Cameroun /Groupes armés : comment les jeunes sont enrôlés

0

Appât des gains faciles, lavage de cerveau, contrainte et subterfuges, tout passe pour attirer le maximum de jeunes dans les rangs des bandes organisées qui sévissent dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest, du Sud-ouest et à la frontière avec la Centrafrique. Leurs cibles, les jeunes de 10 à 35 ans. Comment opèrent-ils ? Une enquête de Joseph OLINGA NDOA.

Les recruteurs opèrent

Des coupeurs de route.

Le phénomène date. D’abord introduit en proportion «négligeable», depuis des décennies, dans les principales villes du Cameroun, où les jeunes étaient recrutés dans des gangs, aux fins de perpétrer des cambriolages, des braquages et des agressions. Puis est arrivé le phénomène des coupeurs de route dans le grand Nord du Cameroun. Le phénomène s’est ensuite répandu dans de nombreuses autres villes du pays. Jusqu’à ce que les forces de défense nationales réduisent l’ampleur des attaques quasi instaurées sur certains axes.

Telle une hydre, le mal a pris d’autres formes. Alors que l’on croyait la menace des coupeurs de route maitrisée, l’on a alors entendu des détonations sur les places des marchés, les écoles, les carrefours, dans des enceintes publiques…des bombes humaines ont imposé leur présence jusque dans les casernes. Pas un jour, pas une semaine sans qu’un adolescent ou une jeune dame, tous apparemment au dessus de tout soupçon, n’explosent faisant des victimes aussi innocentes qu’inutiles.

Derrière cette machine mortifère, des hommes et des femmes insoupçonnés. Mais aussi des organisations et, parfois des acteurs en vue -comme l’affirment de nombreux témoignages- alimentent la braise. Dans la situation sécuritaire générale qui prévaut, ils investissent les principales villes du pays. Les méthodes, elles aussi, se modernisent comme le témoignent des anciennes recrues, aujourd’hui repenties, les proches des recrues ou des victimes. Dans les pages qui suivent, nous vous proposons une incursion dans un phénomène qui prend de l’ampleur autant qu’il parait bénéficier d’une certaine omerta dans l’espace public.

Comment s’organisent les groupes armés ? Comment fonctionnent-ils ? Quel est le profil des recrues ? Où opèrent les recruteurs ? Quels sont leurs arguments ? Aussi, quel rôle jouent les familles des membres de ces groupes ? L’Etat peut-il combattre ce phénomène qui semble doter de plus en plus de moyens ? Là sont quelques questions abordées dans cette enquête.

J.O.N

 

Groupes armés : un phénomène bien en place

Un jeune sur quatre dans le viseur des recruteurs qui essaiment les villes du Cameroun. La région du Centre en tête de cible.

«Ils m’ont dit que j’ai le choix entre les rejoindre pour le combat ou envoyer de l’argent pour les soutenir. Elvis (nom d’emprunt) témoigne aussi que, ils ont dit que je dois faire un choix. Au risque de voir ma mère décapitée.» Originaire de la région du Nord-Ouest, notre source que nous rencontrons dans la ville de Yaoundé, début mars 2019, témoigne que, depuis lors, son village a été entièrement incendié. Sa génitrice a été retrouvée inanimée dans une plantation et, nombreuses de ses connaissances sont mortes, assassinées. Pour autant, les appels n’ont pas cessé. Cette fois, ils émanent de certains de ses proches qui l’appellent à rejoindre les rangs. Elvis souligne que certains sont partis des villes de Yaoundé et de Douala. Ils ont curieusement tout abandonné pour aller grossir les rangs des groupes armés qui sévissent dans cette région en conflit depuis maintenant trois ans. Un phénomène qui prend de l’ampleur, faisant oublier celui, il y a quelques années encore des gangs dans les principales villes du Cameroun et, les coupeurs de route qui sévissaient alors dans la zone septentrionale.

Parler des groupes armés et des nombreux jeunes qui y sont recrutés ? Un sujet interdit dans les espaces publics et au sein des familles. Presqu’un tabou. Au risque d’être stigmatisé. Soupçonné de faire corps avec. Pourtant, le mal s’enracine au Cameroun. Presque toutes les régions du pays font les frais des recruteurs qui puisent dans cette masse souvent consciente de jeunes. Faute de communication ou d’alternative, ils se laissent enrôler.

