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Cession Socapalm Eséka : le pari d’une nouvelle architecture industrielle

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Derrière l’annonce discrète de la reprise de la plantation de Socapalm par Opalm se cache une opération qui pourrait bien faire école. Loin d’un simple jeu d’écriture comptable, ce transfert raconte quelque chose de plus profond : une certaine idée de comment on construit, patiemment, une économie qui tient debout.

À première vue, c’est une transaction comme une autre. Socapalm cède un site, Opalm le reprend. Mais à regarder de près les discours, les précautions, l’attention portée aux hommes et aux femmes du site, on comprend qu’il se joue autre chose. D’abord, personne ne parle de « départ ». Le DG de Socapalm insiste : « Ni rupture, ni abandon ». Son homologue d’Opalm, lui, regarde devant : « Nous ne venons pas tourner une page, nous venons construire la suite ».

Traduction économique : il ne s’agit pas de désinvestir, mais de mieux investir. De réorganiser pour gagner en force. C’est la différence entre une logique d’empilement (accumuler des hectares) et une logique de projet (faire mieux avec ce qu’on a).

Lire aussi :Filière palmier à huile : la Socapalm transfère sa plantation d’Eséka à la société Opalm    

Trois grandes leçons ressortent de cette démarche stratégique, comme de ce qui s’annonce pour les dix prochaines années. D’abord une logique de consolidation. Le temps où l’on courait après l’extension permanente est peut-être en train de s’épuiser. Ce qui prime désormais, c’est la solidité. On préfère des acteurs solides sur leurs positions plutôt que des empires fragiles. Sur dix ans, cette philosophie peut transformer le visage de l’agro-industrie camerounaise : moins de dispersion, plus de performance.

Ensuite, une quête de souveraineté alimentaire. Le document le dit clairement : l’opération vise à renforcer la production nationale. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement vacillent, pouvoir compter sur son propre huile de palme, c’est une forme d’indépendance. Et l’indépendance, en économie, ça a un prix. Ça se construit.

Lire aussi :Germain Jules Kamta : « L’État est  actionnaire de la Socapalm, et un acteur incontournable. Cette cession s’effectue avec son aval »    

Enfin, une attention au capital humain. Les travailleurs d’Eséka ne sont pas des variables d’ajustement. Le discours d’Opalm les qualifie de « force, compétence et mémoire du terrain ». C’est rare pour être souligné. Dans une économie où l’on parle surtout de chiffres, rappeler que la productivité repose sur des femmes et des hommes qui connaissent leur métier, c’est poser un acte fort.

L’économie, une affaire de confiance

Ce qui frappe aussi dans cette opération, c’est la maîtrise du risque. Tout est pensé pour éviter la casse : prime de transition pour les employés, continuité des droits, dialogue avec les communautés locales.

Pourquoi tant de précautions ? Parce que dans l’économie réelle, la violence sociale coûte cher. Un conflit, une grève, une image écornée, et c’est la productivité qui s’effondre. En sécurisant l’humain, on sécurise l’investissement. C’est du pragmatisme, pas de la philanthropie.

Lire aussi :Cession de la plantation d’Eséka : comprendre une transition industrielle au-delà du communiqué    

Mais ce pragmatisme dit quelque chose de nouveau : au Cameroun aussi, on apprend à faire des transitions en douceur. À construire du consentement. À associer les parties prenantes. C’est peut-être ça, la maturité.

Un modèle à essaimer

Reste à savoir si ce modèle va essaimer. D’autres filières, notamment : cacao, caoutchouc, bois, pourraient s’en inspirer. L’idée est simple : plutôt que de laisser les acteurs s’éparpiller, mieux vaut les spécialiser. Plutôt que de brader le foncier, mieux vaut valoriser l’existant. Plutôt que d’ignorer les communautés, mieux vaut les intégrer.

La cession d’Eséka n’est pas un événement mondial. C’est une histoire locale. Mais elle porte en elle une question universelle : comment fait-on pour que l’économie profite à tous, sans laisser de blessés sur le bord de la route ?

Les dix prochaines années diront si ce transfert discret fut une exception ou le début d’une manière plus intelligente de faire des affaires. En attendant, une certitude : le silence n’est plus une option. L’économie, pour être durable, doit s’expliquer, se raconter, se justifier. C’est ce qu’ils ont fait à Eséka. C’est déjà ça de gagné.

Cheikh Malcolm EPANDA

 

 

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