La crise sociale à la mairie d’Edéa II n’a fait que s’enliser. Un week-end de pourparlers n’a rien résolu, et les agents grévistes, toujours privés de 26 mois de salaire, promettent désormais une « accélération » de leur mouvement à partir de ce lundi 22 décembre.
Alors que le conflit entre dans sa deuxième semaine, une réunion de sortie de crise a tourné au fiasco, révélant un niveau de mépris et de division qui enterre tout espoir de résolution rapide.
Comme le rappelle le préavis de grève du 2 décembre, le personnel communal réclame le paiement de 26 mois d’arriérés de salaires, s’étalant sur les deux mandats de l’actuel maire, Mbei Nje (2019-2025). Une dernière proposition de médiation du maire, le 10 décembre, offrant le paiement d’un seul mois, a été rejetée. Les agents, en grève depuis le 12 décembre, exigent le versement immédiat de 4 mois, un échéancier pour le reliquat et l’apurement des dettes sociales.
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Le vendredi 19 décembre dernier, une réunion tripartite convoquée par quelques conseillers municipaux « soucieux de mettre un terme à la grève pour faciliter… la perception d’importantes indemnités » selon la correspondance du personnel qui est parvenue à notre rédaction, a accouché d’une escalade verbale. Les agents dénoncent des « propositions farfelues », dont celle, choquante, du conseiller Mbiang Dieudonné, qui a préconisé « le licenciement immédiat et sans vergogne du personnel en grève ».
Mais c’est l’attitude du maire qui a mis le feu aux poudres. Les grévistes l’accusent d’un « mépris débordant » et d’une « humiliante indécence », affirmant qu’« aucune solution prompte » n’a été envisagée. Pire, ils dénoncent des représailles : « Le maire a demandé à son [Secrétaire Particulier] de nous dresser des demandes d’explications » pour leur participation à la grève, une pratique illégale en droit social.
Gestion opaque
La légitimité de la colère des grévistes repose sur un paradoxe financier qu’ils soulignent avec insistance. Ils contestent la thèse d’une insuffisance budgétaire, pointant du doigt une gestion opaque de recettes qu’ils estiment substantielles. « Avec quatre carrières de sable, le motel, les galeries commerciales… cet argent sert à quoi ? À leur propre bouche ! », s’insurge un gréviste. Ils affirment que les « importantes recettes propres sont gérées en dehors de toute comptabilité communale normale », sans ordres de recette quotidiens, notamment pour l’exploitation des carrières de sable.
Leurs accusations sont précises : le receveur municipal, M. Nyobe Marc Fabrice, est décrit comme « juge et parti », ayant selon eux écarté les postes de contrôle interne (caissier principal, billeteur). Ils l’accusent, ainsi que le maire, de ne pas être concernés par les arriérés, tandis qu’eux « croupissent dans 26 mois d’impayés ».
L’omerta qui en dit long
Interrogé pour clarifier la situation budgétaire, le receveur municipal a opposé un refus catégorique de s’exprimer, invoquant un « droit de réserve », affirme-t-il. Et poursuivant « Le maire est élu pour un mandat et c’est lui qui gère sa mairie. Je ne suis à la mairie que pour un travail précis. Si ma responsabilité est engagée, je vais répondre », a-t-il déclaré. Ce mutisme, dans un contexte de crise aiguë, renforce les perceptions d’opacité et nourrit les suspicions des agents sur la gestion des fonds.
Du côté du maire Mbei Nje, malgré nos multiples sollicitations, aucune réponse n’est venue éclairer ces nouvelles accusations ou le fiasco de la réunion du 19 décembre. Son silence contraste avec sa communication antérieure, où il rejetait la faute sur des « mains de l’ombre » et des dysfonctionnements administratifs.
La légitimité renforcée des grévistes
Face à ce blocage institutionnel et à l’absence de dialogue constructif, la démarche des grévistes apparaît plus que jamais légitime. Le droit du travail est sans équivoque : le salaire est une dette prioritaire. Leur lutte dépasse la simple revendication pécuniaire ; elle est un combat pour la transparence et contre l’humiliation systémique. Le fait qu’ils aient saisi la tutelle administrative – en vain, les injonctions du préfet et du ministre étant restées « lettre morte » – démontre qu’ils ont épuisé tous les recours avant d’en arriver à la grève.
La situation à Edéa II a muté d’un conflit salarial à une crise de gouvernance totale. L’incapacité à organiser un dialogue social apaisé, les accusations graves de détournement de la fonction publique à des fins de représailles, et l’opacité financière persistante placent la municipalité en défaut de ses obligations les plus élémentaires. Les agents, déterminés, promettent d’intensifier leur mouvement. Le bras de fer se poursuit, mais l’heure n’est plus à la médiation : elle est à la reddition des comptes et à l’établissement clair des responsabilités, tant administratives que pénales, qui pourraient découler de cette gestion calamiteuse. La crédibilité de l’institution municipale est désormais en jeu.
Cheikh Malcolm Radykhal EPANDA






