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Affaire Rilov : après sa plainte devant la justice française contre la Socapalm, les riverains désavouent Me Rilov et l’accusent de manipulation

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Dans les villages riverains de Socapalm de Kienké, des plaintes massives ont été brandies, mais l’enquête révèle que nombres de noms inscrits dans le « collectif des 145 riverains Camerounais » ne se reconnaissent pas dans la plainte de Me Rilov. Entre promesses financières fictives, manipulation de populations et instrumentalisation médiatique, l’avocat Rilov tente de transformer un contentieux local en campagne internationale. Sur le terrain, l’entreprise et l’administration locale œuvrent pour clarifier les faits et rétablir la vérité. Grand angle.

L’origine du dossier remonte à 2009, lorsqu’un ressortissant camerounais vivant en France, M. Ngan Ngan David, saisissait l’OCDE pour dénoncer des manquements de Socapalm aux principes directeurs relatifs aux droits humains et à l’environnement. Après quatre années, l’entreprise avait reconnu certains manquements et amorcé une dynamique de régulation interne. Ce précédent a servi de tremplin à l’action judiciaire actuelle, relancée entre 2021 et 2022 par l’avocat Rilov, qui sillonne les villages de Mpungú Aviation et Bidou II pour recruter des plaignants. Il en fait par la suite, un collectif. Selon les témoignages recueillis, et les requêtes de désistements adressées au juge que nous avons pu avoir sur le terrain ce 26 janvier 2026 au village Kienké à Kribi, les démarches se faisaient souvent au porte-à-porte, assorties de promesses financières jusqu’à 20 000 euros par individu, promesses qui n’ont jamais été concrétisées. Sabonguie Nicolas explique : « Mon nom est apparu dans ce dossier que je ne maîtrisais même pas. Je n’ai jamais été contacté dans ce dossier. Jamais du tout. L’avocat Blanc venait au village, nous rassemblait et nous donnait à boire. Puis il nous faisait signer une fiche de présence. Puis on apprend seulement qu’il y a une plainte contre la Socapalm. Je n’ai jamais soulevé une plainte contre la Socapalm », affirme-t-il tout courroucé.

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L’analyse des propos des autorités locales et administratives met en lumière un constat convergent : la plainte ne semble pas émaner d’une mobilisation spontanée des populations, mais résulte d’une orchestration externe. Brice Yebga Ngos, Sous-préfet de la Lokoundjé, souligne : « Cette affaire ressemble plus à une manipulation et une instrumentalisation de la population riveraine qu’à une volonté des populations. » Les actions revendicatives observées ne reflètent pas un mécontentement organique des habitants, mais un montage orchestré par des ONG et des cabinets d’avocats visant à créer un conflit social et médiatique.

Le Sous-préfet de Kribi 1er, Bertrand Foe Ndono, complète ce constat : « Nous avons été surpris dans l’administration de constater qu’il existe une plainte à l’international alors qu’il existe un cadre de dialogue tripartite où les populations ont l’habitude de poser leurs doléances et où des solutions sont trouvées. » Cette démarche externe contourne les mécanismes institutionnels, amplifie la visibilité médiatique de l’affaire et marginalise les autorités locales.

Le chef du village de Lendi confirme l’absence de conflit local : « Je ne me reconnaissais pas dans cette affaire. Je ne peux pas avoir les problèmes avec mes frères de la Socapalm. » Sa déclaration illustre que le conflit présenté comme communautaire n’a jamais été soutenu par les dirigeants coutumiers et que les tensions sont largement artificielles.

Pratiques douteuses

Les investigations révèlent des anomalies répétées dans les méthodes de Me Rilov : absence de contact préalable avec l’entreprise, constitution de listes de plaignants gonflées artificiellement et promesses financières non tenues. « Nous avons été informés de cette affaire lorsqu’il nous a été signalé que des villageois projetaient de manifester à l’issue des paiements effectués sur les sites villageois par une banque de la place. Il existait alors un risque de troubles à l’ordre public, certains se déclarant mécontents de l’absence de leurs noms sur les listes, malgré les garanties annoncées », explique le Sous-préfet de Kribi 1er. « Nous sommes donc intervenus afin de garantir et de maintenir la paix », conclut-il.

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Certains habitants se sont désistés après avoir constaté l’apparition de leur nom dans les dossiers sans information préalable. Les accusations d’indemnisation, surnommées « argent des mouches », relèvent davantage de promesses fallacieuses et de stratégies d’instrumentalisation que de manquements réels de l’entreprise.

