Entre traditions sawa, reggae et sonorités modernes, Patou Mangamba trace un pont musical entre l’Afrique, l’Europe et les Caraïbes. L’Ep, ( extended play, ndlr) Djudju Fever affirme une identité artistique africaine, mais résolument tournée vers le monde.
LVDK : Qui est Patou Mangamba et comment t’est venu l’amour de la musique ?
Je suis né sur le Littoral du Cameroun. J’ai grandi auprès de mes grands-parents, maîtres du chant traditionnel sawa, le ngosso. C’est à leurs côtés que j’ai appris à écouter, à ressentir et à respecter la puissance des mélodies ancestrales. Très tôt, je me suis imprégné de ces rythmes, développant une technique et une sensibilité que je porterai plus tard dans ma propre musique.
LVDK : Vous ne vous séparez plus de votre guitare acoustique. Où avez-vous appris à jouer cet instrument ?
Au début des années 2000, alors que je n’étais encore qu’un adolescent, je fais la rencontre de Bebson, bassiste reconnu localement, cette rencontre sera un tournant décisif de mon avenir. Il est devenu mon maître et mon mentor. Avec lui, j’ai fait mes premiers pas à la guitare basse avant de me tourner vers la guitare acoustique, qui est rapidement devenue mon instrument de prédilection. C’est avec elle que je compose, elle m’accompagne au chant et je donne vie à mes émotions.
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LVDK : Comment s’est construit votre univers musical ?
Mon univers musical s’est construit à la croisée des chemins : teinté de makossa et de blues, nourri par les sonorités des pays voisins, profondément marqué par les musiques mandingues et bantoues. La découverte d’artistes comme Mangala Camara, Victor Démé, Richard Bona ou encore Douleur a été déterminante. Leur authenticité et leur profondeur m’ont inspiré à tracer mon propre chemin, entre tradition et modernité.
LVDK : A quel moment votre carrière a- t-elle véritablement pris forme ?
Ma carrière a véritablement pris forme en 2018, lorsque j’ai rencontré Marsi Essomba, slameur, poète et musicien. Ensemble, nous avons partagé mes premières scènes live, mes premières émotions face au public. Puis j’ai croisé la route d’Alexis Friedmann, artiste français engagé et président de l’association Step By Step. Touché par mon univers, il a décidé de m’accompagner en tant que manager. Grâce à lui, j’ai pu structurer mon travail et développer plusieurs projets en collaboration avec des musiciens venus d’horizons divers. C’est ainsi qu’est née l’aventure Djudju Fever.
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LVDK : Comment est né le projet Djudju Fever ?
Tout a commencé au cœur du Cameroun, lorsque nos univers se sont rencontrés autour d’une même vibration : la musique, le partage et nos racines africaines. Ma voix, habitée et terrienne, porte l’Afrique d’aujourd’hui, ses espoirs, ses luttes, sa lumière. À Douala, dans le quartier de Beedi, Alexis découvre ma musique et ressent immédiatement le désir de créer avec moi. Très vite, il associe au projet son ami d’enfance Edwin Cardot, beatmaker et directeur de studio, passionné de reggae et de sonorités caribéennes. Edwin collabore régulièrement avec Romain Andrieu et a travaillé avec des artistes internationaux tels que Soom T, Sael, Queen Omega ou encore Vanzo en Jamaïque. Dès nos premiers échanges, la connexion est évidente. Entre Douala, Paris et Kingston, les idées circulent, les sons voyagent, et une musique sans frontières prend forme, fusion des rythmes africains, de la chaleur du reggae, des textures électroniques et de l’énergie pop. De cette effervescence est né l’EP Djudju Fever, un projet vibrant de six titres, empreint de sincérité et de groove. Pour sublimer le son, Edwin fait appel à Clément Tamal pour le mixage au studio La Kapsule, puis à Alex Psaroudakis à New York pour un mastering à la hauteur de nos ambitions. Le projet est soutenu par le label Greatest Trees, cofondé par Edwin Cardot et Théophane Delaloy, puis signé avec Baco Distribution pour sa diffusion physique et digitale. Ainsi s’est scellée une union entre l’Afrique et l’Europe, entre les racines et la modernité.
LVDK : Pouvez-vous nous faire une description de cet Ep et qu’est ce qu’il représente pour vous ?
Aujourd’hui finalisé, Djudju Fever marque une étape fondatrice dans ma carrière. Il est composé de six titres : Everytime, Casanova, Long Life, Day by Day, Follow Money et Angela. Il offre une immersion dans mon univers : celui d’une Afrique contemporaine, vibrante et inventive, profondément enracinée mais ouverte au monde. À travers Angela, je chante un amour passionnel, entre désir et nostalgie. Avec Day by Day, j’explore l’attirance, la tentation et la dualité entre passion et sagesse sur un rythme afro-groovy.
Dans Casanova, je me présente sans artifice, revendiquant un amour sincère, loin des apparences. Everytime est sans doute le titre le plus intime : un hommage bouleversant à ma mère disparue, où la douleur devient force et gratitude. Follow Money parle de détermination, de survie et de lucidité face aux illusions du succès. Enfin, Long Life est une prière musicale, un message d’amour, de paix et de résilience adressé à tous ceux qui luttent et espèrent.
Entretien avec Blanchard BIHEL






