Annoncé en grande pompe par le président de la commission de la Cemac, le débat sur le Fcfa est tombé dans le déni de conscience des chefs d’Etat.
Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Au regard de l’embrouillamini dans lequel baignent les chefs d’Etat des pays de la zone Franc, la question, pour insidieuse qu’elle est, vaut tout son pesant d’argent. En février, alors que l’espace africain et occidental est agité par des positions anti Fcfa, le président de la commission de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale (Cemac) saisi la balle au bond, du moins c’est ce qu’il laisse croire. En février dernier, le Pr. Daniel Ona Ondo annonce sur sa page Facebook, un grand débat sur le Franc Cfa, à l’occasion de la 14ème session ordinaire de la conférence des Chefs d’Etat de la Cemac. «Mon rôle est de voir, à partir de tout ce qui se dit aujourd’hui, comment il faut relancer la machine. En tant qu’Africains, c’est à nous seuls et à nous seuls de savoir si le FCFA est bon pour nous. Pour relancer la machine dans la zone Franc, si on estime à tort ou à raison, qu’il faut sortir du FCFA, qu’il faut sortir des relations avec la France, c’est en toute souveraineté,…il ne faut pas qu’on le fasse sur un coup de tête», écrit-il. Les pourfendeurs de la monnaie coloniale qui se frappe encore en France sont on ne peut plus enthousiastes. «Enfin, le débat sera ouvert, et nos six chefs d’Etat pourront unir leurs énergies et aider l’Afrique à vomir ce Franc français», espérait-on. Quel mirage !

Le 14ème sommet du 24 mars 2019 n’a été qu’un pétard mouillé. Entre espoirs et espérances, perspectives économiques et conjectures sur le taux de croissance qu’on voyait prendre du poil de la bête, le rêve n’a duré que le temps d’un battement de cils. La question du Fcfa n’a même été pas au menu des travaux. Les chefs d’Etat et de gouvernement présents, les économistes et autres panélistes ont parlé notamment de la libre circulation des personnes et des biens en zone Cemac, la liquidation de la Compagnie Communautaire Air-Cemac, du financement de la communauté, de la nomination de Monsieur Bemba Beral au poste de Secrétaire Général Permanent du Système de la Carte Rose Cemac… Toutes les assurances données par certains économistes qui voyaient que la révolution de cette monnaie donnera un nouveau visage au démantèlement des barrières douanières, aux programmes d’ajustement structurel et à la gestion erratique des finances publiques non sans contribuer à redynamiser les économies de la zone, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.
Le grand tabou
Où est passé le débat sur le Fcfa ? Reste-t-il encore aussi tabou entre les dirigeants de la zone Cemac ? Pourtant Idriss Deby Itno, président sortant de la Cemac faisait montre d’une certaine liberté de ton sur le sujet. Il a eu à marteler aux médias que «Le moment est venu de revoir en profondeur les accords monétaires qui nous lient avec la France. C’est un très bon débat qui ne doit pas être un sujet tabou. Il y a des divergences parce que d’aucuns la défendent quand d’autres la jugent comme une forme de colonisation. Il est indéniable que la situation actuelle où le compte d’opérations des exportations de 14 pays africains est géré par le Trésor d’un pays européen, fut-il, l’ancienne puissance coloniale, ne peut plus continuer». Pourquoi a-t-il donc revu sa copie en faisant le black out sur le Fcfa ?
Les questions fusent sur cette omerta des dirigeants de la Cemac. Est-ce du cinéma, de la frousse, de l’esclavagisme volontaire… ? L’incompréhension est à son apogée. Surtout quand on écoute les analyses d’experts à travers le monde qui concluent à l’impossible développement de l’Afrique avec le Fcfa. C’est le cas de l’Economiste et conseiller financier, Olivier Delamarche. Sur le plateau de Cash de la chaîne Rt France, il affirme : «Il faut sortir du Fcfa. On essaie d’imposer une monnaie fixe à des pays qui n’ont absolument pas le même modèle. C’est délirant. C’est bien de récupérer la monnaie parce que vous récupérer votre souveraineté, c’est un préalable à tout.» Dans une interview accordée à Rfi, la journaliste indépendante Fanny Pigeaud, co-auteur de «L’arme invisible de la Françafrique» explique : «Si on voit la trajectoire, l’évolution économique de tous les pays concernés, on voit qu’il n’y a quasiment pas eu d’évolution économique. Il n’y a pas eu d’industrialisation depuis 1960 ou depuis la création de ce franc CFA, qui a maintenant plus de soixante-dix ans.» Le vice-président du Conseil italien, Luigi Di Maio, accuse également cette monnaie d’empêcher le développement de l’Afrique.
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Le départ du Fmi
L’économiste camerounais Babissakana relève chez nos confrères de La Tribune Afrique : « Un Etat moderne n’existe pas sans sa banque centrale. C’est un attribut de souveraineté existentiel comme le territoire, la population, l’armée et le trésor public. Pour chaque Etat, la banque centrale est l’institution publique chargée de la politique monétaire qui consiste à fournir de manière adéquate les flux d’argent et de crédit dans l’économie de la nation. C’est une institution qui est donc au cœur même de l’existence d’un Etat, de sa souveraineté, de sa performance, de sa puissance et donc des conditions de vie ou du bien-être de sa population.» Par quel entendement, justifier le silence des dirigeants africains de la sous région ?
A en croire Fanny Pigeaud, nos dirigeants souffrent de frilosité. «Le compte d’opérations créé par la France n’existe nulle part ailleurs. Il oblige à passer systématiquement par l’euro et par le Trésor français. On imagine bien que cela donne un pouvoir important au gouvernement français. Quand il a besoin de faire pression sur un Etat, il peut passer par ce compte d’opérations. Il peut bloquer les opérations financières avec l’extérieur de ce pays. On l’a vu en Côte d’Ivoire en 2011… Mais il faut avoir un courage politique énorme pour s’engager sur cette voie, quand on est à la tête d’un pays africain.» C’est ce que le Chef d’Etat Ghanéen a fait, en claquant la porte au Fmi. Les colonies anglaises d’Afrique ont quitté le Currency Board, il y a 73 ans. Comme quoi, nos dirigeants manquent de c…
Valgadine TONGA