Coup d’Etat au Gabon : la conséquence du jeu avec les textes

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Le Gabon vit depuis le 7 janvier 2019 un tournant de son histoire. Dès les premières heures du matin, cinq militaires de la garde présidentielle ont fait un holdup de la télévision nationale, et procédé à ce qui était considéré pendant un moment comme un coup d’Etat. Ils ont lu un message appelant le peuple gabonais à se «lever» et annonçant la mise en place d’un «Conseil national de restauration» en l’absence du président Ali Bongo Ondimba en convalescence au Maroc.  D’après eux, il n’était pas question  d’abandonner la patrie», entre les mains des institutions déclarées «illégitimes et illégales». Finalement, ce coup d’Etat n’a été qu’un feu de paille vite circonscrit. En moins de quatre heures, la tentative a été mise en échec par l’armée républicaine, avec l’arrestation de Kelly Ondo Obiang, le «cerveau» présumé. Dans la soirée, Guy-Bertrand Mapangou, porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, annonçait une «situation sous contrôle», avec le rétablissement progressif de l’électricité. Si le calme semble à nouveau revenu, l’on ne peut s’empêcher de voir comment on en est encore arrivé là, dans notre pauvre Afrique.

Omerta sur la santé d’un chef d’Etat

Tout commence aussi loin en arrière que le 24 octobre 2018. Alors qu’il se trouvait en Arabie saoudite, le président Ali Bongo, est victime d’un accident vasculo cérébral et est hospitalisé à Ryad. Sur place au Gabon, aucune communication officielle n’est faite, laissant place à des rumeurs de toutes sortes, dont certaines donnaient même le président pour mort. C’est finalement le 11 novembre 2018, près de trois semaines après, que le porte-parole de la présidence rompt le silence. Ike Ngouoni affirmait alors que le président a eu un malaise et aurait des vertiges persistants, tout en rassurant que son état de santé connait désormais une évolution positive.

Cette sortie était loin d’être rassurante. Dans les milieux politiques gabonais, il était certains que si la première situation était maitrisée, il restait la période de convalescence. Paris, Londres et Rabat étaient des destinations pressenties pour cela, et finalement c’est la capitale marocaine qui fut choisie. Mais une incertitude persistait, la durée de la convalescence. Au Gabon, sans le dire clairement, la vie politique commençait à s’organiser sans le président Bongo. Libreville se préparait ainsi à gérer une longue absence, dont le premier enjeu serait de décréter la vacance du pouvoir, qui pouvait aussi être synonyme de fin de règne pour la famille Bongo. Et si tel avait été le cas, la présidente du Sénat devait assurer l’intérim, en attendant l’organisation d’une élection présidentielle dans un délai de 60 jours.

Tripatouillage de la Constitution

Coup d’Etat au Gabon : la conséquence du jeu avec les textes

Ali Bongo.

Mais au lieu de constater cette vacance du pouvoir, le Conseil Constitutionnel, présidée par Marie Madeleine Mborantsuo a modifié la Constitution pour y introduire une disposition selon laquelle « en cas d’indisponibilité temporaire du président, certaines fonctions peuvent être exercées selon le cas soit par le vice-président de la République, soit par le premier ministre.» Le pouvoir a ainsi été divisé en deux et partagé entre le Premier ministre et le Vice-président, et l’opposition n’avait pas manqué d’attirer l’attention sur ces manœuvres. Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, un cadre de l’Union National, s’exclamait par ces propos rapportés par le journal Le Monde: « Tout cela est grossier. Pour modifier la Constitution, il faut un référendum ou que le Parlement se réunisse en congrès. La Constitution ne convient pas, alors ils la changent à leur guise, les militaires n’auraient pas fait mieux, c’est un coup d’Etat. » De son lit d’hôpital, Ali Bongo a pris la parole pour la première fois depuis sa maladie le 31 décembre 2018, s’adressant à la nation dans une vidéo de 4 minutes. Cette prise de parole, était pour les insurgés du 7 janvier  une «honte» pour un «pays qui a perdu sa dignité», pour reprendre leurs propos.

Condamnation sélective

En fin d’après-midi et dans la soirée, des pays pris individuellement, mais surtout la Cemac à travers son président en exercice le tchadien Idriss Deby Itno, l’Union africaine par la voix de son président ont condamné cette tentative de putsh. Se conformant ainsi à  l’article 3 alinéa 10 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (Cadeg), qui exige «le rejet et la condamnation des changements anticonstitutionnels de gouvernement » dans les pays membres. Mais les mêmes instances et les mêmes pays avaient auparavant oublié de mettre en application l’article 10 de la même Charte, qui stipule à l’alinéa 2 que « les Etats parties doivent s’assurer que le processus d’amendement ou de révision de leur Constitution repose sur un consensus national comportant, le cas échéant, le recours au référendum.» Cela fait partie des leçons à tirer.

Une autre leçon, c’est la réaction d’une figure la société civile gabonaise, Marc Ona, qui  a évalué la situation  à Radio France International en ces termes : « Au regard de la situation politique, je crois que nous pouvions redouter cette situation …parce qu’’il y avait des crispations. Et maintenant que ce ras-le-bol se fait sentir même au niveau de la garde républicaine, il faudrait qu’au niveau national et international, on se penche sur le cas du Gabon avant qu’il ne soit trop tard. Nous sommes en train de frôler l’irréparable » dit-il. Beaucoup d’autres réactions font savoir que ce qui arrive au Gabon aujourd’hui, n’est en réalité qu’une conséquence du non-respect de la loi fondamentale qu’est la Constitution d’un pays. L’ancien président américain Barack Obama l’avait si bien dit, l’Afrique n’a pas besoin des hommes forts, mais des institutions fortes.

Roland TSAPI

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