Une étude menée par le Service civil pour la paix au Cameroun (Scp) n’en dit pas moins. Selon ce réseau d’organisations de la société civile qui a conduit une enquête au courant de l’année 2015, le phénomène prend de l’ampleur. Près d’un jeune interrogé sur quatre reconnait avoir été approché par des recruteurs, aux fins de rejoindre un groupe armé. Au gré des révélations, on apprend que seulement la moitié considère ces groupes dangereux. Un quart des jeunes les assimilent à des bandits. Mais une frange, estimée à plus de 10% estiment «qu’il s’agit des personnes qui se battent pour des causes justes». Une perception, souligne l’étude, qui est plus forte dans les milieux estudiantins où 18% assument cette posture.

Selon l’étude près de cinq jeunes interrogés sur 20 reconnaissent avoir été approchés par des recruteurs de groupes armés. L’étude qui indique avoir planché sur un échantillonnage de 975 personnes, souligne que ces recruteurs opèrent autant pour les gangs urbains que pour des groupes en activité dans les zones de tension du Nord-Ouest, du Sud-Ouest, du septentrion et de la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine, dans la région de l’Est.

Loin des apparences et des préjugés, le document souligne que cinq jeunes sur 20 sont enrôlés dans la région du Centre. Suivie des régions de l’Extrême-Nord et de l’Est dont les statistiques de recrues sont de 15 et  de 14%. Puis viennent l’Ouest, le Nord et l’Adamaoua. Dans les faits, aucune catégorie de jeunes n’est plus ciblée qu’une autre. «Les recruteurs ayant besoin d’une diversité de compétences adaptent leur discours au type d’interlocuteur.» Pour évidence, la tranche cible se situe entre 10 et 35 ans.

 Lire aussi :Extrême-Nord : Au moins 5 morts dans un attentat kamikaze

Mode opératoire : l’attrait du lucre fait des adeptes

Les arguments politiques, la situation sociale et économique des jeunes mais aussi la contrainte sont utilisés pour enrôler les jeunes dans les groupes armés.

Le recrutement des jeunes dans les groupes armés n’est pas instantané. Ancienne recrue, devenue recruteur lui-même avant de se repentir comme il le soutient, S.A explique qu’il s’agit d’un processus. «On choisi une cible puis le recruteur établi une relation de confiance avec elle.» Notre source qui requiert l’anonymat pour son témoignage soutient qu’il est question pour ces donneurs d’emplois d’un autre genre de cerner les contours psychologiques et maîtriser les origines sociales et culturelles de la potentielle recrue. Une démarche que décrit aussi l’étude menée par le Service civil pour la paix au Cameroun. «Le recruteur doit d’abord essayer de comprendre le profil social et psychologique du jeune. Question de savoir, explique l’étude, quels sont ses problèmes ? Quels sont ses besoins ? Qu’est-ce qui pourrait le motiver à intégrer le groupe ?»  S.A explique que c’est un processus qui permet aussi au recruteur de ne pas dévoiler ses cartes très tôt.

Un ancien détenu de la prison centrale de Yaoundé raconte avoir été abordé par des jeunes de son âge (13-14 ans). Protégé par ceux-ci lors de son arrivée dans le pénitencier, ils lui ont par la suite demandé de rallier «le groupe» au risque d’être livré aux attaques dont il était la cible au sein de la prison. Un autre ancien détenu, cité par le rapport de Service civil pour la paix raconte : «Mon ami m’a proposé des cadeaux et de l’argent pour que je le suive. Il a vu comment je souffrais et a profité de ma situation pour m’insérer dans le groupe.»

Au gré des témoignages recueillis, l’attrait de l’argent joue un rôle important dans le recrutement des jeunes dans les groupes armés. Ce moyen s’avère aussi être un outil de fidélisation ou de contrainte des jeunes recrues. Mais, il n y a pas que l’argent pour entretenir cette machine. S.A (cité plus haut) indique que les arguments politiques sont souvent employés. L’opposition au système gouvernant et au rejet de certaines «élites» ou la situation sociale et économique des jeunes ne sont pas souvent en reste. Souvent, c’est sous le coup de la menace que d’autres se retrouvent dans le piège des groupes armés. Des sources évoquent des cas de recrues ayant contracté des dettes. Ne pouvant rembourser, ils ont été contraints d’intégrer.

