Le 16 février 2026, le quartier de Nkolbisson, dans le 7ᵉ arrondissement de Yaoundé, a été le théâtre d’un drame effroyable : une femme a empoisonné ses trois enfants avant de se donner la mort, sur fond de crise conjugale liée à une infidélité présumée. Les secours, alertés par le voisinage, n’ont pu que constater l’irréparable. Situation d’autant plus irréparable puisqu’elle s’associait à la non prise en charge des victimes agonisantes par les témoins de la scène macabre.
À l’ère du numérique instantané, le smartphone est devenu une extension du regard. Face à l’exceptionnel, le premier réflexe n’est plus toujours d’intervenir, mais de capturer. La tragédie devient contenu. La détresse devient séquence. La mort devient partage.
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Or, en situation d’urgence vitale, chaque minute compte. Une hémorragie compressée à temps, une position latérale de sécurité appliquée correctement, une alerte rapide aux secours peuvent faire la différence entre la vie et la mort. L’inaction n’est pas neutre ; elle peut être fatale. Cette passivité traduit à la fois un déficit de formation aux gestes de premiers secours et une désensibilisation progressive face à la souffrance d’autrui. Lorsque la compétence manque, la peur s’installe. Et lorsque la peur domine, l’écran devient un refuge.
Le Code pénal camerounais ne laisse pourtant aucune ambiguïté. L’article 171 prévoit un emprisonnement d’un mois à trois ans et une amende de 20.000 à 1.000 000 de francs, ou l’une de ces deux peines seulement, pour quiconque s’abstient d’empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour autrui, un crime ou un délit contre l’intégrité corporelle d’une personne.
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L’article 283 réprime également la non-assistance à personne en danger lorsque quelqu’un s’abstient volontairement de porter secours à une personne en péril alors qu’il pouvait le faire sans danger.
La loi consacre donc un véritable devoir d’assistance. Il ne s’agit pas d’un simple impératif moral, mais d’une obligation juridique. Ne pas porter secours, lorsqu’on en a la possibilité sans risque, expose à des sanctions pénales. L’ignorance de la loi ne saurait servir d’excuse.
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Transformer l’émotion en sursaut collectif
Le drame de Nkolbisson doit dépasser le statut de fait divers. Il doit devenir un point d’inflexion. La réponse ne peut se limiter à l’indignation passagère. Elle doit s’inscrire dans une stratégie durable de responsabilisation citoyenne.
Il est impératif de renforcer les campagnes nationales de sensibilisation au devoir d’assistance et aux gestes de premiers secours. L’intégration systématique du secourisme dans les programmes scolaires et universitaires permettrait d’ancrer très tôt le triptyque fondamental : protéger, alerter, secourir. Des formations communautaires accessibles dans les quartiers, les églises, les associations et les entreprises contribueraient à restaurer la confiance dans l’acte d’intervention.
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Agir ne relève pas uniquement de la bravoure ; c’est un acte civique encadré par la loi et soutenu par l’éthique collective. Restaurer le réflexe d’humanité, c’est redonner sens au vivre-ensemble. Nkolbisson nous confronte à une question simple et redoutable : face à la détresse, serons-nous spectateurs ou secouristes ?Le choix nous appartient.
Léonel AKOSSO






