Démocratie : où en est le Cameroun ?

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Dimanche 15 septembre 2019, s’est célébrée la journée internationale de la démocratie. Une notion qui est devenue une marque commerciale que le gouvernement camerounais vend à tous, en interne comme en externe, et qui est supposée aussi guider ses actions au quotidien.

Au-delà de l’acception simpliste du mot qui le définit comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, l’Organisation des Nations Unis a placé la célébration de cette année sous le thème de la participation, et dit : «La vraie démocratie est une route à double sens de circulation, construite sur la base d’un dialogue permanent entre la société civile et la classe politique. Ce dialogue doit avoir une influence concrète sur les décisions politiques. C’est aussi la raison pour laquelle la participation à la vie politique, l’espace civique et le dialogue social sont des fondements de la bonne gouvernance. Ceci est d’autant plus vrai face aux effets de la mondialisation et aux progrès technologiques.

Et pourtant, aujourd’hui, l’espace civique se réduit à travers le monde de façon alarmante. Les militants de la société civile rencontrent de plus en plus de difficultés dans leur action. Les personnes qui défendent les droits humains et les parlementaires sont la cible d’attaques. Les femmes restent très largement sous-représentées. Les journalistes doivent subir des ingérences dans leur travail, voire parfois, des actes de violence. En cette journée internationale, saisissons l’occasion qui nous est offerte et exhortons tous les gouvernements à respecter le droit à la participation active, concrète et effective de leurs citoyens à la démocratie. »

Participation restreinte au Cameroun

On pourrait croire que l’Onu s’adresse ainsi au Cameroun, tant la situation décriée dans ce message est similaire à ce qui se passe au pays de Paul Biya.  L’avènement de la démocratie au Cameroun en effet, depuis 1991, s’est limité à l’autorisation de création des partis politiques et leur participation aux élections, de même que la possibilité d’adhérer librement à une  association. Quant à elle, la participation populaire au processus électoral à laquelle fait allusion l’institution internationale reste un véritable problème. La Constitution et le Code électoral interdisent  encore aux jeunes de 18 ans de prendre part au vote, alors qu’au Brésil par exemple l’inscription sur les listes électorale est obligatoire dès 17 ans, et est soumise à l’autorisation parentale à partir de 16 ans comme c’est le cas au Cameroun pour ce qui concerne le mariage. C’est à se demander à qui cela ferait-il mal que les jeunes de 18 ans s’inscrivent et participent au choix des dirigeants de leurs cités. Ces jeunes qui sont interdits de vote, mais sont déjà pénalement responsables, c’est-à-dire qu’on leur attribue tout de même la faculté de distinguer ce qui est bien de ce qui ne l’est pas.

Lire aussi :Processus électoral : NewSeta  plaide pour un vote à 18 ans au Cameroun

Cette situation est dénoncée depuis la réforme du Code électoral en 1992, mais le Parlement camerounais, dominé par le parti au pouvoir, et qui ne cesse de clamer le niveau avancée de la démocratie au Cameroun, ne s’est jamais penché sur le sujet. Au contraire il a toujours rejeté toutes les propositions de loi allant dans ce sens et venant des partis politiques de l’opposition ou de la société civile. En plus depuis trois ans, l’insécurité dans deux régions du pays empêchent les populations de prendre part aux élections, ayant quitté leurs domiciles pour chercher refuge au Nigéria voisin ou dans les villes intérieures du pays où les déplacées ne se comptent plus.

Opacité de gestion des fonds publics

En plus de la participation aux élections, qui est le thème principal retenu par l’Organisation des nations Unis et qui reste questionnable au Cameroun, il y a la notion de gouvernance, toute aussi inhérente à la démocratie. Une notion qui va de pair avec la transparence. En se limitant ne serait-ce qu’au fonctionnement des partis politiques, on se rend compte que la démocratie est fossoyée dès la base, pour ce qui est de la transparence dans la gestion des fonds qui leurs sont alloués pour leur fonctionnement.

Dans les articles 275 et suivants du Code électoral ont lit : « article  275, (1) Les partis et formations politiques concourent à l’expression du suffrage. (2) A ce titre, ils peuvent bénéficier du financement public dans le cadre de leurs missions suivant les modalités fixées par la présente loi. Article 276.- (1) Le financement public concerne aussi bien les dépenses couvrant les activités permanentes des partis politiques que celles consacrées à l’organisation des campagnes électorales et référendaires. (2) Les fonds  provenant du financement public sont des deniers publics. (3) Le financement public dont bénéficient les partis politiques ou les candidats ne peut être source d’enrichissement personnel.

Lire aussi :Financement de la campagne : Un détournement consenti

Jusque-là le problème ne se pose pas fondamentalement, mais c’est à partir de l’article 277 que l’on a de quoi mesurer la volonté du pouvoir et des partis politiques à instaurer une véritable démocratie par la transparence. Cet article dit en son premier alinéa qu’«il est institué une commission de contrôle, habilitée à vérifier sur pièces que l’utilisation, par les partis politiques ou les candidats, des fonds à eux alloués est conforme à l’objet visé par la présente loi. Alinéa (2) Les partis politiques ou les candidats bénéficiaires d’un financement public ont l’obligation de tenir une comptabilité y afférente

Cette commission de contrôle n’a jamais été mise sur pied, pourtant de l’argent public est distribué chaque année aux partis politiques représentés dans les institutions (mairie et parlement), et lors des élections aux candidats et partis également. Les partis politiques de l’opposition ne l’ont jamais réclamé non plus, sans doute parce que chacun trouve son compte dans cette opacité. En l’absence de contrôle, cet argent est devenu source d’enrichissement personnel des responsables des partis et des candidats. L’on a vu en 2011 par exemple, des candidats miser 5 millions de francs cfa de cautionnement de la candidature à l’élection présidentielle, et en récolter 30 millions comme financement de la campagne. Certains ont simplement retiré leur candidature après avoir obtenu la première tranche, d’autres sont allés jusqu’à l’élection mais  le score ne les intéressait pas, plutôt le retrait de la deuxième tranche du financement de 15 millions de francs Cfa.

Aujourd’hui au Cameroun, tout un désordre est installé au nom de la démocratie. En jetant un coup d’œil sur le comportement des uns et des autres dans la société, l’état de la gouvernance, les libertés publiques de plus en plus restreintes, la corruption érigée en mode de fonctionnement, le fonctionnement de la justice, l’opacité qui gouverne la gestion des ressources naturelles, on est en droit de se demander si au lieu de la démocratie avancée qui est servie aux Camerounais depuis des années, il n’était pas mieux que le pouvoir instaure la démocratie tout court, celle prônée par les nations unis et qui se repose sur trois piliers essentiels : les élections libres et transparentes, le respects des libertés individuelles et collectives et le respect des droits humains?

Roland TSAPI

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