Depuis fin 2025, l’Europe est secouée par une série de rappels massifs de laits infantiles impliquant de grands groupes agroalimentaires comme Nestlé et Lactalis. À l’origine : la détection de céréulide, une toxine produite par la bactérie Bacillus cereus, susceptible de provoquer des troubles digestifs graves chez les nourrissons. L’alerte débute aux Pays-Bas, avant de se propager à l’ensemble de l’espace européen via le système d’alerte sanitaire. Des dizaines de lots, puis des centaines de références, sont retirés du marché dans plus de 50 pays. Cette crise prend une dimension critique en France, où plusieurs hospitalisations et au moins trois décès de nourrissons sont signalés, sans lien de causalité formel mais dans un contexte fortement suspect.
Face à cette situation, les autorités européennes activent le principe de précaution à travers les retraits massifs, traçabilité renforcée et communication publique. L’objectif est double : contenir le risque sanitaire et préserver la confiance des consommateurs dans une industrie déjà fragilisée par des scandales antérieurs.
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Une onde de choc surveillée au Cameroun
Au Cameroun, la réaction est plus nuancée. Les autorités sanitaires affirment que les produits commercialisés localement (notamment Guigoz et NAN) ne sont pas concernés par les rappels européens. La marque NURSIE par contre est mentionnée explicitement dans un communiqué du Ministre de la Santé Publique comme étant suspendue de commercialisation sur le territoire camerounais en vertu du principe de précaution.
Cette position traduit une stratégie attentiste : éviter la panique tout en surveillant les flux d’importation. En pratique, il ne s’agit pas d’une interdiction généralisée des laits infantiles, mais plutôt d’un contrôle renforcé et d’une vigilance réglementaire accrue. Certains lots incriminés à l’étranger sont retirés du circuit international, limitant leur arrivée sur le marché camerounais. Cependant, cette gestion soulève des interrogations relatives à la capacité réelle de traçabilité des produits importés ; dépendance aux décisions prises en Europe ; perception du risque par les consommateurs locaux.
Entre mémoire collective et défi de souveraineté sanitaire
Le contexte camerounais est marqué par une méfiance historique vis-à-vis des multinationales du lait infantile, nourrie par des controverses passées impliquant notamment Nestlé en Afrique. Ainsi, chaque crise ravive un débat structurel. Les pays africains sont-ils des marchés secondaires pour des produits à risque ? Même si aucun lien direct n’est établi entre les produits vendus au Cameroun et ceux rappelés en Europe, la crise met en lumière la nécessité des laboratoires capables de détecter localement des toxines complexes comme la céréulide ; l’importance d’une réglementation autonome, non dépendante des alertes européennes ; le besoin d’une communication transparente pour éviter psychose ou désinformation.
Le rappel des laits infantiles en Europe illustre une faille ponctuelle mais critique dans une chaîne agroalimentaire mondialisée. Au Cameroun, l’absence d’interdiction généralisée reflète une gestion prudente, mais expose aussi les limites d’un système encore dépendant de l’expertise extérieure. Au-delà de la crise, l’enjeu est clair : passer d’une posture réactive à une véritable souveraineté sanitaire, capable d’anticiper, contrôler et rassurer durablement.
Léonel AKOSSO