Appât des gains faciles, lavage de cerveau, contrainte et subterfuges, tout passe pour attirer le maximum de jeunes dans les rangs des bandes organisées qui sévissent dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest, du Sud-ouest et à la frontière avec la Centrafrique. Leurs cibles, les jeunes de 10 à 35 ans. Comment opèrent-ils ? Une enquête de Joseph OLINGA NDOA. Contre rémunération, des familles acceptent le «sacrifice» de l’un des leurs. Des sommes d’argent évaluées entre un et 5 millions de Francs Cfa sont souvent versées aux familles des jeunes kamikazes en signe de compensation. «Ils m’ont dit que j’ai le choix entre les rejoindre pour le combat ou envoyer de l’argent pour les soutenir. Elvis (nom d’emprunt) témoigne aussi que, ils ont dit que je dois faire un choix. Au risque de voir ma mère décapitée.»

Vendeurs ambulants.

Pratiques mystiques

Un autre type de recrutement à cours dans les régions du Nord-Ouest et dans le grand Nord. Les jeunes sont abordés par des recruteurs qui leur promettent la puissance et l’invincibilité. A force d’arguments, plus ou moins démontrables, ils laissent croire aux potentielles recrues l’existence d’amulettes qui leurs permettraient d’échapper aux balles de l’adversaire ou aux tentatives d’arrestations éventuelles. Dans certains cas, souligne un autre témoignage, des breuvages à base de racines ou d’écorces sont servis aux jeunes qui semblent comme possédés par la suite. Le plus souvent, ces victimes deviennent accros aux drogues et autres substances illicites. Selon d’autres témoignages, les recruteurs usent de plus en plus des outils électroniques et des réseaux sociaux où ils font miroiter des gains d’argent sans efforts aux futurs «combattants armés». Pour ce faire, outre les réseaux sociaux, les techniques de recrutement appliquées sont expérimentées dans les salles de jeux, les stades et autres espaces de sport, les marchés et auprès des jeunes isolés ou des vendeurs ambulants.

Rémunération : ce que les groupes proposent aux jeunes

Motos, têtes de bétail, sacs de céréale, il arrive aussi, selon les témoignages que les recrues reçoivent entre 10 mille et cinq millions de Francs Cfa.

Des mois après, Favour raconte l’histoire de son frère incarcéré, après une interpellation dont il a fait l’objet, dans une localité du Nord-Ouest. Désœuvré, il avait appris la conduite de moto auprès d’un ami. Lequel le «lançait» de temps en temps. Il est approché un jour par un client qui lui propose d’intégrer une association dans laquelle une tontine est instaurée au bénéfice des débrouillards. Selon le «bienfaiteur», le principe consiste à intégrer l’association pour se voir confier une moto neuve dont le remboursement se ferait sous forme de traites.

«On lui a effectivement confié une moto et il devait avoir remboursé au bout d’un an.» Au bout d’un mois, Sunday se voit confier des colis par les membres du groupe. Puis un jour, raconte Favour, «il a été interpellé dans un barrage mixte. On a découvert de la drogue et un fusil dans les bagages qu’il transportait.» Interrogé, le descriptif donné par l’infortuné correspondait à des personnes recherchées pour des attaques armées dans la localité et son voisinage.

Recrutés avec des bonbons et des biscuits

Des études menées par des organisations de la société civile évoquent d’autres formes de recrutement-rémunération.  Dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord, les jeunes sont invités à participer à des vols, des cambriolages et des pillages. Au terme de ces expéditions, ils sont rémunérés en fonction du ramassage. Ainsi, certains jeunes se sont vus attribuer des têtes de bétails ou des sacs de céréale au terme de l’une de ces opérations. Le rapport du Scp souligne même des cas où des jeunes sont recrutés avec des friandises. «On recrute les plus jeunes avec des biscuits et des bonbons pour des petites tâches de surveillance par exemple.»

Appât des gains faciles, lavage de cerveau, contrainte et subterfuges, tout passe pour attirer le maximum de jeunes dans les rangs des bandes organisées qui sévissent dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest, du Sud-ouest et à la frontière avec la Centrafrique. Leurs cibles, les jeunes de 10 à 35 ans. Comment opèrent-ils ? Une enquête de Joseph OLINGA NDOA. Contre rémunération, des familles acceptent le «sacrifice» de l’un des leurs. Des sommes d’argent évaluées entre un et 5 millions de Francs Cfa sont souvent versées aux familles des jeunes kamikazes en signe de compensation. «Ils m’ont dit que j’ai le choix entre les rejoindre pour le combat ou envoyer de l’argent pour les soutenir. Elvis (nom d’emprunt) témoigne aussi que, ils ont dit que je dois faire un choix. Au risque de voir ma mère décapitée.»

