Accusé notamment d’ingérence par le Cameroun, l’ambassadeur des Etats-Unis Peter Henry Barlerin tente une volteface à peine déguisée.
L’ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, Peter Henry Barlerin a répondu à la convocation du ministre des Relations extérieures du Cameroun, mardi 22 mai 2018. Une entrevue faisant suite au communiqué publié par l’ambassadeur, le 18 mai 2018, en prélude à la commémoration de la 46ème édition de la fête de l’Unité nationale du Cameroun. Le président Paul Biya l’avait reçu en audience la veille, soit le 17 mai. Dans son communiqué, Son Excellence Peter Henry Barlerin charge l’armée camerounaise. Qui serait responsable «d’assassinats ciblés dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest.» Il reconnaît aussi les exactions des terroristes, responsables de «meurtres de gendarmes, enlèvements de fonctionnaires et incendies d’écoles.» L’ambassadeur ne s’est pas contenté de ces déclarations. Tel un maître à son esclave, le diplomate demande à Paul Biya de ne pas se «représenter aux élections présidentielles».

Dans un communiqué lu sur les antennes de la Crtv –mercredi 23 mai 2018-, le ministre des Affaires extérieures livre le compte rendu de son échange du 22 mai avec le chef de mission diplomatique. Lejeune Mbella Mbella lui a «fait part de la vive désapprobation du gouvernement camerounais» vis-à-vis de cette «démarche qui viole tous les usages diplomatiques en la matière ainsi que les règles de civilités et de droits, tant dans la forme que dans le fond.» Dans la forme, dit-il, «les moments d’échange entre un chef d’Etat et un ambassadeur doivent être emprunts du plus haut degré de confidentialité et de réserve.» Sur le fond, le Minrex dit avoir reproché à l’ambassadeur «ses allégations totalement infondées dans le comportement des forces de défense et de sécurité du Cameroun, qui, malgré un harcèlement quasi quotidien et de fortes pertes humaines et matérielles, ont constamment gardé à l’esprit, avec professionnalisme et rigueur les règles d’engagement et du droit international humanitaire, dans un souci de préserver la vie, la liberté des citoyens ainsi que la paix…».
Ingérence

Lejeune Mbella Mbella rappelle à Peter Henry Barlerin que le président Biya «est le garant de la stabilité et de la Constitution Cameroun». Il l’invite à «respecter le peuple camerounais, notamment sa souveraine dans le choix de ses dirigeants… Paul Biya ne se maintient pas au pouvoir par la force. Le scrutin présidentiel prévu cette année sera organisé comme par le passé suivant les règles démocratiques qui s’imposent, et les Camerounais auront alors l’occasion d’exprimer librement leur volonté. Ils éliront celui qu’ils estimeront le plus à même de leur assurer sécurité et bien-être, tout en assurant un développement accru du pays. Le pays ne se fera jamais imposer de candidat de l’extérieur. Le peuple camerounais reste et demeure jaloux de sa souveraineté, et ne saurai accepter l’ingérence et l’immixtion d’aucune puissance, quelle qu’elle soit dans ses affaires intérieures.»
Selon le communiqué, Peter Henry Barlerin fait volteface, et accuse les journalistes. Il plaide «pour le fait que ses propos aient été mal interprétés par la presse.» Et dit «avoir pris bonne note des objections» du Minrex, tout en rejetant «l’idée selon laquelle il est venu changer le leadership au Cameroun. Il compte apporter sa contribution à la stabilité du Cameroun et ne saurait partager les positions des sécessionnistes.»
D.N.