de Bamako où il avait pris part au congrès du Rassemblement démocratique africain. A 35 ans, Ruben Um Nyobé, très engagé dans les revendications syndicales, prend la direction de l’Upc. Le parti se dote ensuite d’une branche féminine en 1952, l’Union démocratique des femmes camerounaises, notamment pour lutter contre les discriminations spécifiques aux femmes. Puis d’une organisation de jeunesse en 1954, la Jeunesse démocratique du Cameroun.

Le mois de septembre au Cameroun ne rappelle pas seulement la rentrée scolaire. Il rappelle aussi et ce depuis 60 ans, la mort de l’un des nationalistes qui a tout sacrifié, jusqu’à sa vie, pour revendiquer

Um Nyobe.

Il insiste particulièrement sur « les efforts à déployer pour élever le niveau idéologique des militants et responsables », et des écoles du parti sont créées. Sur le plan organisationnel, il défend le renforcement des « comités de base » pour construire un parti agissant par le bas et préfère pour cette raison parler de « mouvement » plutôt que de « parti.» En dépit de ses faibles moyens financiers, l’UPC est capable d’émettre trois journaux (La Voix du Cameroun, l’Étoile, et Lumière) grâce à la mobilisation de ses militants et milite autour de trois thèses principales : l’indépendance nationale, la réunification de l’ex-Kamerun allemand et la justice sociale. Um Nyobè parcourt le territoire pour donner partout des conférences.

Convictions iconoclastes

Selon l’historien Louis Ngongo, « l’expérience syndicale de Ruben Um Nyobè lui donne un avantage indéniable sur d’autres leaders politiques. Au lieu de s’envoler dans des théories fumeuses de liberté, d’indépendance…, le secrétaire général de l’UPC fait passer ses idées en assumant les préoccupations des manœuvres des villes et des paysans des brousses : le prix du cacao, comparé au prix du sel et des menus articles importés d’Europe, l’accroissement du chômage, l’insuffisance des hôpitaux et des écoles. »

Um Nyobè s’oppose au tribalisme et à son instrumentalisation par le colonialisme comme facteur de division : «Une telle situation nous impose de rompre avec un tribalisme périmé et un régionalisme rétrograde qui, à l’heure actuelle comme dans l’avenir, représentent un réel danger pour l’épanouissement de cette nation camerounaise », écrit-il. Cette approche le conduit aussi à s’opposer aux intégrismes religieux. Et contrairement à ce qu’on aurait pu penser, il dénonce aussi le racisme anti-blanc.

Résistance à la colonie

Déjà depuis 1946 à la fin de la deuxième guerre mondiale, tous les territoires occupés par l’Allemagne, parmi lesquels le Kameroun qui s’écrivait alors avec « K », sont placés  sous la tutelle de l’Organisation des Nations unies (ONU). Qui à son tour donne mandat à la Grande-Bretagne pour administrer les territoires du Cameroun occidental et à la France celui d’administrer ceux du Cameroun oriental avec pour mission de conduire ce pays à l’indépendance. Mais nul ne se doutait alors que la France ne consentirait jamais à conduire ce territoire aux potentialités énormes à une autonomie effective et à l’indépendance comme le prévoyaient les accords de tutelle signés en décembre 1946 aux Nations unies. Les gouvernements français successifs de Charles de Gaulle de 1944-46 et du même Charles de Gaulle en 1958 à 1959 en passant entre autre par ceux de Paul Ramadier (1947), Edgar Faure (1955-56), Guy Mollet (1956-57), réussirent donc avec toute la violence et la force oppressive propre à la France à intégrer le Cameroun dans l’Union Française.

Ruben Um Nyobè qui a une toute autre conception du socialisme fait remarquer qu’« il est honteux de constater qu’un gouvernement dirigé par Guy Mollet, Secrétaire Général du Parti Socialiste français (SFIO – Section française de l’Internationale ouvrière) ne préconise comme toute solution au grave problème camerounais que la menace de l’emploi de la force et les manœuvres de division, procédés propres aux colonialistes les plus attardés. »
En 1954, à l’occasion du débat à l’Assemblée nationale sur la politique du gouvernement français en Afrique du Nord, le général Aumeran déclare : « La France perdra son rang de grande puissance, le jour où elle aura perdu toutes ses colonies.» A ces propos, Ruben Um Nyobè de rétorquer : «La France ne méritera jamais son rang de grande puissance aussi longtemps qu’elle continuera à opprimer les colonies. »

Dans le viseur du colon

Avec ses prises de positions, Um Nyobé devient résolument l’homme à abattre. Il faut trouver les moyens de le piéger et le faire tomber, même s’il faut pour cela incendier tout un quartier à Douala. C’est ce qui arrive en 1955. Préparés par l’administration coloniale française, les émeutes de 1955 constituent un tournant décisif de la lutte de libération nationale. Après ces émeutes, bien évidement mis sur le dos de l’Upc qu’il fallait à tout prix diaboliser pour légitimer certains actes, le parti fut effectivement interdit le 13 juillet 1955. Un mandat d’arrêt est délivré à l’encontre de Ruben UM NYOBE à qui on attribue tous le désordre, ce qui le contraint à se replier dans le maquis.

Mais même en clandestinité il est très actif. Il accorde des interviews à la presse française, lance un appel à l’Union nationale, fait des publications, contribue à la rédaction du programme minimum qui donnera lieu au Courant d’Union Nationale qui tiendra son congrès du 3 au 5 octobre 1956 à Dibombari. Um Nyobé est désormais traqué partout, la chasse à l’homme s’intensifie de jours. Tout est mis en œuvre pour mettre hors d’état de nuire cet homme qui s’est finalement réfugié dans les forêts de Boumnyebel.

