Vatican au chevet du « maillon fort » : enjeux géopolitiques et géostratégiques de la visite tu Pape Léon XIV au Cameroun
L’annonce de la visite du Pape Léon XIV au Cameroun, du 15 au 18 avril 2026, dépasse largement le cadre d’une simple pérégrination pastorale (Voyage ou déplacement effectué par pasteur, un prêtre ou un responsable religieux dans le but de visiter et de soutenir les communautés chrétiennes ou fidèles de son église). Dans le théâtre complexe de l’Afrique centrale, où le Cameroun fait figure d’État-pivot, cette visite s’apparente à une opération de haute diplomatie. Entre la défense d’intérêts temporels massifs, la gestion d’un clergé local en rébellion et la concurrence féroce des Églises de réveil, le Saint-Siège déploie ici une stratégie de survie et d’influence.
I- LE VATICAN COMME PUISSANCE ÉTATIQUE : LA DÉFENSE DU « PATRIMOINE »
Il faut d’abord lire cette visite comme celle d’un Chef d’État. Le Vatican est une puissance immobilière, éducative et sanitaire de premier plan au Cameroun. Des collèges de prestige aux structures hospitalières de référence, l’Église catholique gère un empire économique colossal qui nécessite une stabilité politique pour prospérer. En plus avec l’entrée récente de son capital en bourses , cet empire économique colossal représente de nombreux actifs qu’il faudrait sécuriser. Dans un contexte de transition incertaine à la tête de l’État, Léon XIV vient sécuriser les acquis fonciers et institutionnels de l’Église Catholique au Cameroun. Il s’agit de s’assurer que, quel que soit l’après-Biya, les privilèges du concordat tacite entre Yaoundé et Rome demeurent intacts.
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II- UNE ÉGLISE FACE À L’HÉMORRAGIE : LE DÉFI DE LA CONCURRENCE SPIRITUELLE
Le choix de Douala et Bamenda dans l’itinéraire n’est pas anodin. Le catholicisme camerounais est en recul, pris en étau entre un islam sahélien en expansion et, surtout, la déferlante des Églises de réveil. Ces dernières (Églises de Reveil) séduisent par un discours de prospérité immédiate et une proximité émotionnelle que la liturgie romaine, jugée trop rigide ou trop proche du pouvoir, peine à offrir. En venant en personne, le Pape tente de ré-enchanter la marque « Catholique » et de stopper l’érosion de ses fidèles vers ces nouveaux centres de pouvoir spirituel et financier.
III- LA DISCIPLINE DU CLERGÉ : RECADRER LES « PRÉLATS POLITIQUES »
L’un des enjeux majeurs de cette visite sera l’audience avec les évêques le 18 avril. Le Saint-Siège est préoccupé par la politisation outrancière de son clergé.
– Le spectre du « Bon Diable » : Les positions de Mgr Samuel Kleda, perçu comme un opposant en soutane, et les sorties incendiaires de l’Évêque de Yagoua — appelant de ses vœux le « Diable » (en référence au surnom donné par certains à la figure de proue de l’opposition lors de la crise post-électorale) pour remplacer l’ordre établi — ont créé un malaise diplomatique.
– L’unité de l’Église : Rome n’aime pas que ses prélats se substituent aux partis politiques. Le Pape vient rappeler que si l’Église doit être la voix des sans-voix, elle ne doit pas devenir le bras armé d’une faction. Léon XIV vient siffler la fin de la récréation pour éviter que l’institution ne se fragmente suivant les lignes de fracture ethnico-politiques du pays.
IV- L’OMBRE DES MARTYRS : ASSASSINATS DE PRÉLATS ET IMPUNITÉ
Le lien entre cette visite et les décès non élucidés de nombreux clercs (de Mgr Benoît Bala à d’autres prêtres et religieuses) est en filigrane de chaque étape. En rencontrant la pré-éminence diplomatique et institutionnelle du Cameroun S.E Paul Biya le premier jour, le Pape apporte certes une forme de légitimité internationale au patriarche de Yaoundé, mais il porte aussi, dans le secret de l’audience, la douleur d’une Église qui attend des réponses. Ces assassinats, souvent perçus comme des messages d’intimidation du « régime » ou de factions sécuritaires envers une Église trop curieuse, sont des points de friction que le Vatican souhaite apurer pour normaliser ses relations avec l’appareil d’État.
V- GÉOSTRATÉGIE DE LA PAIX : BAMENDA ET LE MESSAGE AUX SÉCESSIONNISTES
Le déplacement à Bamenda le 16 avril est l’acte le plus risqué et le plus stratégique. En s’aventurant en zone d’expression « anglophone », le Pape se positionne comme le seul médiateur crédible là où les organisations internationales ont échoué. Le Vatican sait que le Cameroun est le verrou de la sous-région CEMAC. Si le Cameroun bascule, c’est toute l’Afrique centrale qui s’embrase. Par ce message de « réconciliation », Léon XIV tente de désamorcer la bombe identitaire qui menace ses propres structures diocésaines dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
CONCLUSION : UNE VISITE DE STABILISATION
En définitive, la venue du Pape Léon XIV est une opération de Realpolitik. Au-delà de la messe au stade Ahmadou Ahidjo, il s’agit de :
1- Réaffirmer la primauté catholique face aux Églises de réveil.
2- Sanctuariser les investissements du Vatican.
3- Neutraliser les dérives politiques d’un clergé local trop turbulent.
4- Peser sur la transition politique en cours en jouant les intercesseurs de luxe
Le Cameroun ne reçoit pas seulement un « Homme de Dieu », il reçoit le garant d’un ordre moral et diplomatique ancien qui refuse de voir son influence s’effriter dans l’un de ses bastions les plus stratégiques d’Afrique subsaharienne.
Par Charly KENGNE
Géostratège






