Développement local : les piètres performances des communes (1)

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Que font les maires d’arrondissement dans les communes ?  A quoi servent ces communes en réalité ? Ces questions, les citoyens des villes et villages se les posent tous les jours. Parce qu’au fil des années, leurs conditions de vie se dégradent.

Une route qui était mauvaise en 2013, quand les occupants des mairies sollicitaient les suffrages, est devenue impraticable en 2019. Les constructions anarchiques font flores dans les quartiers où l’on espérait un cadre de vie reflétant la modernité. Les abords des routes sont de plus en plus encombrés par les comptoirs, les kiosques, les garages, les vendeurs de fruits, les machines de jeu au hasard et les commerces de toute nature. Les dépôts d’ordures ménagères se créent chaque mois partout et n’importe où. Les débits de boisson s’entassent les uns sur les autres le long des routes, et dans les quartiers sans aucune mesure minimale d’hygiène, les rues de la joie se multiplient à tous les carrefours, la débauche s’érige en culture.

La pollution sonore est devenue presqu’une obligation pour tous les commerces. Aux premières heures du matin, ceux qui sont sur le chemin du travail ne peuvent même pas suivre l’information dans la voiture. Les premières boutiques ouvertes le long des rues ont déjà installé des caisses de résonnance qui libèrent de la musique à haut décibel.  En soirée, on dirait que c’est le débit de boisson qui met la musique la plus haute qui a le maximum de clients. Les chaussées sont envahies par les commerces aux abords des marchés dans la journée, cet envahissement se déporte la nuit tombée dans les quartiers où les chaises et autres comptoirs de vente de poissons se substituent aux usagers de la route. Les services de base comme l’eau et l’électricité sont rares. Si pour l’eau les populations ont simplement jeté l’éponge et se servent plus dans les forages dont personne ne contrôle la qualité de l’eau fournie, pour l’électricité les branchements anarchiques font partie du décor partout.

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Absence d’initiative

Aucune initiative en somme n’est prise en faveur des populations dans l’ensemble. Même les services classiques qui devraient être rendus gratuitement dans les bureaux par des agents communaux salariés, comme l’établissement des actes d’état civil, font l’objet du monnayage. Les responsables d’établissement gonflent les frais d’examens en expliquant qu’un montant devra être payé à la mairie pour la légalisation des pièces, les célébrations des mariages officiellement gratuites, ne sont jamais gratuites.

Au bilan, 90 personnes sur 100 interrogées dans la rue disent qu’elles ne voient pas ce que font les  mairies. Beaucoup se souviennent que quand les agents viennent devant leurs commerces demander le paiement de la taxe sur l’occupation temporaire de la voie publique, dont les contours ne sont jamais clairement définis. Sur les plans infrastructurels, éthiques et morales, les cités se dégradent au fur et à mesure que le temps passe, les choses vont de mal en pire dans tous les domaines. Difficile de rencontrer un habitant qui affirme être vraiment bénéficiaire au quotidien  d’un service de sa commune dans l’amélioration de son cadre de vie.

Bilan inexistant

Le rôle des communes est pourtant clair, indiqué dans la loi n° 2004/018 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes. Article 2 : (1) La commune est la collectivité territoriale décentralisée de base. Article 3 : (1) La commune a une mission générale de développement local et d’amélioration du cadre et des conditions de vie de ses habitants.L’article 16 précise que les compétences suivantes sont transférées aux communes : – l’alimentation en eau potable ; – le nettoiement des rues, chemins et espaces publics communaux ; – le suivi et le contrôle de gestion des déchets industriels ; – les opérations de reboisement et la création de bois communaux ; 4 – la lutte contre l’insalubrité, les pollutions et les nuisances.

Les réclamations persistent depuis quelques jours dans la ville de Yaoundé. Les consommateurs accusent le coup. Camwater s’explique sous fond de mea culpa. Dépendance à Eneo. C’est l’une des raisons qu’évoque un technicien de la maison. «Quand il y a coupure d’électricité, nos installations aussi s’arrêtent et quand l’énergie revient, parfois les pièces les plus fragiles sont endommagées. Ça nous crée des pannes.

L’alimentation en eau potable est donc bien une mission dévolue à la commune. L’eau est une denrée de base, dont tout exécutif communal, même le plus insouciant, devrait pourvoir à la population. Les maires actuellement en fonction sont dans les communes depuis 2013, et bénéficient d’une année supplémentaire. Mais aucun ne serait en mesure d’indiquer la moindre action entreprise pendant tout ce temps pour que sa population bénéficie de l’eau potable.  Les enfants meurent plutôt en allant chercher de l’eau.

Sur le plan de l’action économique, l’article 15 de cette loi dit qu’il est également transféré aux communes les missions de « la mise en valeur de sites touristiques communaux ; – la construction, l’équipement, la gestion et l’entretien des marchés, gares routières et abattoirs. » Quels sites touristiques  ont-ils été créés ces dernières années par les maires de Douala Ier, IVème, Vème et VIème par exemple ? Alors que les territoires de ces derniers  disposent d’énormes potentiels touristiques du fait de leurs proximités avec les bordures du Wouri et de l’Océan ?

Le refrain est connue, le prétexte est toujours  le même au bout des lèvres : il n’y a pas les moyens. Pourtant leurs voitures hors de prix sont toujours plus neuves et bien entretenues, les avantages de toutes natures sont toujours pourvues, des sommes exorbitantes sont débloquées avec la plus grande facilité pour festoyer à diverses occasions. Tant pis si les citoyens traversent désormais des lacs pour arriver chez eux.

Roland TSAPI

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