Roland TSAPI

Share.

About Author

Laisser un commentaire

  • SANTE

    Près d’une vingtaine d’instituts hospitaliers publics ont déjà bénéficié de dons d’entreprises françaises basées sur le territoire camerounais. Président des Ccef, Pascal Louchelart souligne : «Cette action est annonciatrice d’une série d’autres qui seront menées par le réseau des Conseillers du Commerce Extérieur de la France au Cameroun. Nous travaillons pour doter davantage le personnel de santé d’équipements...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)
    Sortez couverts ! Portez un masque ; protégeons-nous et protégeons les autres ! Ces messages de sensibilisation ont plus que jamais tout leur sens en ces jours où la menace du Coronavirus fait frémir au Cameroun. Les statistiques donnent froid au dos et sonnent comme une course vers un record en termes de contamination. Les derniers chiffres font état de 112 cas, 14 guéris et 3 décès enregistrés hier, vendredi 22 mai 2020...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)
    Il s’est fait connaître, vers les années 1995, à l’échelle nationale et internationale avec ses remèdes notamment contre le Vih Sida, à base de plantes. Le Camerounais Dr Richard Fru présente aujourd’hui une gamme de produits pour barrer la voie au covid-19.
    Malgré l’indifférence du gouvernement camerounais, l’expert de la médecine orthomoléculaire soigne depuis des mois, les malades du Covid-19. Aujourd’hui, il présente une solution buvable à base de plantes naturelles, pour prévenir et soigner les patients du Covid-19. «Ces deux nouveaux produits destinés au grand public permettent de créer une immunité collective acquise et rompre définitivement la chaîne de transmission du Covid-19»...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)
    L'Unicef répond à l'appel du premier magistrat de la ville de Douala, Roger Mbassa Ndine, qui a mis sur pied une stratégie de riposte. La cérémonie de remise de ce don par l'Unicef s'est tenue  le 24 avril dernier à Bonaberi à l'esplanade de la sous-préfecture. Constitué de 70 cubitainers de  1000 litres chacun, des chasubles pour les équipes qui descendront sur le terrain
  • DIPLOMATIE

    Sommet Afrique-France 2020 : Stéphanie Rivoal séjourne au Cameroun
    La Secrétaire générale Stéphanie Rivoal veut notamment se rassurer de la participation conséquente des entrepreneurs camerounais au Sommet Afrique-France 2020 qui se tiendra à Bordeaux. Stéphanie Rivoal a rencontré ce lundi 2 mars 2020, le ministre de l'Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, pour s'enquérir du contenu technique de la participation...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)

    La Secrétaire générale Stéphanie Rivoal veut notamment se rassurer de la participation conséquente des entrepreneurs camerounais au Sommet Afrique-Fran...

    Read More
    Droit financier communautaire : la Cemac vulgarise les mécanismes
    Séminaire de vulgarisation du droit financier Communautaire et de sensibilisation sur les procédures de la Cour des Comptes de la Cemac. C’est autour de ces travaux de trois jours que les premiers responsables des institutions, organes et institutions spécialisées, et acteurs financiers de la zone Cemac (Communauté des économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale) s’affairent depuis le 3 décembre courant. Le centre des conférences de Sipopo de Malabo en Guinée Équatoriale accueille l’évènement. Il est question de former les acteurs impliqués dans la gestion des ressources mises à la disposition des institutions de la sous-région. Comme l’a expliqué dans son discours inaugural Juan Carlos Owono Ela Mangue,Les travaux de Malabo en Guinée Équatoriale ont débuté le 3 décembre 2019.

    Séminaire de vulgarisation du droit financier Communautaire...

    Read More
    Affaire Nexttel : le Vice-premier Ministre vietnamien en route pour le Cameroun
    Dans une récente parution, La Voix Du Koat informait le public de la visite officielle au Cameroun, du 1er au 3 novembre 2019, du Vice-premier Ministre vietnamien. Vuong Dinh Hue sera à la tête d’une délégation de neuf personnes. Au menu de ce voyage diplomatique, deux questions : la coopération bilatérale et les décisions liées au règlement des différends dans l'entreprise commune NexttelDans une récente parution, La Voix Du Koat informait les lecteurs de la visite officielle au Cameroun, du 1er au 3 novembre 2019, du Vice-premier Ministre vietnamien. Vuong Dinh Hue sera ...
    Read More
    Grand dialogue national : la France et la Francophonie encouragent la «libre expression»
    Elles se sont prononcées ce jeudi 12 septembre 2019 sur l’actualité majeure au Cameroun. À travers un tweet, la France laisse entendre qu’elle est attachée au « dialogue et à ...
    Read More
    Revendications anticoloniales : Martin Dibobe célébré en Allemagne
    Premier Noir conducteur de train dans les années 1900 à Berlin, ce Camerounais d’origine et militant anticolonialiste a été honoré le 22 juillet 2019 par le gouvernement du Land avec une deuxième plaque au centre administratif de Berlin. Le gouvernement du Land de Berlin et de la ville de Berlin, capitale de la République fédérale d’Allemagne, a pris la résolution de retirer des noms de rues célébrant d’anciens esclavagistes et colonisateurs pour les remplacer par des noms d’anciens défenseurs des libertés fondamentales, des activistes de l’égalité des droits et des militants ou résistants anticolonialistes. Un acte que le professeur Kum’à Ndoumbè III considère comme une victoire suite à plusieurs années de luttes et d’injustices subites par les peuples colonisés d’AfriquePremier Noir conducteur de train dans les années 1900 à Berlin, ce Camerounais  d’origine et militant anticolonialiste a été honoré le 22 juillet 2019 par le gouvernement du Land avec une ...
    Read More