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AccueilCamerounÉconomieCession Socapalm-Opalm : au cœur d’une controverse industrielle, les faits résistent 

Cession Socapalm-Opalm : au cœur d’une controverse industrielle, les faits résistent 

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Présentée par certains comme un basculement stratégique dans la filière huile de palme, la cession du site d’Eséka alimente une controverse nourrie. Pourtant, l’examen des faits et du cadre réglementaire invite à dépasser les procès d’intention pour replacer l’opération dans une logique plus large de structuration de la production nationale.

La cession des plantations d’Eséka à Opalm, officialisée le 16 février 2026 avec l’aval de l’État, continue d’alimenter les controverses. Derrière les communiqués et les conférences de presse, deux lectures s’affrontent. Si d’un côté, les industriels de la deuxième transformation, dénoncent un risque de monopole et une menace pour leur approvisionnement, la Socapalm et ses actionnaires, présentent l’opération comme une réponse structurelle au déficit chronique de production nationale. Entre ces deux visions, une analyse méthodique permet de démêler le vrai du faux et de replacer le débat là où il doit se situer : comment produire davantage au Cameroun pour cesser de dépendre des importations ?

Le fantasme du monopole

Les textes critiques circulant dans la presse évoquent une « bataille pour le contrôle de la matière première » et redoutent l’émergence d’un acteur dominant capable de dicter ses lois au marché. Cette crainte, bien que compréhensible dans un contexte de tension sur les volumes, ignore un mécanisme fondamental de la filière : la répartition par quotas. En effet, un comité ad hoc piloté par le ministère du Commerce organise chaque mois la distribution de l’huile de palme brute entre les transformateurs. Dans ce cadre, aucun industriel, aussi intégré soit-il, ne peut décider seul de l’allocation des ressources. L’État, propriétaire du foncier et actionnaire de référence, demeure l’arbitre ultime.

L’argument selon lequel Opalm, en devenant producteur, priverait les autres transformateurs d’une ressource précieuse repose sur un raisonnement statique. Il suppose que la production nationale est une constante, et que toute augmentation de la consommation interne d’un acteur se fait mécaniquement au détriment des autres. Or, l’enjeu n’est pas la répartition d’un gâteau existant, mais l’augmentation de sa taille. Le Cameroun importe aujourd’hui près de 120 000 tonnes d’huile de palme par an, un chiffre qui a doublé ces dernières années. Dans un marché structurellement déficitaire, tout investissement dans la production primaire est une bonne nouvelle pour l’ensemble de la filière. En sécurisant sa propre matière première, Opalm diminue d’autant sa pression sur les quotas communs, libérant des volumes pour les autres transformateurs. Loin de créer une pénurie, l’intégration verticale peut, à terme, desserrer la contrainte.

Lire aussi :  Cession Socapalm-Eséka à Opalm : emplois préservés et nouvelle dynamique pour la filière huile de palme   

Lire aussi : Germain Jules Kamta : « L’État est  actionnaire de la Socapalm, et un acteur incontournable. Cette cession s’effectue avec son aval »  

Lire aussi :Filière palmier à huile : la Socapalm transfère sa plantation d’Eséka à la société Opalm   

Transition et continuité sociale

Les accusations de « transfert d’actifs stratégiques » et de « perte de souveraineté » traduisent une confusion entretenue sur le statut de la Socapalm et la nature des terres. Depuis sa privatisation en 2000, la Socapalm est une société anonyme de droit camerounais, détenue par des actionnaires privés et publics. Elle n’est pas un établissement public disposant librement d’un patrimoine national. La cession du site d’Eséka relève donc d’une décision de gestion d’entreprise, certes stratégique, mais juridiquement encadrée. Surtout, et c’est un point souvent ignoré, la Socapalm n’est pas propriétaire des terres. L’État du Cameroun en demeure le propriétaire exclusif et les concède sous forme de bail emphytéotique. L’opération ne porte donc pas sur le foncier, mais sur le droit d’exploitation industrielle. La souveraineté de l’État sur le territoire reste intacte.

Au-delà des considérations juridiques et économiques, il est important de mettre en avant des engagements concrets qui humanisent ce dossier. Maintien des emplois, préservation des droits des travailleurs, continuité des relations avec les communautés riveraines…, la reprise s’accompagne d’un dispositif de transition destiné à éviter toute rupture. Ces garanties, souvent absentes des discours alarmistes, rappellent que derrière les statistiques et les parts de marché, il y a des hommes et des femmes dont le sort est lié à la stabilité du site.

Lire aussi :Cession Socapalm Eséka : le pari d’une nouvelle architecture industrielle    

En définitive, la controverse autour d’Eséka agit comme un révélateur. Elle cristallise les inquiétudes d’une filière en tension, mais elle occulte l’essentiel. Le Cameroun consomme plus d’huile de palme qu’il n’en produit. Chaque année, le déficit se creuse et la facture d’importation s’alourdit. Dans ce contexte, la véritable question n’est pas de savoir s’il fallait céder Eséka à Opalm, mais comment le pays compte augmenter sa production pour nourrir son industrie et sa population. Le débat ne devrait pas opposer les transformateurs entre eux, mais les rassembler autour d’un objectif commun, celui de faire du Cameroun une puissance agro-industrielle capable de satisfaire ses propres besoins. La cession d’Eséka, avec l’aval de l’État et dans un cadre transparent, s’inscrit dans cette logique. Reste à savoir si les acteurs de la filière sauront, eux aussi, dépasser leurs querelles pour construire cette ambition collective.

À Eséka comme ailleurs, la vraie bataille ne se joue pas autour d’une plantation, mais autour d’une question simple : qui investira pour faire pousser l’huile de palme dont le Cameroun a besoin ?

Cheikh Malcolm EPANDA

 

 

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