Dans l’arrondissement de Diang dans l’Est Cameroun, c’est le silence qui parle en ce moment. Un silence laissé par des hommes qui portaient sur leurs épaules les espoirs de toute une communauté.
On ne raconte pas une tragédie. On la constate. En moins de trois ans, l’arrondissement de Diang, dans le département du Lom-et-Djèrem, a vu s’éteindre successivement quatre de ses fils les plus illustres. Il s’agit d’élites, pour ne pas dire de piliers.
En décembre 2022, c’est d’abord l’Honorable Bienvenu Tak, Député, qui nous quittait des suites d’une maladie. Un homme de parole, disent ceux qui l’ont connu. Un orateur respecté à l’Assemblée nationale. À l’époque, on a pleuré l’élu. On ne savait pas encore que le deuil était loin d’être fini.
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Puis, en août 2025, nouvelle onde de choc. Le Maire, Alain Wilfried Menganas. Celui qu’on surnommait « le bâtisseur infatigable », s’est éteint à son tour à l’hôpital général de Yaoundé. Lui aussi, dit-on, rongé par une longue maladie. Il a laissé derrière lui une commune qu’il tentait de sortir de l’ornière, notamment en luttant contre les braderies foncières. Et comme si le ciel ne s’était pas encore vidé de ses larmes, la tristesse a frappé à nouveau. Peu après, c’est Zacharie Ngbwa, Président du Conseil d’Administration (PCA) de la SODECAO (Société de Développement du Cacao), qui s’est éteint. Un homme dont la discrétion n’avait d’égale que l’engagement discret mais efficace pour le tissu économique local et national. Son départ a ajouté une couche de plus à ce deuil collectif. Mais le plus dur restait à venir. Il y a quelques jours, un nouveau coup dur a endeuillé Diang. Hubert Nde Sambone, le Directeur général de l’ANIF (Agence Nationale des Investigations Financières), est décédé à son tour, emporté lui aussi par une longue maladie.
Une simple coïncidence trop lourde ?
Peut-être, parce que la raison nous souffle le mot « coïncidence ». Car en effet, la maladie ne choisit ni ses victimes ni les dates sur le calendrier. Et officiellement, on évoque pour chacun des cas de « suites de maladie ». Rien d’inexpliqué a priori. Rien de suspect, officiellement. Pourtant, dans les chaumières de Diang, les langues commencent à se délier doucement à voix basse. Comment se fait-il que quatre personnalités influentes de cette localité disparaissent en si peu de temps ? C’est ce qui s’appelle « décimer l’élite ». Certains chuchotent cette thèse, tandis que d’autres, plus mesurés, se contentent de compter les cercueils.
Alors, qui décime les élites de Diang ? Si l’on s’en tient aux faits, rien ne permet d’accuser une main cachée. Les hôpitaux parlent de maladies, les familles de fatigue et de douleurs silencieuses. Mais pour le citoyen lambda, cette série de décès ressemble à une hémorragie. Quand un député, un maire, un PCA et un Directeur général partent en si peu de temps, ce n’est pas seulement quatre vies qui s’arrêtent. Ce sont quatre moteurs qui coulent. Le développement local, la représentation nationale, la gouvernance des filières agricoles, la lutte contre la corruption…, tous ces combats perdent leurs meilleurs soldats.
A.G.O.






