Gbagbo et la Cour pénale internationale

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L’actualité africaine est dominée depuis deux jours par la libération de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ancien président de la République de Côte d’Ivoire et ministre de la jeunesse respectivement par la Cour pénale internationale, après 8 ans d’incarcération. Les deux étaient accusés de crimes contre l’humanité dans leur pays après les élections de 2010.

Au-delà de deux hommes, c’est l’Afrique entière qui se sent ainsi libérée, ayant vécu l’arrestation de ces deux hommes comme une humiliation de trop, surtout que tout semblait indiquer qu’il s’agissait simplement d’un complot pour écarter du pouvoir un homme qui avait des aspirations profondes pour le bien-être des populations et la justice, mais dont l’attitude  mettait les bâtons dans les roues des lobbies économiques qui ont fait main basse sur les richesses africaines en général et ivoiriennes en particulier, pour le cas d’espèce.

A l’origine, une élection à la « qui perd gagne »

Tout commence au lendemain de l’élection présidentielle dans ce pays en 2010, avec un premier tour le 31 octobre et le deuxième tour le 28 novembre. Ce deuxième tour oppose le président sortant Laurent Gbagbo à Alassane Dramane Ouattara, le jeudi 2 décembre 2010. Six jours après, la Commission électorale indépendante annonce la victoire d’Alassane Dramane Ouattara,  et quelques heures après le Conseil constitutionnel juge ces résultats non valables, estimant que c’est plutôt Laurent Gbagbo le vainqueur. Dans la foulée, l’armée ivoirienne annonce à la télévision nationale la fermeture jusqu’à nouvel ordre de toutes frontières terrestres, aériennes et maritimes du pays. Il est aussi ordonné la fermeture sans délai de la diffusion des chaines de télévisions et de radios d’informations étrangères. Le même jour dans l’après-midi, à la lisière des quartiers d’Adjamé et d’Abobo de la capitale Abidjan, des affrontements ont éclaté entre les partisans de Ouattara et son rival, faisant plusieurs blessés. La police intervient et disperse les foules avec du gaz lacrymogènes, d’après le récit du journal Le Monde.

L’actualité africaine est dominée depuis deux jours par la libération de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ancien président de la République de Côte d’Ivoire et ministre de la jeunesse respectivement par la Cour pénale internationale, après 8 ans d’incarcération. Les deux étaient accusés de crimes contre l’humanité dans leur pays après les élections de 2010.

Mais le pays sombre de manière irréversible dans la violence. Ouattara s’installe avec son état-major à l’hôtel Ivoire, pendant que Gbagbo reste au palais. Vaine tentation de médiation de l’Union africaine. La crise s’intensifie, les combats se multiplient entre les forces loyales à Gbagbo et les partisans d’Alassane Ouattara. qui sont soutenus par les troupes de l’opération des Nations Unis en Côte d’Ivoire et les soldats français de l’opération Licorne. La crise politique, économique et humanitaire perdure, jusqu’à l’arrestation le 11 avril 2011 de Laurent Gbagbo et sa destitution. Alassane Dramane Ouattara prend le pouvoir et prête serment le 6 mai 2011. Le bilan des affrontements est officiellement de 3000 morts. L’arrestation de Gbagbo est également le début de l’épisode de la Cour pénale internationale, en même temps que ses partisans et sa femme Simone sont aussi traqués.

14 dates et 8 mois pour mettre Gbagbo sous l’éteignoir

Dans un article publié le 15 décembre 2011, le journal Jeune Afrique relate ce qu’il appelle « les secrets du transfert de Gbagbo à la CPI », en précisant que « Le scénario, écrit dans le plus grand secret – notamment lors d’une rencontre à Paris le 26 novembre par le président ivoirien Alassane Ouattara et le procureur argentin Luis Moreno-Ocampo a parfaitement fonctionné. » D’Abidjan à Scheveningen, le film de l’arrestation et du transfert de Laurent Gbagbo se jouent en 14 dates étalées sur 8 mois. Le 11 avril, il est arrêté dans sa résidence présidentielle, à Abidjan, en compagnie de son épouse Simone, et transféré deux jours plus tard le 13avril à Korhogo, dans le nord du pays. Le 25 mai, l’Ong Amnesty International accuse toutes les parties d’exactions après l’élection présidentielle du 28 novembre. Le 10 juin, c’est le tour d’une commission d’enquête de l’ONU qui met en cause les forces armées de Gbagbo (FDS) et celles de Ouattara (FRCI). Suite à cela, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, demande l’ouverture d’une enquête sur de possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité le 23 juin.

La procédure est soutenue dès le 29 juin par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), et le 18 août la justice ivoirienne inculpe Gbagbo pour crimes économiques, appuyée par la Cpi. Elle décide de  l’ouverture d’une enquête dès le 3 octobre. Les choses vont vite à partir de ce moment, et trois jours seulement plus tard, le 5 octobre, Human Rights Watch (HRW) met en cause 13 dirigeants civils et militaires dans les violences, dont l’ex-chef de l’État. Pour s’assurer que les enquêtes se déroulent comme voulues, le procureur de la Cpi Luis Moreno Ocampo se rend à Abidjan le 15 octobre, et dès son retour il demande le 25 octobre la délivrance d’un mandat d’arrêt à l’encontre de Gbagbo. Les juges de la Cpi mettent un mois pour le rédiger et il est signé le 23 novembre.

La touche finale à Paris

Les deniers détails de l’affaire sont réglés à Paris le 26 novembre, comme le dit Jeune Afrique, au cours d’une rencontre entre Alassane Ouattara et Moreno-Ocampo. Le cercle se referme le 29 novembre lorsque le mandat d’arrêt est signifié à Gbagbo à Korhogo. Ses avocats tentent de s’y opposer. Me Emmanuel Altit, l’avocat français de l’ancien chef d’État dénonce des manœuvres. «Ils nous ont pris de vitesse pour nous empêcher de déposer des recours», dit-il. Mais en face,  Me Jean-Paul Benoit, avocat de l’État ivoirien  affirme qu’ils ont respecté toutes les procédures légales.

Après une vive discussion, rapporte le journal Jeune Afrique, Gbagbo met fin aux débats. Pour lui, c’est une décision politique et il ne sert à rien de la retarder. Son avocat  Me Gbougnon explique : « Il était préparé psychologiquement. Depuis le mois de mai, il explique que Ouattara ne peut gouverner tant qu’il réside sur le territoire national. Cette nouvelle épreuve n’est pas la fin de sa carrière politique. Il nous répète souvent que la prison est un chemin pour aller à la présidence» Lire aussi :Afrique : il faut mettre fin à la folie française

Il est transféré dans la nuit à la prison de Scheveningen, près de La Haye, où sont placés les détenus de la Cour Pénale Internationale. Le bruit des portes de la prison qui se referment derrière lui sonnent comme un ouf de soulagement dans certains milieux, alors que des milliers d’Africains sentaient leurs cœur se fendre. Le procès ne tardera pas à s’ouvrir, pour que 7 ans plus tard on lui dise qu’on ne lui reproche rien.

(A suivre)

Roland TSAPI

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