Démarches administratives et concertation locale

Pour clarifier la situation, l’administration camerounaise a mis en place un dispositif de recensement et de concertation tripartite entre villages, Socapalm et le Cadastre (CSE). Le Sous-préfet de Fifinda explique : « Cette mobilisation répond moins à des griefs objectivement établis qu’à une contre-campagne organisée, visant à saboter l’action administrative et à instrumentaliser des populations vulnérables. » Ces démarches ont révélé des listes contestées, des désistements et des cas de bénéficiaires approchés sous prétextes divers, confirmant la manipulation et la prudence des riverains.

Face à la confusion entretenue sur le terrain, un dispositif de recensement et de concertation a été activé par l’administration locale, associant les communautés riveraines, la Socapalm et les services techniques compétents. L’objectif affiché : rétablir les faits, identifier les ayants droit réels et prévenir toute dérive susceptible de troubler l’ordre public.

Le Sous-préfet de Fifinda, Noah Mani Venant Fabrice, est sans ambiguïté sur la nature du mouvement observé. Il estime que la mobilisation constatée « répond moins à des griefs objectivement établis qu’à une dynamique de contre-campagne », laquelle viserait explicitement « à saboter l’action administrative et à instrumentaliser des populations vulnérables ». Une appréciation sévère, mais corroborée par les désistements enregistrés, les listes contestées et les témoignages de villageois découvrant tardivement leur implication dans des procédures qu’ils ne maîtrisaient pas.

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En parallèle, la Socapalm met en avant la poursuite de ses actions sociales et environnementales : projets communautaires, arrêt des extensions, clarification progressive des limites foncières et maintien d’un cadre de dialogue institutionnalisé. À Kribi 1er, l’administration reconnaît que l’action sociale de l’entreprise est « assez forte » et que « tous les problèmes sont examinés dans ce cadre », soulignant ainsi l’enracinement d’un mécanisme de traitement local des différends, loin des narratifs de rupture brutale diffusés à l’extérieur. L’entreprise se présente comme un acteur central de la communauté, malgré les stratégies externes cherchant à ternir sa réputation.

Le précédent cambodgien

Au fil de l’enquête, un élément plus troublant encore est apparu, élargissant la lecture du dossier au-delà des frontières camerounaises. Des schémas similaires auraient été observés au Cambodge, où Maître Rilov aurait engagé une procédure contre une autre filiale du groupe Socfin. Là encore, les mêmes ressorts sont évoqués : constitution de listes de plaignants, promesses de réparations financières, puis sélection et exclusion progressive des bénéficiaires.

Lire aussi :Village Kienke : la Socapalm réaffirme son engagement pour une agriculture durable    

Selon des informations recueillies dans ce cadre, certains plaignants auraient été invités à reverser, dans des délais stricts, des montants présentés comme des honoraires ou des frais de procédure. En cas de retard ou de refus, des noms auraient été purement et simplement retirés des listes. À ce stade, ces éléments demandent encore à être étayés par des pièces formelles et vérifiables. Mais leur convergence avec les faits observés à Kienké interpelle.

Une mécanique récurrente

De Kienké au Cambodge, le tableau qui se dessine est celui d’un mode opératoire récurrent : identification de zones socialement fragiles, mobilisation rapide des populations autour de promesses financières, internationalisation du contentieux, puis marginalisation progressive des acteurs locaux – autorités administratives, chefferies traditionnelles et cadres de dialogue existants.

Dans ce schéma, les populations apparaissent moins comme des sujets pleinement consentants que comme des instruments d’une stratégie judiciaire et médiatique à portée globale. Une fois l’effet de masse obtenu et le dossier projeté à l’international, les attentes locales, elles, restent souvent sans réponse tangible.

L’affaire Rilov dépasse ainsi le simple cadre d’un différend foncier ou environnemental. Elle illustre un enchevêtrement complexe : des ONG et un avocat utilisant des méthodes discutables, des populations vulnérables instrumentalisées et une entreprise engagée dans un processus légal et administratif de clarification. Elle pose une question plus fondamentale : celle de l’éthique de la représentation des communautés vulnérables et de l’usage qui est fait de leur parole. Entre revendications légitimes, manipulations calculées, l’enquête révèle une ligne de fracture nette. Et rappelle que la justice internationale, lorsqu’elle se nourrit de récits fabriqués, peut finir par trahir ceux-là mêmes qu’elle prétend défendre. Comme le rappelle le chef du village Lendi : « Pour que votre travail soit rationnel, personne ne peut parler à la place d’un autre. » Tout est dit.

Cheikh Malcolm EPANDA, de retour de Kribi

 

 

 

 

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