Mais l’argent constitue le premier motivateur des jeunes enrôlés dans les groupes armés. Les sommes promises ou versées aux recrues varient souvent. Les témoignages collectés ne permettent pas d’avoir un plafond. Toutefois, il apparait que les offres pécuniaires varient en fonction de la cible des recruteurs. Pour l’essentiel, les sommes reconnues varient entre 10, 50 et un million de Francs Cfa. Certaines sources indiquent qu’il arrive qu’un recruteur propose des millions à une recrue. «Il s’agit souvent d’indics qui peuvent leur permettre d’accéder à certains sites ou des personnes d’importance.» Selon un enquêteur de la Scp «les sommes versées aux recrues dans des régions précises de l’Extrême-Nord varient entre 200 et 700 mille Francs Cfa.» Dans le cas Boko Haram, principale problématique abordée par le Service civil pour la paix au Cameroun, il apparait que certaines recrues reçoivent souvent jusqu’à 5 millions de Francs Cfa.

La  «prime» aux familles

Selon toutes vraisemblances, le phénomène n’est pas encore connu dans les zones en conflits armés du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, encore moins dans la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine. Dans les régions du Nord et de l’Extrême-nord, témoignent des sources, la pratique est en vogue. Contre rémunération, des familles acceptent le «sacrifice» de l’un des leurs. Des sommes d’argent évaluées entre un et 5 millions de Francs Cfa sont souvent versées aux familles des jeunes kamikazes en signe de compensation. «Ceci semble d’ailleurs constituer un argument pour les recruteurs face aux jeunes conscients du risque, précise la Scp. Ceux-ci se disent souvent ‘‘ Si je meurs, j’aurais assuré l’avenir de ma famille’’.» Souvent, des jeunes mais aussi leurs familles reçoivent la promesse de voir l’un des leurs bénéficier d’une promesse de voyage aux frais du recruteur. Celui-ci s’engage alors à leur fournir les documents de voyage exigés. Dans le cadre des engagements à caractère religieux, la recrue succombe parfois à la promesse de jouir des services des femmes enlevées lors des incursions.

Motivations : un brin de revendication politique

Selon une enquête réalisée par le réseau Service civil pour la paix au Cameroun, plus de la moitié des jeunes pourraient s’engager dans des groupes armés pour des motivations politiques. A priori, l’étude  du réseau  Service civil pour la paix au Cameroun, dont les données sont livrées en exclusivité dans cet article, met en parallèle deux données. D’emblée, 86% des jeunes interrogés, lors de l’enquête menée au courant de l’année 2015, indiquent avoir conscience que «s’enrôler dans un groupe armé ne peut assurer un avenir durable». Mais aussi que 42% des mêmes personnes enquêtées soutiennent avoir de «bonnes raisons de s’engager dans des groupes armés». Le réseau d’organisation précise par ailleurs qu’il ne s’agit pas d’une contradiction.

L’organisation souligne que cette posture traduit les raisons liées aux gains pécuniaires ainsi que les nécessités matérielles et alimentaires. Selon le même rapport, d’autres motivations sont susceptibles de faire basculer les jeunes vers des groupes armés. «Un ras-le-bol général, une envie de changement politique, la défense de son village, la défense de sa religion, apparaissent comme autant de raisons de s’enrôler.»

La même étude précise que l’argent apparait, au terme de l’étude, comme la principale raison de s’enrôler chez les jeunes. C’est ce qui ressort de l’opinion livrée par 65% des jeunes interrogés. Dans le même sillage, 37% évoquent «la frustration avec la situation générale du pays.» Dans ce cas, relève l’enquête, c’est dans la région du Nord que l’argument de la frustration passe avant celui de l’argent. En effet, 65% des jeunes, dans le septentrion évoquent la situation sociopolitique comme motivation alors que 44% dans la région de l’Est partagent cette posture.

Mais, les convictions religieuses, quoique minimales constituent une autre source d’enrôlement des jeunes. Plus de 13% des jeunes interviewés dans le cadre du climat sécuritaire dans les régions septentrionales semblent susceptibles d’adhérer aux doctrines djihadistes. Explications : «Les jeunes subissent un lavage de cerveau». Un engagement par «conviction» qui est relevé dans la région de l’Extrême-Nord (18%) et celle de l’Est (23%).

