Démystifier le Jazz : André Manga donne la mesure

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Le géant de la Basse, qui sera en spectacle vendredi 11 octobre prochain à l’Ifc à Douala, s’engage à travers son concept Jazz Sessions à dépouiller le Jazz de tous les préjugés qu’on lui attribue à tort  au Cameroun.

Rendre le jazz accessible et décomplexer les mentalités des Camerounais vis-à-vis de cette musique. C’est l’objectif du spectacle que donne André Manga, le vendredi 11 octobre prochain à l’Ifc de Douala puis à la Chaumière Jazz Club. Des spectacles qui viendront clôturer trois jours d’intenses travaux avec les musiciens et chanteurs, autour des masters class des 8, 9 et 10 octobre à l’Ifc.

Face à la presse mardi 8 octobre 2019 à Douala, l’artiste musicien et virtuose de la Basse camerounaise a fait part de son inquiétude du rejet par ses compatriotes de cette musique jugée élitiste. «Beaucoup de musiciens chez nous pensent que le jazz vient de l’occident et du coup,  ils évitent de le jouer de peur qu’ils ne soient boudés par leur public. Les Camerounais qui font du Jazz à l’extérieur  ne veulent pas présenter leurs musiques au Cameroun parce qu’ils se disent que nous ne sommes pas prêts». La conséquence, confie le bassiste international, c’est que les fans de Jazz au Cameroun sont lésés.  «Pourtant le Jazz, est juste une autre façon d’appréhender la musique», déclare l’artiste.

Patrimoine africain

Cette musique que certains d’entre nous semblent considérer, d’après Julien Mbia, manager de l’artiste,  comme «une musique des Blancs» est bel et bien une musique africaine. Elle a été apportée par les esclaves Africains dans les plantations aux Etats-Unis où elle a juste subi les influences des instruments modernes en lieu et place notamment des tam-tams.

André Manga en association avec Julien son manager autour de Inter’Médiane, ont donc mis sur pied le concept Jazz Sessions.  Un rendez-vous annuel pour faire partager et donner à la jeunesse camerounaise l’accès à l’information et l’amener à casser ce mystère qui veut faire apparaître cette musique comme élitiste. Il est question de permettre au public non initié de se l’approprier et de s’y familiariser.

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«Prostitution musicale»

Pour cette 1ère édition, l’artiste se penchera lors des masters class sur la notion de faire revivre les musiques camerounaises ; comment réinterpréter une œuvre, se l’approprier et lui donner une nouvelle vie pour qu’elle redevienne intemporelle. «Comment faire en sorte que les musiques qui nous ont bercés, qui ont bercé nos parents ne disparaissent pas, comment faire en sorte qu’une chanson soit reprise par plus de soixante artistes comme ça se fait ailleurs. C’est une pratique qui contribue à perpétuer une chanson. Le problème en Afrique et au Cameroun en particulier est que nous sommes individualistes. Nous ne comprenons pas le contexte de la communauté», regrette l’artiste. Celui qui partage les scènes avec les célébrités mondiales pèse ses mots quand il martèle : «Il faut qu’on arrête de faire la musique du ventre. On a certes besoin des chansons juste pour danser, mais on a aussi besoin de créer des œuvres, des musiques qui restent dans les anales» et à même d’être reprise à travers le monde, comme ‘‘You raise me up’’, ‘‘Soul Makossa’’, ‘‘Change is gonna come’’, ”A mio”, ”Mussoloki”. Les masters class seront également l’occasion de débattre sur les discussions musicales, puisque au Cameroun, «on ignore que la collaboration est la clé du succès

Toujours dans le but du partage des expériences, André Manga envisage pour les éditions futures de faire venir les artistes du monde entier avec qui il a collaborés. Et pour ce spectacle de vendredi, il compte interpréter quelques airs camerounais en y apportant forcément une coloration jazzy. «C’est une façon pour nous de marquer l’histoire, de donner une partie de ce que nous avons et de participer à l’évolution de notre musique. A force de faire la prostitution musicale, on sacrifie notre culture. Si nous nous donnons mentalement les moyens de développer notre musique qui nous est propre, nous aurons notre originalité», conclut-il.

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Félix EPEE et Valgadine TONGA

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