Kum’a Ndumbe III : «Qu’ils brûlent eux-mêmes leurs villes avec des bombes que je leur donnerai»

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Ecrasons Le Monstre. Cet ouvrage a été écrit par un visionnaire Africain. Publié en 1971, ce texte est plus que jamais d’actualité, surtout avec la crise sécuritaire qui secoue le Cameroun. Du fait des velléités sécessionnistes, plusieurs Camerounais sont déjà tombés sous le coup des balles de leurs propres frères. De quoi penser aux guerres séparatistes qui ont marqué le monde, comme le narre dans son ouvrage le Prince Kum’a Ndumbe III, Professeur Emérite des Universités.

qu’aujourd’hui, nous donnons raison à ces cochons. Nous sommes des idiots parce que nous tombons

Ces gens-là, ils ne pensent qu’à assassiner nos peuples. Ils ont fait leurs plans depuis très longtemps, et ils s’y connaissent bien. Mais nous, qu’allons-nous faire devant ce meurtre longtemps prémédité des peuples les plus exploités du globe ? C’est toujours le même refrain sinistre qui sort de leurs gueules pourries : «Droit à l’autodétermination des peuples ! «Merde ! Ces connards qui nous ont pris en esclavage, qui nous ont colonisés, ceux-là mêmes qui nous maintiennent fermement sous le joug de l’odieuse exploitation néo-coloniale parlent de notre droit sacré à l’autodétermination des peuples à l’indépendance ! Tu y crois, toi ? Ils nous ont sorti les mêmes conneries à propos du Katanga, et notre grand frère, Patrice Lumumba, y a laissé sa vie. Après, ils ont raconté les mêmes conneries à propos du Biafra, et aujourd’hui, ils nous parlent de la guerre de «libération nationale du Bangla-Desh ». Libération de qui, de quoi ? Leur République du Katanga a été plutôt éphémère, leur République du Biafra n’a plus vu le jour. Et maintenant, c’est Bangla-Desh. Si seulement nous savions que ces assassins ricanent dans leur coin, e voyant comment nous nous entre-tuons, comment notre peuple est massacré par ses propres fils. Quand aurons-nous rejeté définitivement l’héritage empoisonné du colonialisme ? Nous jouons le jeu du monstre, nous tombons dans ses pièges, et nous croyons que nous nous sacrifions pour une cause juste. Si aujourd’hui, c’est Bangla-Desh, demain, ce seront d’autres frères qui s’entretueront parce qu’ils n’auront pas su déjouer les plans criminels des anciens colons.

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Partons du Bangla-Desh pour analyser notre propre situation et tirer les leçons de l’histoire de notre continent. Je sais qu’au départ, tu n’es pas d’accord avec moi(…)

Je n’ai pas suivi les journaux allemands ces derniers temps, mais je parie qu’ils doivent raconter les mêmes histoires que les journaux français ou anglais. Nous ne pouvons rien dire de définitif aujourd’hui sur ce qui se passe au Pakistan. Il faudra attendre longtemps, sûrement des années, pour savoir vraiment ce qui est en train de se passer là-bas. Quand on analyse les origines de ces troubles, on fait inévitablement des parallèles avec le Biafra, et dans une certaine mesure, avec le Katanga. Aujourd’hui, le peuple indien se bat contre le peuple pakistanais, et c’est le colon qui jubile. Mon frère, tu dois prendre les armes et écraser tous les colons que tu vas rencontrer sur ton chemin. Ils doivent crever sous la fureur de nos armes. Mais attention ! Il ne s’agit pas de tirer sur un colon. Il s’agit de tuer le colon qui est en toi. Le colon que le colon a implanté dans ton âme. Tu vois, c’est comme si ces animaux nous avait fait avaler un poison qui tue, lentement mais qui finit quand même par exterminer notre peuple. Tuons le colon qui est en nous. Exterminons-le. Le colon est la source des maux les plus graves dont nous souffrons. Tiens, à propos du Pakistan et de l’Inde. Écoute un peu ce que le colon Lieutenant-colonel Coke, commandant de Morabadad disait en 1860 : « Nos efforts devraient tendre à maintenir en force la séparation (qui est pour nous une chance) existant entre les différentes races et religions, et non à tenter de les mélanger. Divide et impera devrait être le principe du gouvernement des Indes ». Et ils ont parfaitement réussi. Regarde un peu la carte du Pakistan. Un pays dont les deux parties sont séparées par mille sept cents kilomètres ! Tu as jamais vu ça ? Mais avec les maîtres colons, tout est possible. Quand ils ont partagé cette région en 1947, ils étaient fous de joie, car leurs plans avaient parfaitement réussi. Le colon se dit toujours : « Si jamais je dois partir, il faut que je laisse une bombe à retardement, une bombe qui va tout foutre en l’air quand je serai parti. Ils ont intérêt à me rappeler pour que je rétablisse l’ordre. Si je ne peux pas continuer à maintenir le colonialisme ou le néocolonialisme, il faut que ça brûle. Qu’ils brûlent eux-mêmes leurs villes avec des bombes que je leur donnerai, contre remboursement en espèces et en concessions. Il faut qu’ils s’entretuent, qu’ils s’exterminent mutuellement. Bambino ! Je vais rigoler ! Ha ! Ha ! Ha ! Ils vont mourir ces idiots ! C’est le même langage que ces assassins internationaux ont tenu en secret ou en public parfois, dans tous les continents qu’ils ont colonisés. Et voilà qu’aujourd’hui, nous donnons raison à ces cochons. Nous sommes des idiots parce que nous tombons dans le piège si bien préparé, tendu depuis si longtemps par l’ennemi de l’humanité. (…)

Si c’est la sécession qui l’emporte, la nouvelle bourgeoisie s’installera avec une autorité incontestable et pourra encore mieux tromper le peuple. La faiblesse d’un Etat nécessairement très petit et redevable aux grandes puissances impérialistes après le soutien qu’il en a reçu pour s’installer rendra les luttes contre le néocolonialisme pratiquement impossibles. Le peuple comprendra alors, mais après beaucoup trop de sacrifices, qu’il avait été armé pour se battre pour son ennemi. Le peuple comprendra qu’il avait été trompé.

Extrait de : « Ecrasons Le Monstre »

Kum’a Ndumbe III. Editions AfricAvenir 2018, 149 pages.

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