Cabrel Nana : «C’était une excellente occasion d’avoir été la voix des agriculteurs aux Nations Unies»

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Expert en économie agricole et diplômé à l’Université de Reading au Royaume-Uni, ce jeune Camerounais revient sur son invitation par les Nations Unies à la cérémonie de lancement de la Décennie de l’Agriculture familiale. Elle a eu lieu du  27 au 29 mai à Rome en Italie.

Vous étiez  au mois de mai dernier l’invité de deux sous organismes des Nations Unies à savoir la Fao (Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) et le Fiad (Fonds International pour le Développement Agricole). Quel était l’objet de cette invitation ?

J’ai eu l’honneur d’être invité par les Nations Unies pour participer au lancement officiel de la Décennie de l’agriculture familiale dans le monde dont la cérémonie  a eu lieu le 29 mai à Rome.

Qu’est ce que le commun des mortels devrait entendre par Décennie de l’Agriculture familiale ?

Il est important de noter que les agriculteurs  familiaux ont été négligés pendant très longtemps alors qu’ils produisent la plus grande partie de nourriture dans le monde. La Décennie de l’agriculture familiale que vient de lancer les Nations Unies à travers la Fao et le Fiad est donc un plan global  fournissant des orientations détaillées à la communauté  internationale pour mener des actions collectives, cohérentes visant à  promouvoir l’agriculture familiale sur dix ans (2019 à 2028). Avec pour objectif d’éliminer la faim, la malnutrition et l’extrême pauvreté dans le cadre du programme de développement durable à l’horizon 2030.

Quelles sont les statistiques  de l’agriculture familiale aujourd’hui dans le monde ?

Les exploitations agricoles familiales représentent 90% des fermes à travers le monde. Elles produisent 80% de la nourriture mondiale en termes de valeur. Ce sont des éléments indispensables en mesure de stimuler le développement durable et contribuer à la lutte contre la faim et la malnutrition sous toutes ses formes.

Alors qu’ils produisent 80% de la nourriture mondiale, les agriculteurs familiaux sont les plus affamés et les plus sous-alimentés. Qu’est ce qui explique ce paradoxe ?

Ce paradoxe peut être attribué à un certain nombre de facteurs. Premièrement, les agriculteurs ont un accès limité aux ressources productives telles que les intrants, la technologie, les finances ainsi que les connaissances techniques pour améliorer la production. Cela a conduit à une faible productivité et par conséquent à un faible revenu. Ce qui empêche les agriculteurs de se procurer d’autres produits alimentaires  qu’ils ne peuvent pas produire. Deuxièmement, nous avons les conflits  qui sévissent un peu partout en Afrique qui ont empêché à plusieurs agriculteurs de fuir leurs activités et d’autres de   s’engager. C’est le cas au Soudan du Sud, dans la partie Nord du Nigéria et du Cameroun. Et, plus récemment, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Enfin, nous avons l’impact du changement climatique qui a conduit à des bouleversements météorologiques extrêmes.

Toujours les mêmes types de contradictions, 50% de la main d’œuvre agricole est assurée par les femmes mais elles possèdent moins 15% de terres agricoles. Comment faire pour  renverser cette tendance ?

Pour renverser cette tendance, l’engagement politique et la prise d’actions opportunes sont essentiels. Il est nécessaire de promouvoir un cadre politique, juridique et organisationnel garantissant aux femmes  et aux filles l’égalité d’accès, de contrôle et de droits fonciers sur la terre et les ressources naturelles indépendamment de leur statut civil et matrimonial, en particulier dans les cultures dominantes où les femmes n’ont aucun droit de succession.

Cette main d’œuvre, avec une moyenne d’âge de 60 ans a besoin d’un rajeunissement. Que faut-il faire pour convaincre les jeunes portés plus vers les  Tic, à s’intéresser et à se lancer dans l’agriculture ?

Cela peut être rendu possible grâce à la mise en place d’infrastructures de base dans les zones rurales telles que l’eau potable, les hôpitaux, les routes, l’électricité et internet, etc. Les jeunes sont des natifs   du numérique et il est difficile pour eux de s’installer  dans les zones rurales, souvent délocalisées des infrastructures numériques de base. Et l’augmentation de la jeunesse dans l’agriculture accélèrera l’utilisation de l’intelligence artificielle, des drones, des tracteurs automatisés et de la robotique dans ce secteur.

En somme, qu’est ce que vous a apporté cette rencontre avec les différents acteurs de l’agriculture mondiale ?

Mes échanges avec les différentes parties prenantes m’ont donné un sentiment d’espoir et de foi en l’avenir. En plus, c’était une excellente occasion pour moi d’avoir été la voix des agriculteurs aux Nations Unies et contribué au développement d’une vision collective de l’agriculture. On espère  tout simplement que toutes les résolutions seront appliquées.

Recueillis par Félix EPEE

 

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