«Engagement par vengeance»

Dans la dernière région citée, l’enquête relève une autre source de motivation chez les jeunes : l’engagement par vengeance. Dans ce cas, plus de dix pour cent des jeunes disent pouvoir s’engager dans des groupes armés par souci de défendre leur communauté ou un proche. Dans cette région proche des foyers de tension de la Centrafrique voisine, le rapport note que ce type de motivation pourrait s’expliquer «par la peur de devenir victimes d’autres groupes armés.» Cet argument que soutiennent 10% des jeunes dans la région de l’Ouest connait un assentiment de 17% de la population interrogée dans la région de l’Extrême-Nord.

Selon, le réseau constitué de la Dynamique mondiale des jeunes, Friedrich Ebert Stiftung, Service civil pour la paix, Ajp Cedes Foumban, Saare Tabitha, développement sans frontière et le Zenü network, «environ 7% des enquêtés pensent aussi qu’il existe d’autres raisons que celles proposées dans le questionnaire. Des raisons parmi lesquelles l’échec au concours, l’ignorance, l’analphabétisme, le divorce des parents et la maltraitance.»

Manipulations politiques

L’étude mené par le Service civil pour la paix au Cameroun, dans six régions- Adamaoua, Centre, Est, Extrême-Nord, Nord et Ouest-  révèle que 10% des jeunes pensent que «les activités des groupes armés sont principalement la conséquence des manigances politiques». Des organisations qui, selon ces jeunes, sont l’émanation des leaders qui veulent garder ou conquérir le pouvoir. Mis en exergue, 17,5% des jeunes de la région de l’Est partagent cette opinion. Dans la région de l’extrême-Nord, l’on évoque «l’incapacité pour l’Etat d’assurer la sécurité aux frontières». Dans le même temps, 5% des jeunes interrogés, dans toutes les régions du Cameroun, évoquent des susceptibilités d’engagement liées aux causes tribales ou communautaires. Dans le département du Noun, note le rapport, une petite tendance évoque l’influence des forces externes dans la Constitution des groupes armés au Cameroun.

 

Comment l’Etat peut combattre les groupes armés ?

Les jeunes voient trois principaux axes sur lesquels l’Etat doit travailler pour prévenir l’enrôlement des jeunes et le développement des groupes armés. A travers les réponses que les jeunes donnent, on voit qu’ils ont compris que la force seule ne peut résoudre durablement le problème, mais que les causes sont plus profondes et doivent être traitées avec précaution. Le choix le plus plébiscité avec 43% est que l’Etat doit avant tout créer des emplois pour la jeunesse. Certains évoquant notamment la nécessité de valoriser le travail informel qui doit faire l’objet d’un suivi par l’Etat.

Les militaires qui sont impliqués dans cette opération présentent visiblement le même phénotype. Or, l'armée camerounaise est une armée qui réunit, en son sein,

Des soldats du BIR au front.

Le choix d’utiliser les forces de défense arrivant en seconde position avec 38%, puis de manière plus générale, l’Etat doit remplir sa mission d’améliorer les conditions de vie des populations (31,5%) s’il veut régler durablement le problème des groupes armés en empêcher les jeunes de s’y engager. Les jeunes ont notamment parlé ici d’éducation et de justice sociale. De manière plus localisée, le contrôle des frontières (15,5%) et le renforcement de la collaboration entre l’armée et la population (17,5%) sont les deux autres propositions souhaitées par les jeunes, notamment à l’Est, dans l’Adamaoua et dans l’Extrême-Nord.

Les jeunes sont donc conscients qu’il y a un besoin de resserrer les liens entre la population et les autorités pour combattre ce fléau, un besoin de confiance en accédant à de bonnes informations et pas seulement à travers les rumeurs. A ce propos, 15% de jeunes pensent aussi que le recrutement dans l’armée constitue une solution que l’Etat doit continuer à mettre en œuvre, mais beaucoup précise qu’il faut renforcer le niveau d’instruction militaire (la préparation) et surtout être plus rigoureux dans le recrutement.

Lire aussi :Lutte contre Boko Haram : La Force mixte multinationale met la main sur des terroristes

On note aussi que de nombreuses personnes interrogées (près de 22%) ont voulu proposer d’autres solutions. Parmi les plus répandues, on trouve d’abord les questions de démocratie et d’alternance politique (5%), idée très partagée par les jeunes de l’Extrême-Nord (11%). Le travail avec les jeunes particulièrement sur la sensibilisation est aussi une solution exprimée. Enfin la nécessité du dialogue, voire de la négociation avec certains groupes a été émise par quelques jeunes, notamment à l’Est et à l’Ouest.

J.O.N.

Share.

About Author

Leave A Reply